26/03/2022
Le manifeste WaVE sur l’avenir du patrimoine lié à l’eau
20/03/2022
La scandaleuse destruction en cours des étangs du Châtillonnais
- la destruction d'un cadre de vie très apprécié, ces étangs étant fréquentés toute l'année par les riverains (quand ils sont en eau!),
- l'altération de la recharge hydrologique des nappes et aquifères, dans une région qui connaît désormais des assecs sévères, aggravés par des travaux lourds de recalibrage des lits dans les années 1960-1980,
- la perte de la biodiversité acquise autour des étangs, cette richesse faunistique et floristique ayant été documentées par des promeneurs passionnés et naturalistes (exemples ci-dessous),
- l'élimination d'un patrimoine historique remarquable, les plus anciens sites datant probablement du XIIIe siècle,
- le torpillage de l'attrait touristique et paysager du Parc des forêts, alors qu'une enquête avait montré que les visiteurs sont attirés à hauteur de 4% par les forêts et 44,9% par le milieu aquatique (rivières, plans d’eau, étangs).
06/03/2022
Le patrimoine hydraulique exceptionnel de Clairvaux sera-t-il détruit?
« Faute d’eau, ou manque d’eau en quantité suffisante, plusieurs abbayes ont dû déplacer leurs bâtiments, à commencer par Cîteaux implantée tout d’abord en un lieu qui deviendra la grange de la Forgeotte.L’exemple le mieux connu est celui de l’abbaye de Clairvaux. Bernard et ses compagnons arrivent en 1115 dans le Val d’Absinthe, vallon parcouru par un ruisseau affluent de l’Aube. Ils construisent sur place un monastère, appelé par la suite Monasterium vetus, qui se révèle dès les années 1130 trop petit pour une communauté en pleine croissance, tant le rayonnement de l’abbé Bernard est alors grand. Les différentes vies du saint montrent le conflit qui naît alors entre une majorité de moines souhaitant se rapprocher de l’Aube et Bernard qui estime l’opération trop coûteuse. La question est traitée sans détour par Arnaud de Bonneval dans la partie de la Vita prima qu’il rédige. Les questions financières mises en avant par l’abbé paraissent à la communauté insuffisantes face aux arguments des compagnons de Bernard, dont celui du cellérier Gérard, frère de Bernard, et selon le Grand Exorde de Cîteaux un véritable technicien.Un des aspects majeurs, et sans doute des plus coûteux du projet, consistait à faire venir une dérivation de l’eau de l’Aube dans l’abbaye. Déjà un bief sur l’Aube alimente alors en énergie un moulin situé à Ville-sous-la-Ferté en amont de Clairvaux. Les sources manquent de précision et les vestiges archéologiques s’avèrent peu lisibles du fait de l’entretien pluriséculaire de la dérivation qui alimentait les différents moulins situés dans l’abbaye. On ne sait si l’énorme débit qui conduit l’eau à Ville-sous-la-Ferté dont une part très importante retourne à l’Aube grâce à des vannes avant même d’actionner la roue du moulin, est dû à un travail des moines désireux de s’assurer une quantité suffisante d’eau en période de sécheresse. L’hypothèse est séduisante mais reste une hypothèse. »
17/11/2021
Vigilance pour préserver le canal d'Elne menacé d'assèchement
31/05/2021
Le gharat, moulin à eau traditionnel de l'Himalaya (Bhatt et al 2021)
14/03/2021
Ne plus laisser les agences de bassin détruire le patrimoine et la ressource en eau des territoires
- saisine commune du premier ministre, de la ministre de l'écologie, du comité national de l'eau et des préfets de bassin afin de faire constater et cesser la dérive des agences de l'eau;
- demande aux parlementaires, qui votent le budget des agences de l'eau dans le cadre de la loi de finances publiques, de procéder à un contrôle de normativité des décisions des agences par rapport aux textes de loi;
- en cas d'absence d'effet de cette saisine et de refus de retrait des dispositions litigieuses, préparation d'une requête en contentieux contre le ministère de l'écologie et contre les SDAGE pour carence fautive dans la lutte contre le changement climatique, préjudice aux citoyens, mise en danger de la ressource en eau, organisation illégale de l'inégalité des citoyens devant les charges publiques ;
- enfin au cas par cas et sur les milliers d'ouvrages concernés, préparation d'une procédure standardisée de plainte pour tout refus d'une préfecture et d'une agence de l'eau de financer les solutions constructives au même niveau que les solutions de destruction.
07/03/2021
Sur l'Anglin, le commissaire enquêteur demande de proscrire toute destruction d'ouvrage
11/02/2021
Aux sources de la Seine, on tourne la page de la casse brutale et absurde des ouvrages en rivière
20/10/2020
Participez à l'inventaire du patrimoine industriel de l'eau en Auxois-Morvan
Le pays d'Auxois-Morvan mène une mission d'inventaire du patrimoine industriel de son territoire, ce qui inclut le patrimoine hydraulique (moulins, forges, usines à eau). Vous pouvez participer à ce travail qui permettra de connaître et valoriser la longue histoire de nos rivières.
Les limites géographiques de la mission sont celles du pays d'Auxois-Morvan, avec 6 communautés de communes (Montbardois, Saulieu Pays d’Alésia et de la Seine, Pays d’Arnay-Liernais, d’Ouche et Montagne, Terres d’Auxois). Cela concerne donc les rivières à l'Ouest de la Côte d'Or : bassins d'Armançon, Brenne, Oze, Ozerain, Serein, Tournesac, Argentelet, etc.
Voici la carte du territoire concerné :
Notre association vous propose de participer à cet inventaire en envoyant au chargé de mission du Pays les informations dont vous disposez, soit sur votre ouvrage, soit sur d'autres si vous avez étudié certains sites.
Il vous suffit de remplir la fiche ci-après, même de manière incomplète (un ouvrage = une fiche). Tout document jugé utile peut aussi être joint. N'hésitez pas à diffuser à des voisins propriétaires d'ouvrage dans la zone.
Fiche patrimoine hydraulique Auxois-Morvan
Illustration en haut : le barrage de l'ancienne usine hydro-électrique de Semur-en-Auxois, sur l'Armançon. Ce site fut à l'origine un moulin foulon, créé au 15e siècle. Il a connu cinq siècle de production d'énergie sous différentes techniques et pour différents enjeux économiques locaux, avant de devenir un site de promenade et détente. La commune porte un projet de relance d'une production d'énergie bas-carbone.
23/09/2020
Echange avec Truites et compagnie
Sur le site Truites et Cie, "magazine de la truite et de la pêche à la mouche", Yann Abdallah publie une tribune intéressante intitulée "Continuité écologique, biodiversité et patrimoine hydraulique". Une fois n'est pas coutume, nous sommes d'accord avec de nombreuses vues exposées dans cet article. Mais de toute évidence, des désaccords persistent aussi dans la manière de poser la problématique. Quelques échanges, en espérant que les acteurs des rivières prennent l'habitude de discuter sans tabou ni anathème de ces sujets. Car au final, il faudra bien gérer les cours d'eau en définissant des bonnes pratiques et un respect mutuel.
Pour expliquer les problèmes de la continuité écologique, l'auteur souligne divers travers dans la mise en oeuvre des politiques de l'eau. Ces arguments ont déjà été en partie développés par le mouvement des ouvrages et riverains depuis le classement de 2012-2013 des rivières, nous constatons donc une convergence de vue.
Objectif irréaliste du "bon état DCE 2015: "l’étrange objectif d’exiger l’atteinte du bon état général des eaux dès l’année 2015… J’entends par « étrange » le fait qu’une politique puisse être aussi naïve de la complexité du fonctionnement de nos hydrosystèmes, de la façon dont nos sociétés ont historiquement bouleversé et modifié « nos eaux » et d’une absence totale de définition de ce que cette politique entend par « bon état général »."
Définition bâclée d'un état de référence de chaque rivière: "définir un état « référence » pour l’ensemble de nos hydrosystèmes est un exercice d’une difficulté sans nom sur notre vieux continent ultra-anthropisé et il aurait probablement fallu 10 ans de débats pour aboutir à des consensus, qui n’auraient peut-être d’ailleurs jamais été trouvés !"
Listes mal conçues de rivières classées continuité écologique: "En quelques mois, pour ne pas dire quelques semaines, on a balancé aux Préfets, qui ont tout de suite délégués à leurs services compétents (DDT, OFB en première ligne), la responsabilité de sortir des listes prioritaires pour le rétablissement de la continuité écologique (...) les premières listes ont donc été établies essentiellement « à dire d’experts », sans avoir ni le temps de la concertation, ni le temps de bien réfléchir à ce qu’allait impliquer in fine la production de ces listes aux échelles locales."
Absence de choix local, ordre dogmatique d'en haut: "Il faut aujourd’hui reconnaître qu’avoir voulu, indifféremment sur tous types de territoires, imposer la politique de continuité écologique était une erreur, probablement peu efficace en termes biologique/écologique et contre-productive à l’échelle socio-culturelle. Il faut sortir des positions dogmatiques, revenir au concret et redonner une place plus importante aux échelles de décision locale dans nos actions."
Manque de sens des priorités écologiques: "Dans le contexte de changement climatique qui va exacerber les effets des pressions sur nos masses d’eau, cette priorisation devient indispensable, sans quoi nos actions diminueront encore en efficacité. Citons l’exemple très actuel de la ressource en eau. La gestion quantitative de cette ressource est devenue une très grande priorité sur bon nombre de bassins versants (caricature facile : une passe à poissons sans eau pour l’alimenter n’a pas grand intérêt)."
Cela étant dit, nous conservons de toute évidence des divergences de fond. Nous pouvons les observer avec ces paragraphes :
"Parlons « bon sens », justement, pour évoquer ce que nous pourrions entendre par «biodiversité» et «restauration écologique». Le bon sens ne devrait-il pas nous conduire à construire nos modes de gestion en tenant simplement compte des spécificités locales naturelles de nos écosystèmes (latitude, altitude, climat, géologie,…) ? Celles mêmes qui sont à la base de l’organisation du vivant et qui conditionnent sa répartition et sa diversité ! N’est-il pas de bon sens, sur une tête de bassin versant, de chercher à privilégier la conservation des espèces inféodées à ces milieux ? Lorsqu’on travaille sur ces milieux, on va ainsi cibler les espèces affectionnant les eaux plutôt froides courantes et bien oxygénées : la truite de rivière, le chabot, la lamproie de Planer, l’écrevisse à pattes blanches ou encore la moule perlière. Et le bon sens devrait alors conduire le gestionnaire à orienter ses actions pour la conservation ou la restauration de ces espèces. (...) "Cette vision de bon sens n’apparaît pour autant pas être partagée par M. Lévêque et les défenseurs de moulins qui militent pour une approche paysagère et intégratrice des modifications profondes de nos écosystèmes en lien avec les activités humaines. On pourrait à ce titre, voir d’un bon œil la biodiversité atypique locale apportée par une retenue associée à un ouvrage transversal. Pourquoi la perche ou la carpe n’aurait-elle pas la même valeur en termes de biodiversité que la truite de rivière ou le chabot ? D’où l’intérêt de revenir au bon sens des spécificités locales de nos écosystèmes. Préserver la biodiversité c’est justement préserver la diversité du vivant associée à la diversité des milieux. Et je ne vois pas ce qu’il y a de dogmatique à privilégier des espèces rhéophiles sur des têtes de bassins ! Sachant que la biodiversité inféodée aux retenues des chaussées trouve largement ailleurs, généralement plus en aval sur le bassin versant, de quoi se développer. A l’inverse, les espèces inféodées aux têtes de bassin n’ont d’autres habitats de vie… que les têtes de bassin !"
Voici quelques éléments de réponse à cela:
- de notre point de vue, les milieux doivent d'abord être jugés comme ils sont aujourd'hui et non pas en référence à ce qu'ils étaient. Quand on a des retenues et des biefs présents depuis un à cinq siècles, voire davantage pour certains, ce sont tout simplement les nouveaux milieux (des humains, des non-humains), leurs habitants forment le "nouveau sauvage" (comme l'appelle Pearce 2015) tel qu'il s'est développé sur ces nouveaux milieux. On ne croise généralement pas une prairie, un champ, un bocage, une garrigue en pensant que cela devrait à tout prix redevenir de la forêt (comme jadis). Le même raisonnement doit s'appliquer à des plans d'eau ou des canaux, qui ne sont pas les habitats originels d'une rivière (à part ceux des castors et barrages d'embâcles naturels), mais qui s'y sont implémentés au fil de l'histoire;
- sur la plupart des rivières de tête de bassin, on trouve bel et bien des truites, des chabots, des lamproies de Planer etc. en amont et aval des ouvrages, ces populations n'ont pas disparu de la rivière (parenthèse, la lamproie de Planer assure sa croissance en milieu limoneux, on en trouve beaucoup en biefs et retenues de ces têtes de bassin, où le fond a davantage de limons et moins de sables-graviers, donc forme plutôt un habitat favorable). Quand on examine des données (exemple de la rivière Cousin par nos soins, exemple de recherche chez Tummers 2016, Castelain 2016), on constate qu'il y a des variations de densités relatives de poissons au sein des assemblages, en l'état actuel des rivières ou après chantier d'effacement. Soit, mais il y a des truites avant, il y a des truites après: nous ne parlons pas ici d'espèces disparues comme on tend parfois à le faire croire au public par un vocabulaire imprécis ;
- dans certains cas, il est montré que des ouvrages favorisent la préservation de populations endémiques (Vera et al 2019 sur la truite, Taylor et al 2019 sur l'écrevisse, Sousa et al 2019 sur la moule perlière), donc comme toujours, l'hydrobiologie défie les généralités (point reconnu par l'auteur);
- une des raisons de la présence persistante des truites et espèces d'accompagnement quand on s'approche des sources est que les rivières de têtes de bassin ont des pentes fortes, de sorte que les ouvrages anciens de type moulins ou étang ont un faible effet linéaire, contrairement à des rivières de plaine peu pentues où les retenues dessinent des plans d'eau lentiques plus longs (la longueur de la retenue est proportionnée à la pente: sur un pente à 2% un ouvrage de 2 m crée une retenue de 100 mètres en tête de bassin, sur une pente à 0,2% la retenue est de 1000 mètres en plaine alluviale, pour la même hauteur d'ouvrage). Autant dire qu'en tête de bassin, on n'a pas disparition des habitats lotiques, mais alternance des zones lotiques et lentiques (ou plutôt lotiques ralenties, voir les mesures chez Donati et al 2019);
- avoir davantage d'espèces de poissons ubiquistes dans un plan d'eau de moulin ou d'étang n'implique pas faire disparaître les autres espèces. Si la rivière se maintient dans un état écologique stable alternatif (un milieu modifié mais ayant trouvé des variations autour d'un nouveau point d'équilibre), cela signifie que des espèces co-existent désormais (et davantage d'espèces qu'avant sur les tronçons concernés);
- les pêcheurs ne se plaignent généralement pas que ces espèces d'eaux fraîches (truites, etc.) aient disparu, ils se plaignent que la biomasse locale totale de ces espèces n'est pas à son "optimum biotypologique" (au sens de Verneaux). C'est différent et ce n'est plus vraiment du "bon sens" dont parle l'auteur: il s'agit d'une approche devenant très spécialisée, souvent à but halieutique, n'intéressant pas trop le citoyen non pêcheur ou non naturaliste (si l'on raisonne en services écosystémiques rendus par un profil de la rivière). Le "bon sens" dit que quand il y a beaucoup d'espèces en voie d'extinction, ce n'est pas forcément la priorité de l'écologie de dépenser de l'argent public pour varier des densités locales d'espèces qui restent par ailleurs assez communes en France et en Europe (cas de la truite fario, par exemple);
- enfin, rappelons que les poissons ne sont qu'une partie de la biodiversité aquatique, il faut évaluer toute la faune et la flore des milieux en place. Les poissons ne sont pas non plus le sommet de la chaîne trophique — des loutres, des hérons et d'autres peuvent trouver en eux des ressources alimentaires (que ce soit alors des espèces locales ou non-locales de poissons).
"Petite digression, je vous conseille la lecture d’un article très récent (voir ici) qui traite justement de l’effet des petites retenues sur la thermie des rivières. On y apprend ainsi que sur 30 ouvrages étudiés (de 0.4 à 15m de hauteur de chute, 5m en moyenne), près de 70% d’entre eux engendrent une augmentation de la température de l’eau en été (0.20 à 5.25°C) par rapport à l’amont. On peut lire également que ces effets peuvent être mesurés en moyenne sur 1.3 km en aval desdites retenues. Donc oui, la thermie des rivières est un enjeu crucial de demain pour la conservation de notre biodiversité aquatique et oui, dans ce cadre, l’effacement d’ouvrages (même associés à des petites retenues) peut être une action efficace. Fin de la digression."
Il existe des travaux géographiquement plus proches que le Massachusetts (par exemple Chandesris et al 2019). Néanmoins, il y a toujours des enseignements à tirer des recherches sur les hydrosystèmes puisqu'ils partagent des fonctionnalités et réponses physiques. En l'occurrence, cette étude nord-américaine concerne des ouvrages ayant une hauteur moyenne de 5,3 m, une surface moyenne de retenue de 32,4 ha et un volume moyen de retenue de 1,4 millions de m3. Il faut déjà reconnaître (et expliquer au public) que nous ne sommes pas dans le contexte de la très grande majorité des moulins et étangs de tête de bassin (où l'eau fraîche est un enjeu), qui ont pour la plupart des dimensions bien plus modestes. Il y a une corrélation positive entre la largeur de la retenue, le non-couvert forestier du bassin et l'effet thermique observé. Cet effet thermique disparaît à l'aval après 280 à 4470 m (moyenne 1310 m). Enfin, l'effet s'observe surtout de juin à septembre mais pas les autres mois.
Donc on doit évidement examiner cette question de la température, sans forcément dire a priori que c'est "crucial" (beaucoup d'espèces vivent en eau non froide, certains invertébrés prospèrent mieux en période chaude voir Van Looy 2016), mais plutôt en mesurant les températures des eaux et en analysant les assemblages d'espèces, dans l'idéal en faisant des suivis radiométriques d'espèces cibles (vulnérables, sténothermes) pour comprendre comment elles se comportent face au signal thermique. La température de l'eau dépend de plusieurs paramètres, comme toujours il faut chercher des solutions plus consensuelles pour la faire varier dans le sens souhaité. On doit par ailleurs écouter ce que dit la communauté scientifique : le réchauffement du climat semble plus marqué que prévu par les modèles en raison de rétro-actions positives plus affirmées que ne le calculaient ces modèles voici 10 ou 15 ans, donc l'action sur la réduction du carbone atmosphérique reste pour l'instant le paramètre de premier ordre pour l'avenir thermique des rivières et plans d'eau en 2100, et au-delà. L'écologie souhaite ré-installer des approches par temps long, nous devons en tirer les conséquences quand on définit des priorités. Surtout à budgets contraints.
27/07/2020
Le moulin est devenu un patrimoine naturel autant que culturel
Les moulins ont été souvent valorisés par leurs acheteurs et par leurs associations comme un patrimoine historique, technique et culturel. Et pour cause, ils sont un témoignage exceptionnel du passé, des générations qui ont nourri la France et construit par leur travail l'économie du pays. Les moulins furent depuis deux millénaires les usines à tout faire des communautés humaines de chaque bassin versant : farines, huiles, tissus, métaux, bois, papiers, électricité... tout pouvait être transformé avec un moteur hydraulique à roue, puis à turbine. Et cela reste vrai aujourd'hui pour tous les moulins encore producteurs, ou le redevenant.
Un autre attrait des moulins à eau est évidemment paysager, l'agrément du bord de rivière. Certes, les crues sont difficiles à vivre, même si les anciens avaient l'habileté de surélever leurs biefs un peu à l'écart de la rivière, et de conserver un rez-de-chaussée inondable en connaissance des caprices de l'eau. Hors ces risques propres à toute propriété riveraine, la présence de l'eau est une joie de tous les jours pour ceux qui en ont la sensibilité.
Mais le moulin ne peut être seulement habité et vécu comme témoignage historique et agrément paysager. Aujourd'hui, les propriétaires de moulin doivent ajouter une nouvelle dimension : l'écologie du site.
Ce point n'est pas toujours familier à tous. Le plaisir de l'eau comme paysage n'est pas la connaissance de l'eau comme milieu. Or, le moulin a des effets sur l'eau-milieu. Ici il va accumuler des sédiments, là ralentir des écoulements, la gestion des vannes modifiant ces paramètres. Les premiers bâtisseurs en étaient parfois conscients, au moins partiellement, par empirisme. On voit par exemple de-ci de-là des chaussées empierrées fort anciennes dont la crête du côté de l'ancrage en rive opposée au moulin est abaissée : c'était la "passe à poissons" intuitive des bâtisseurs de l'époque, l'endroit où l'eau verse préférentiellement et où la chute s'annule vite quand la rivière gonfle. Ayant parfois oublié cela, le propriétaire en lien avec l'administration a pu remettre au 20e siècle la crête de son ouvrage "au cordeau" uniforme du niveau légal... mais cet oubli d'une culture de la nature au profit d'une rectitude réglementaire ne fut pas forcément un gain environnemental.
Penser et gérer le moulin comme milieu à part entière
Plus encore, le moulin est un milieu écologique à part entière. Il doit aujourd'hui être envisagé, mais aussi revendiqué et géré, comme un patrimoine naturel autant que technique.
Cette conclusion provient d'une évolution majeure de la connaissance en écologie des 30 dernières années: peu importe qu'un habitat soit d'origine artificielle ou naturelle, humaine ou non-humaine, l'important est d'examiner les fonctionnalités et les biodiversités de cet habitat. Exemples de fonctionnalités : le moulin va collecter une partie des eaux de crue ou rehausser la hauteur de nappe. Exemples de biodiversités : le moulin va héberger des poissons, oiseaux, mammifères, invertébrés, végétaux dans ses parties aquatiques et rivulaires. Le moulin crée bien sûr un milieu modifié, comme l'étang ou le plan d'eau, mais cela reste un milieu biophysique ayant certaines propriétés adaptés à certains vivants.
La "nature" entendue comme ce qui serait totalement indemne d'une influence humaine n'existe plus, sinon comme construction intellectuelle fausse. Il n'y a que des milieux présentant des gradients de modification. Même les tronçons de rivière qui coulent en amont et en aval de l'emprise directe du moulin sont des milieux eux aussi modifiés, comme leurs berges.
Les scientifiques discutent aujourd'hui pour savoir si notre époque géologique se nomme Anthropocène, c'est-à-dire l'époque où l'être humain a modifié par son action de grands cycles biogéochimiques (carbone, azote, phosphore, uranium, eau, répartition des espèces...). Or si cette période est reconnue, le moulin pourrait sûrement figurer comme son ancêtre : en s'installant avec l'étang et la forge au fil de l'eau dès l'Antiquité, il témoigne de la lente fusion de l'humain et du non-humain sur les rives. C'était à la période "calme" de l'Anthropocène, la période des changements modestes et ajustements délicats, c'était avant la "grande accélération" d'après 1945 qui a dégradé les milieux. Des chercheurs l'ont montré en France, en Belgique, en Angleterre, en Allemagne, en Pologne, aux Etats-Unis : les petits ouvrages ayant émergé au long des siècles sont partie intégrante de la dynamique morphologique et biologique de leurs bassins. Les effets sur l'énergie de l'eau, le transport des sédiments, l'apparition d'habitats ont créé des nouveaux écosystèmes, parfois appelés écosystèmes culturels. Des espèces ont pu refluer, d'autres se sont installées.
Ce lien entre nature et culture est parfois oublié ou ignoré: il faut le réveiller. Le percevoir, le comprendre, l'entretenir. C'est vrai chez certains propriétaires, plus portés à la dimension historique ou technique, mais c'est vrai aussi chez les gestionnaires publics des rivières. Aujourd'hui, le ministère de l'écologie et le ministère de la culture travaillent en parallèle sur la question des moulins. Les uns ne voient que la nature, les autres que la culture, alors que la réalité est hybride. Les uns ou les autres raisonnent en terme de "concession" (un peu pour la nature ou un peu pour la culture?), alors que le moulin doit être vu comme un socio-écosystème intégré. Il s'agit de savoir comment, au droit du moulin, le complexe nature-culture uni en une seule réalité peut évoluer. Et non pas de dire que l'on accorde la primauté à ceci ou cela.
Toutes les associations de moulins doivent aujourd'hui diffuser chez leurs adhérents cette nouvelle culture écologique, qui ne manquera pas de prendre de l'importance dans les politiques publiques et dans les choix privés. Car la ressource en eau, le maintien de la biodiversité, la lutte contre les pollutions, l'atténuation du changement climatique, ce sont les enjeux de notre siècle. L'attention portée à la nature et l'attention portée à la culture se nourrissent aux mêmes désirs : veiller, protéger, valoriser, transmettre. Les propriétaires de moulins, en raison du patrimoine dont ils ont la charge, ont vocation à devenir exemplaires.
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Eau, climat, vivant, paysage: s'engager pour les biens communs
08/07/2019
Gabegie et destruction de paysage à Rochefort-sur-Brevon : dites "stop" en enquête publique!
Voici les remarques des associations ARPOHC et Hydrauxois.
En liminaire, nos associations rappellent la présence de cinq sites anciens dans la propriété du château, liés à l’usage de l’énergie hydraulique. Ils forment un témoignage assez exceptionnel au plan patrimonial, compte tenu de l’importance de la sidérurgie dans l’histoire du Châtillonnais et de leur valeur paysagère actuelle. Ces sites sont aujourd’hui quasiment à l’abandon, et cette situation de carence d’entretien (particulièrement des ouvrages hydrauliques) est déplorable. Il est tout aussi déplorable que l’argent public, rare, se dépense dans des mesures de destruction et non de réfection du patrimoine, dans l’indifférence à l’usage énergétique de l’eau alors que nous sommes en pleine transition énergétique et que chaque collectivité doit s’assurer le meilleur usage possible de ressources locales renouvelables.
Le caractère paysager, architectural et patrimonial de la forge de Rochefort-sur-Brevon sera défiguré par le projet en l’état. Il devient impossible d’envisager une remise en valeur des bâtiments par un futur propriétaire, par exemple par la réfection d’une roue à aubes pour des soufflets et un martinet.
Le projet reconnaît qu’il n’existe aucun enjeu de continuité piscicole et sédimentaire en raison de la présence d’obstacles naturels sur le Brevon : l’intervention au titre du L 214-17 CE et pour l’intérêt de continuité écologique ne se justifie pas.
Notre avis est donc négatif sur la valeur d’intérêt général du projet :
- Bénéfice écologique très faible, affirmé mais nullement démontré
- Bénéfice énergétique nul
- Bénéfice paysager nul, destruction du miroir d’eau de l’étang pleins bords
- Bénéfice réserve d’eau étiage nul
- Coût potentiel (non évalué) en niveau de la nappe locale
- Coût important de perte du patrimoine bâti, son sens, son paysage, sa stabilité géotechnique dans le temps
Page 10 : erreur de droit sur le régime IOTA
La rubrique 3.1.2.0 en page 10 est mal renseignée : ce n’est pas un plan d’eau mais bien un cours d’eau barrée, et la modification porte sur 400 mètres linéaires (page 17) : en ce cas, il faut une autorisation du préfet, non une simple déclaration. Par ailleurs, le niveau d’eau actuel au droit du plan d’eau résulte de l’ouverture des vannes. Le niveau initial de référence, défini par le règlement d’eau, n’est pas pris en compte.
Page 21-22 (et page 91) : absence d’intérêt en continuité écologique, choix douteux pour l’intérêt général
«Au regard de l’état initial, l’enjeu d’amélioration de la continuité piscicole du Brevon au droit du plan d’eau du village présente un intérêt limité en raison de la présence d’une barrière naturelle infranchissable. Cependant la continuité écologique ne se limite pas à la continuité piscicole et il est nécessaire de considérer la qualité du Brevon en termes de fonctionnalité et d’habitats»
L’étude reconnaît un éperon rocheux naturel formant un obstacle infranchissable en montaison, situation qui se reproduit ailleurs sur le bassin. De même, il est admis (sans quantification) un «enjeu de continuité sédimentaire réduit sur ce tronçon».
On se demande pourquoi la rivière a été classée en «liste 2» au titre du L 214-17 CE si elle est naturellement discontinue, cette erreur d’appréciation indiquant le manque de rigueur des services de l’État sur ce dossier très conflictuel et contesté.
Du même coup, l’application du L 211-1 CE cité en liminaire (page 8) pour justifier le projet est douteux : l’absence de l’enjeu continuité limite la portée d’intérêt général. Car cet article de la loi visant à une gestion équilibrés et durable de l’eau propose aussi de développer l’hydro-électricité , de protéger le patrimoine, de conserver des réserves d’eau à l’étiage, de valoriser la ressource… autant d’éléments absents du projet, voire désavantagés par le projet, alors qu’il aurait été possible d’investir dans ces enjeux.
En page 91, le projet ré-affirme :
« Les enjeux de conservation associés aux biocénoses aquatiques seront forts, et pleinement intégrés au projet qui vise à restaurer la continuité écologique pour la Truite fario, espèce emblématique du Brevon, et pour les autres espèces d’intérêt communautaire telles que la Lamproie de Planer, leChabot. »
Ce texte est manifestement un copié-collé d’un argumentaire ancien et désormais vide de sens, puisque le site est reconnu infranchissable aux pages 21-22, que ni la truite, encore moins la lamproie de Planer ni le chabot ne peuvent franchir les éperons rocheux du Brevon.
Cela montre que le travail sur le bénéfice écologique n’a pas été fait sérieusement, on se contente d’arguments gratuitement avancés mais sans aucun moyen de vérifier que cela correspond à un bénéfice réel pour le vivant aquatique. Il est inacceptable de mener des politiques publiques et d'engager des dépenses d'argent public sur des bases aussi flous, arbitraires, contradictoires.
Page 22 : absence de concertation amont et de représentativité du comité de pilotage
« Ce principe d’intervention a été validé par un comité de pilotage composé du propriétaire du site, des services de police de l’eau, des services du patrimoine, de représentants de la commune, du SMS, de l’Agence de l’Eau Seine Normandie et de la Région Bourgogne Franche Comté. »
Les associations de riverains et les associations de protection du patrimoine sont absentes des comités de pilotage. C’est anormal pour une dépense publique que l’on dit d’intérêt général, mais en ce cas tous les citoyens sont concernés.
Page 25 et suivantes : risque sur la stabilité du bâti dans le temps, absence d’étude sur les contraintes géotechniques
Il est proposé la création d’échancrures sur le vannage de décharge, réalisées en sous-œuvre. Ce choix augmente le risque de déstabilisation de l’ouvrage avec un risque majeur de déchaussement. Aucune analyse sérieuse n’est faite des contraintes géotechniques et de la stabilité des options choisies dans la durée.
Page 80 : le nouveau règlement d’eau fera obligation d’entretien au propriétaire mais sans possibilité d’utiliser un jour la valeur énergétique
Le nouveau règlement d’eau va acter la disparition des organes hydrauliques, donc la possibilité d’un usage énergétique. C’est totalement contraire aux engagements climatiques de la France et de l’Europe. Chaque collectivité doit rechercher les sources renouvelables bas carbone de son territoire, donc en l’occurrence relancer l’énergie hydraulique. Dans un arrêt récent consacré à un moulin du Châtillonnais (CE n°414211, avril 2019), le Conseil d’État a rappelé que l’intérêt général de l’énergie hydraulique ne s’apprécie pas en fonction du niveau de puissance. Même des sites modestes méritent donc une relance, en particulier sur des territoires où il sera difficile d’envisager de la production éolienne, solaire, biomasse ou autres sources.
Page 88 : certaines espèces risquent d’être pénalisées par la baisse de surface en eau
Le dossier du pétitionnaire rappelle la présence de diverses espèces dont la cigogne noire. Or, plusieurs propriétaires d’ouvrages hydrauliques avec étangs du Châtillonnais ont signalé la présence de cet oiseau migrateur dans les marges de leurs plans d’eau, l’animal appréciant la biomasse de ces biotopes. Le fait de réduire la surface en eau (revenir au lit d’étiage en été) au lieu de conserver une large extension au plan d’eau n’est globalement pas favorable au vivant aquatique.
Illustrations : Mathieu Bouchard, droits réservés.
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