On nous avait promis une "renaturation" miraculeuse et exemplaire, un retour à l'équilibre écologique et une vallée pacifiée. Quelques années après le démantèlement des barrages de Vezins et de la Roche-qui-Boit, le réveil est brutal et boueux pour les habitants du Sud-Manche. À Saint-Hilaire-du-Harcouët, Ducey-Les Chéris ou Poilley, l'Airon et la Sélune ont rappelé une vérité physique élémentaire : supprimer les obstacles, c'est accélérer l'onde de crue, augmenter les risques, aggraver les conséquences. Retour sur un désastre annoncé, financé à grands frais par l'argent public.
Images France Bleue, tous droits réservés.
C’est un spectacle de désolation qui a frappé le Sud-Manche au début de ce mois de février.
À Saint-Hilaire-du-Harcouët, Ducey-Les Chéris, Poilley et dans plusieurs autres communes du bassin versant, des rues, des quartiers entiers et même des bâtiments industriels ont été envahis par les crues exceptionnelles de ces cours d’eau, entraînant des maisons inondées, des routes coupées et une mobilisation générale des services de secours et des habitants. Les pompiers et les élus locaux ont dû déclencher des plans d’urgence pour organiser l’aide aux sinistrés, tandis que la municipalité déposait un dossier pour reconnaître l’état de catastrophe naturelle et que la solidarité des habitants s’organisait devant l’ampleur des eaux sur les chaussées et dans les jardins.
"C’était surtout pas le moment de les enlever."
Des rues transformées en torrents, des quartiers entiers sous les eaux, des maisons envahies et, symbole de ce gâchis économique, une usine sinistrée à Saint-Hilaire-du-Harcouët. Une phrase tourne en boucle sur les réseaux sociaux et dans les conversations des riverains à propos des barrages détruits par l'État sur la Sélune : "C’était surtout pas le moment de les enlever."
Car oui, cette zone aujourd'hui sinistrée était protégée par deux grands barrages-réservoirs EDF qui ont été démantelés voici quatre ans, au nom du retour hypothétique d'une faible quantité de saumon sauvage...
À Saint-Hilaire-du-Harcouët, Ducey-Les Chéris, Poilley et dans plusieurs autres communes du bassin versant, des rues, des quartiers entiers et même des bâtiments industriels ont été envahis par les crues exceptionnelles de ces cours d’eau, entraînant des maisons inondées, des routes coupées et une mobilisation générale des services de secours et des habitants. Les pompiers et les élus locaux ont dû déclencher des plans d’urgence pour organiser l’aide aux sinistrés, tandis que la municipalité déposait un dossier pour reconnaître l’état de catastrophe naturelle et que la solidarité des habitants s’organisait devant l’ampleur des eaux sur les chaussées et dans les jardins.
"C’était surtout pas le moment de les enlever."
Des rues transformées en torrents, des quartiers entiers sous les eaux, des maisons envahies et, symbole de ce gâchis économique, une usine sinistrée à Saint-Hilaire-du-Harcouët. Une phrase tourne en boucle sur les réseaux sociaux et dans les conversations des riverains à propos des barrages détruits par l'État sur la Sélune : "C’était surtout pas le moment de les enlever."
Car oui, cette zone aujourd'hui sinistrée était protégée par deux grands barrages-réservoirs EDF qui ont été démantelés voici quatre ans, au nom du retour hypothétique d'une faible quantité de saumon sauvage...
Le "toboggan hydraulique" : une physique que l'administration a oubliée ou minimisée
Depuis 2018, Hydrauxois n'a cessé d'alerter sur les conséquences du "chantier exemplaire" de la Sélune. Nous dénoncions à l'époque les "mauvais arguments" d'une administration pressée de détruire un patrimoine fonctionnel. On nous opposait alors un botté en touche : les barrages ne serviraient à rien contre les crues. Ni d'ailleurs contre les sécheresses.
Pourtant, la réalité du terrain vient de donner une leçon de laminage hydraulique aux théoriciens en chambre du bonheur de la "continuité écologique". Certes, Vezins et la Roche-qui-Boit n'étaient pas des barrages de régulation de crues centennales. Mais nier l'effet tampon d'une retenue de plusieurs millions de mètres cubes relève de l'aveuglement. En supprimant ces ouvrages, on a transformé la vallée en un véritable toboggan hydraulique. L'onde de crue n'est plus freinée, elle ne s'étale plus dans les réservoirs ; elle fonce tête baissée vers les zones habitées.
Le bon sens de Louis Gontier face au dogme
Louis Gontier, défenseur historique des barrages du Sud-Manche, porte aujourd'hui la voix de ceux qui ne se résignent pas à voir leur territoire sacrifié. Son analyse rapportée par France Bleue est sans appel :
"Aujourd'hui, on fait des bassins de rétention à tout va pour essayer d'absorber les excédents d'eau, mais c'est ce que les barrages pouvaient faire. À l'époque, on savait qu'on pouvait baisser de deux mètres le lac de Vezins pour créer une réserve tampon capable d'absorber l'excédent et de réguler le débit. C'était une protection naturelle que nous avions la chance d'avoir à proximité. On les a cassés alors qu'il n'y avait pas besoin."
L'amélioration des prévisions météo aurait permis une gestion fine de ces abaissements préventifs. Au lieu de cela, les riverains sont désormais livrés à la seule "dynamique naturelle" de la rivière. Une dynamique qui ne se soucie ni des parquets flottants, ni des outils de production industrielle.
53 millions d'euros d'argent public pour augmenter le risque ?
Le coût de cette obstination est effarant. Comme nous le rappelions lors du lancement des travaux, le démantèlement des barrages de la Sélune (Vezins, 36 mètres de haut, et la Roche-qui-Boit, 16 mètres) a représenté un investissement public de plus de 50 millions d'euros (les estimations finales avoisinent les 53 millions d'euros).
C’est la double peine pour le contribuable :
- on dépense des fortunes pour détruire des outils de production d'énergie décarbonée et des réserves d'eau potable,
- on doit maintenant payer pour l'indemnisation des sinistrés et, demain, pour la construction de nouveaux bassins de rétention artificiels afin de corriger les erreurs de la "renaturation".
Conclusion : sortir du dogme coûteux, inefficace et dangereux de la continuité écologique
La Sélune est devenue le symbole d'une écologie qui détruit plus qu'elle ne protège. La gestion de l'eau ne peut se résumer à une vision muséale d'une nature sauvage pré-humaine. Un barrage, un seuil, un étang, un plan d'eau sont aussi des outils de régulation. Les supprimer sans mesurer l'impact sur la vitesse d'écoulement est une faute lourde, dont les habitants du Sud-Manche paient aujourd'hui le prix fort, les pieds dans la boue.
Il est temps de sortir du dogme de la table rase au nom du retour à la nature sauvage. Si l'on veut vraiment protéger les populations face aux aléas climatiques, il faudra bien un jour admettre que l'homme et ses ouvrages font partie de l'équilibre de la vallée, et non de son déséquilibre.
Post scriptum : si des riverais souhaitent porter plainte contre l'Etat pour dommages et mise en danger de la vie d'autrui, ils peuvent contacter notre association. Les erreurs doivent avoir des conséquences, en particulier quand tous les avertissements avaient été donnés et ont été ignorés.
Post scriptum : si des riverais souhaitent porter plainte contre l'Etat pour dommages et mise en danger de la vie d'autrui, ils peuvent contacter notre association. Les erreurs doivent avoir des conséquences, en particulier quand tous les avertissements avaient été donnés et ont été ignorés.





