16/08/2026

Marcenay : quand un lac artificiel devient une zone humide exemplaire

En pleine sécheresse, Le Bien Public est allé jusqu’à Marcenay, dans le nord de la Côte-d’Or, pour montrer une zone humide encore gorgée d’eau et rappeler ses fonctions : biodiversité, stockage de l’eau, soutien des milieux en période sèche et frein à la propagation des incendies. Un point oublié mérite pourtant d’être souligné : l’étang de Marcenay est entièrement artificiel, créé par l’homme il y a près de huit siècles. Une réalité qui devrait conduire à regarder autrement le devenir de l’étang supérieur des Marots et de Combe Noire situés à quelques kilomètres en cœur de Parc national de forêts.


L’article publié ce 16 août 2026 par Le Bien Public tombe à point nommé. Alors que chaleur et sécheresse éprouvent les cours d’eau, les sols et les forêts, le journal accompagne Clément Bastin, chargé de projets au pôle Milieux humides Bourgogne-Franche-Comté du Conservatoire d’espaces naturels, sur les berges de l’étang de Marcenay. Le message est clair : une zone humide fonctionne comme une éponge, stockant l’eau lorsqu’elle est disponible et la restituant progressivement ; elle héberge une biodiversité particulière, entretient une atmosphère plus humide et peut aussi ralentir la progression des incendies.

L’article insiste même sur la nécessité, face au risque d’incendie, de conserver des sols humides, une végétation diversifiée et plusieurs strates d’habitats. Il évoque également le castor comme "allié de taille" : ses barrages maintiennent localement un niveau d’eau, reconnectent le cours d’eau avec ses milieux humides annexes et contribuent à réhumidifier les sols. Le Conservatoire expérimente d’ailleurs des dispositifs "low-tech" inspirés de ces barrages afin de recréer ces fonctions.

Une zone humide… créée par l'homme
Il manque pourtant dans cette démonstration un élément particulièrement intéressant : l’étang de Marcenay n’est pas un lac naturel. Il s’agit d’un lac artificiel de 92 hectares, créé en 1239 par les moines de l’abbaye de Molesme pour la pisciculture, puis utilisé pour la sidérurgie. Il est aujourd’hui classé Espace naturel sensible, propriété du Conservatoire d’espaces naturels de Bourgogne et de la Fédération de pêche de Côte-d’Or.

Autrement dit, près de huit siècles d’histoire ont transformé un aménagement hydraulique humain en un écosystème dont on vient aujourd’hui célébrer la valeur écologique. Face à la réalité des canicules et sécheresses frappant la région, on oublie les anciens points de vue doctrinaux sur les retenues qui soi-disant évaporent et ne servent à rien en été ! On pourrait faire la même observation sur les barrages de castors : à mesure que ce rongeur aquatique disparaissait des rivières en raison d'une prédation intensive au Moyen Âge, ce sont les seuils humains de moulins et étangs qui ont reprise la fonction de stockage et rehausse locale de l'eau. Autant les conserver aujourd'hui ! 

L’origine artificielle d’un milieu ne préjuge pas de sa valeur écologique actuelle. Un ouvrage créé autrefois pour la pisciculture, l’énergie ou d’autres usages peut, avec le temps, produire une mosaïque de pleine eau, roselières, vasières, boisements humides et sols saturés qui possède ses propres habitats, espèces et fonctions hydrologiques.

Et quelques kilomètres plus loin, les Marots en zone de cœur du parc national…
Cette évidence devrait éclairer le débat concernant les étangs des Marots et de Combe Noire, situés non loin de là dans le Châtillonnais. Les anciens étangs des Marots constituent une zone humide et doivent être remis en eau, notamment en raison de leur rôle dans la lutte contre les incendies de forêt.

Le Conseil économique, social et culturel du Parc avait d’ailleurs été plus loin dès 2022. Dans son avis officiel, il soulignait la valeur écosystémique que peut avoir un étang, son impact possible sur la ressource en eau et son rôle de réserve incendie. Il demandait alors explicitement la remise en eau des deux étangs des Marots, avec une gestion permettant d'alterner éventuellement les assecs afin de conserver à la fois biodiversité d’eaux calmes et biodiversité d’eaux courantes.

Depuis, le choix retenu est différent : remise en eau de l’étang inférieur, mais effacement définitif de l’étang supérieur. Le jugement du tribunal administratif de Dijon du 15 avril 2026 décrivait cette option. Il rappelle en même temps la quasi-absence de points d’eau dans plus de 10 000 hectares de forêt domaniale de Châtillon, le risque conséquent de feux de forêt relevé par le SDIS et l'intérêt stratégique d'une réserve accessible aux secours.

Le même dossier relève en outre que l’étang de Combe Noire est désormais presque comblé par les sédiments, situation apparue à la suite de l’effacement des cinq étangs Narlin en amont. Voilà qui devrait au minimum conduire à rouvrir la réflexion. Car dans ces lieux où l’on  détruit les retenues, les étés secs voient désormais disparaitre l’eau, sa faune et sa flore. Quel intérêt ? 

Ne plus opposer le naturel et l'artificiel
Comme toujours en écologie, il faut examiner les situations concrètes, les fonctions, les gains et les pertes. Mais c’est précisément l’enseignement de Marcenay : on ne peut pas décider de la valeur d’un milieu sur le seul critère de son caractère naturel ou artificiel.

Si conserver l’eau, maintenir des sols humides, diversifier les habitats, disposer de réserves en période sèche et ralentir les incendies deviennent des objectifs majeurs de l’adaptation climatique, alors les anciens systèmes d’étangs doivent être évalués à cette aune. Le raisonnement vaut pour l’étang inférieur des Marots ; rien ne justifie qu’il cesse soudainement d’être pertinent lorsqu’on passe à l’étang supérieur ou à Combe Noire.

En pleine sécheresse, on présente avec raison un étang artificiel vieux de huit siècles comme un remarquable réservoir de biodiversité et d’humidité ; dans le même Châtillonnais, d’autres étangs historiques restent asséchés ou disparaissent.

L’adaptation au changement climatique suppose sans doute de dépasser quelques vieux réflexes doctrinaux. 

La bonne question n’est plus : ce milieu a-t-il été créé par l’homme ? Elle est : que nous apporte-t-il aujourd’hui, et que perdrons-nous demain s’il disparaît ?

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Le lac de Marcenay, masse d'eau artificielle et réservoir de biodiversité

4 commentaires:

  1. Maghmnifique demonstration

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  2. Bonjour,
    • Très pertinente cette relation sincère entre un plan d’eau créé de la main de l’homme (comme dans 98% des cas en France) et son intérêt pour l’environnement au point qu’il soit qualifié de tous les termes dithyrambiques sur ses bienfaits écologiques, floristiques et faunistiques.
    1) Le meilleur exemple est le lac du Der,
    2) Ce cas n’est pas mal non plus : après les désordres, restauration d’une digue de 160m de long et 5 m de haut pour restaurer l’étang du Grand Albert de 17ha au titre d’une ORE pour cette merveilleuse zone très artificielle devenue 100% naturelle.
    https://auvergne-rhone-alpes.lpo.fr/wp-content/uploads/Dossier-de-presentation-Grand-Albert-2-fevrier-2023.pdf
    3) Il me semblerait enfin nécessaire d’inventorier toutes les ZNIEFF dont le classement a été permis grâce à la présence d’un plan d’eau.
    • Toutes les autres appréciations sur les étangs et méga-plans d’eau sont insincères et dogmatiques.
    En effet, il faut trancher sur l’intérêt général : on veut de l’eau ou on n’en veut pas ? des zones vertes ou des sols arides en voie de désertification ? de l’eau au robinet ou des restrictions d’usages dès le mois d’Avril ?
    Ph. Benoist

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  3. Très bonne analyse d'Hydrauxois. Il y manque une chose : le stockage d'eau dans le site de Marcenay aujourd'hui est notablement inférieur au stockage d'eau dans l'étang avant le développement du 'site remarquable' que constitue Marcenay aujourd'hui. Un article récent du journal La Croix (pourtant remarquable journal) sur l'eau en Limousin rapporte maladroitement la volonté de certaines 'autorités' de détruire des étangs pour les remplacer par des zones humides ... sans bien sûr en indiquer toutes les conséquences.
    Une chose me parait incompréhensible dans les 'doctrines écologiques' : le classement en meilleur ou plus mauvais des milieux vivants liés à l'eau. Comme le rappelle la réflexion Hydrauxois, la vie, où que ce soit, n'est pas figée et évolue. Elle n'a que faire de classements "scientifiques". Les aménagements, même bien intentionnés, ont un but affiché par l'aménageur (y compris celui qui détruit) qui n'a pas grand chose à voir avec la 'volonté' de la nature.

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  4. L'étang de Marcenay est clairement très intéressant au niveau de sa biodiversité, et il l'est car il est très bien géré. Il y a une volonté des gestionnaires de garder une faune piscicole autochtone et patrimoniale ce qui va permettre le maintien et l'installation de tout un tas d'autres espèces (hydro- hélophyte, amphibiens, odonates, etc.). Ce type de gestion sur un étang est rarissime, et la plupart des étangs gérés par des particuliers sont peu intéressants pour la faune locale, voire même néfastes (ils peuvent constituer des pièges écologiques, participent à la propagations d'espèces exotiques, etc.).
    Et le caractère artificiel ou non d'un milieu n'entre pas forcément en compte dans la décision de le faire disparaitre. La plupart des structures GEMAPI ont bien conscience de l'intérêt écologique de certaines retenues d'eau, et lorsqu'ils n'en sont pas sûr ils demandent l'avis de structures naturalistes qui n'hésiterons pas à s'opposer à un projet s'il met en péril certaines espèces. Mais leurs critères d'évaluation sont basés sur beaucoup d'autres choses comme la thermie de l'eau, la circulation des sédiments, l'usage de l'ouvrage, l'impact sur le débit en aval...
    Il n'y a pas de volonté systémique de supprimer tous les ouvrages artificiels, seulement ceux qui n'ont pas d'usages et qui peuvent s'avérer néfastes ou délétères sur un ou plusieurs aspects des fonctionnement hydrologiques/biologiques, et souvent sur la quantité d'eau disponible pour les usages humains.
    Un étang créé par un particulier empoissonné avec 80% de carpes, qui ne présente aucune végétation aquatique, n'est pas favorables aux espèces aquatiques locales, cloisonne le cours d'eau, limite son débit et réchauffe l'eau et bloque les sédiments et n'a pour seul et unique usage le loisir de son propriétaire... Franchement une belle zone humide serait largement plus favorable à la fois à la biodiversité, au cours d'eau et à la société humaine ainsi qu'à ses usages.

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