31/07/2026

Près de 45 000 moulins à eau recensés sur la carte de Cassini

Pour la première fois, une étude conduite par notre association propose une quantification systématique des moulins à eau représentés sur l’ensemble de la carte de Cassini. Grâce aux outils de vision par ordinateur appliqués aux 181 feuilles couvrant le royaume de France, près de 45 000 sites hydrauliques ont été détectés et répartis entre les grands bassins versants. Ce travail permet de mieux mesurer l’importance de l’énergie hydraulique dans l’économie et les paysages de la France préindustrielle.


Les moulins à eau figurent par milliers sur la carte de Cassini, mais ils n’avaient encore jamais fait l’objet d’un dénombrement systématique à l’échelle nationale. Les connaissances disponibles reposaient principalement sur des monographies locales, des dépouillements manuels ou des estimations générales établies à partir de données démographiques et économiques.

Cette étude constitue ainsi la première analyse quantitative des moulins à eau représentés sur l’ensemble du corpus Cassini. Elle repose sur un modèle d’intelligence artificielle entraîné à reconnaître automatiquement le symbole cartographique du moulin à eau. Le modèle a ensuite été appliqué aux 181 feuilles numérisées en haute résolution par la Bibliothèque nationale de France.

Au total, 44 817 moulins à eau ont été détectés. Compte tenu des performances du modèle et des incertitudes inhérentes aux documents historiques, leur nombre est estimé à environ 45 000, avec une marge d’incertitude de ±5 %, soit une fourchette plausible comprise entre 42 500 et 47 300 sites.

Cela représente en moyenne un moulin à eau pour environ 577 habitants dans la France du XVIIIe siècle. Ce résultat confirme la place centrale de la force hydraulique dans une économie encore largement rurale, où les moulins assuraient non seulement la mouture des céréales, mais aussi de nombreuses activités artisanales et industrielles.

La répartition par grands bassins versants fait apparaître :
  • 14 291 moulins dans le bassin Loire-Bretagne ;
  • 10 783 dans le bassin Adour-Garonne ;
  • 8 229 dans le bassin Rhône-Méditerranée ;
  • 6 988 dans le bassin Seine-Normandie ;
  • 3 571 dans le bassin Rhin-Meuse ;
  • 955 dans le bassin Artois-Picardie.

Ces chiffres mettent en évidence l’ampleur de l’aménagement ancien des cours d’eau français. Bien avant l’industrialisation moderne, les rivières formaient déjà une infrastructure énergétique dense, structurée par des dizaines de milliers de chaussées, de seuils, de biefs et de canaux.

L’estimation de 45 000 moulins doit probablement être considérée comme un minimum. La carte de Cassini n’était pas conçue comme un inventaire industriel exhaustif : certains petits moulins ont pu être omis, les relevés se sont étalés sur plusieurs décennies et certains territoires aujourd’hui français, comme la Savoie, la Haute-Savoie et le pays niçois, n’étaient pas couverts.

Cette première étude ouvre donc la voie à la constitution d’une base de données géohistorique plus précise, susceptible de documenter l’évolution des paysages fluviaux, du patrimoine hydraulique et des usages énergétiques de l’eau sur plusieurs siècles.

Référence : Champetier, Charles-François, 2026. Les moulins à eau de la carte de Cassini. Une première estimation quantitative. Hydrauxois, 19 p. (Lien pdf)

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