09/07/2014

Moulin du Boeuf en lutte !

Le dimanche 28 juin, une bannière a été posée sur le Moulin du Boeuf à Bellenod-sur-Seine. Cette propriété de M. Bouqueton est le symbole de l'acharnement actuel des autorités en charge de l'eau en vue de détruire les ouvrages hydrauliques et les droits d'eau qui leur sont attachés. Le cas est désormais en contentieux au tribunal administratif. Le nombre croissant de propriétaires qui rejoignent les associations de la Coordination Hydro 21 et leurs consoeurs de Bourgogne suggère la nécessité d'une vraie concertation collective sur les rivières, pour le moment absente. Nous avions déposé un dossier de travail au cabinet de la préfecture de Dijon, en copie à la DDT : aucune suite n'a été donnée à nos demandes d'information. De la même manière, les nombreuses réflexions contenues dans notre dossier complet sur la continuité écologique n'ont fait l'objet d'aucun retour de la part de la DDT, de l'Onema, ni des syndicats de rivières, des agences de l'eau ou des autorités politiques en charge de l'environnement. Nos documents sont publics : chacun peut donc juger sur pièce, et constater que les associations sont force de proposition, mais qu'elles rencontrent un silence hostile. L'absence volontaire de concertation est donc largement caractérisée, et si elle devait persister, les tribunaux seront saisis pour la sanctionner.


06/07/2014

Les Rencontres hydrauliques dans le Bien Public

Compte-rendu très fidèle de nos Rencontres dans le Bien Public (édition du 6 juillet 2014). Un grand merci à tous les participants, à la Commune de Semur-en-Auxois et aux exposants professionnels : Green City Energy, Watec Hydro / Ercisol, Turbiwatt, Hydreo Engineering. La date des prochaines Rencontres est déjà connue, dernier week-end de juin comme chaque année, soit les 27-28 juin 2015. Nous comptons sur vous tous qui nous lisez pour nous rejoindre et pour renforcer la belle dynamique créée depuis 2 ans.

27/04/2014

Un guide Onema pour le débit minimum biologique

Depuis le 1er janvier 2014, tous les barrages en rivière (seuils, chaussées, déversoirs et autres prises d'eau) doivent laisser un débit minimum biologique (DMB) de 10% du module (débit moyen) dans le lit de la rivière. Ce DMB remplace l'ancien débit réservé, qui était parfois du 1/40e (soit 2,5%). Exemple numérique : si la rivière a un module de 3 m3/s au droit de votre ouvrage, vous devez faire en sorte qu'il reste en permanence 300 litres par seconde (10%) à l'aval immédiat du seuil, dans le tronçon court-circuité du cours d'eau. Cette exigence est particulièrement sensible vers l'étiage, puisque c'est à cette époque que le stress hydrique est le plus marqué pour les espèces aquatiques. S'il n'y a plus assez d'eau dans la rivière pour atteindre les 10%, celle-ci doit primer sur le bief et conserver tout son débit disponible dans le lit mineur.

L'Onema a édité un guide technique pour assurer le débit minimum. Le document est intéressant, il rappelle les formules hydrauliques permettant le calcul du débit dans les différents dispositifs : échancrure, déversoir à mince ou large paroi, orifice et ajutage, ouverture en fond de vanne guillotine, modules à masque… Tous les moyens sont possibles pourvu que le débit soit exact dans son calcul, et garanti quand la rivière est à l'étiage. Gare aux contrôles !

En l'absence de production, et s'ils n'ont pas eu le temps de concevoir un dispositif spécifique, les moulins doivent fermer à l'étiage (ou en basses eaux) les vannes ouvrières en entrée de bief ou de chambre d'eau, éventuellement fermer les directrices de la turbine en chambre si c'est le seul dispositif de contrôle du débit amont. Dans ce cas, le débit de la rivière passera entièrement sur le déversoir.

Référence : Baril D., Courret D., Faure B., (2014), Note technique sur la conception de dispositifs de restitution de débit minimal, 23 p. (lien pdf)

Illustration : orifice en vanne, dénoyé à l'aval. © Onema

21/04/2014

Les moulins de Côte d’Or et de Bourgogne en 1809

En 1809, le Ministère de l’Intérieur du premier Empire napoléonien demande aux préfets d’établir par départements une statistique des moulins à blé. Ce travail, connu sous le nom de "statistique impériale", offre de précieuses informations sur l’état de la meunerie française à l’aube des Temps Modernes (cf. Rivals 2000).

953 moulins à eau en Côte d’Or, 3528 en Bourgogne
Quel était l’équipement en moulins de notre département et de notre région ? La statistique de 1809 nous apprend que la Côte d’Or comptait 953 moulins à eau (et 43 moulins à vent). Parmi les moulins à eau, 890 avaient une roue verticale (soit 93,4%) et 63 une roue horizontale.

Le département bourguignon le mieux pourvu n’était pas la Côte d’Or, qui arrive en 2e position, mais la Saône-et-Loire avec 1421 moulins à eau. Tous étaient ici à roue verticale. Vient ensuite la Nièvre avec 584 moulins à eau (dont 24 à roue horizontale), puis l’Yonne avec 570 moulins à eau (dont 37 à roue horizontale).

Au total, la Bourgogne de 1809 totalise donc 3528 moulins à eau. Si la densité peut paraître impressionnante, la Bourgogne est cependant loin d’être la région la mieux pourvue. A nombre de départements et superficie à peu près équivalents, l’Auvergne compte par exemple 5936 moulins en ce début de XIXe siècle. Les deux Normandie, pourtant peu montagneuses, totalisent 5114 moulins. La Franche-Comté voisine affiche 3603 moulins à eau, sur ses trois départements du Doubs, du Jura et de la Haute Saône.

Une décroissance progressive au cours des deux derniers siècles
Concernant la Côte d’Or, il est intéressant d’analyser l’évolution dans le temps des moulins (puis usines hydrauliques) en activité. Dans la statistique des moteurs hydrauliques de 1899, le nombre d’établissement est de  568. Le relevé de la taxe de statistique de 1921 précise que 451 moulins et usines sont encore en activité.

On observe donc une décroissance progressive des moulins en activité. Cette tendance s’explique par l’évolution technique de la meunerie, qui fut toujours de très loin la première activité de production associée aux moulins, et notamment par la généralisation de l’énergie fossile, d’abord sous la forme de la machine à vapeur (« pompe à feu ») alimentée au charbon,  puis du moteur électrique dont l’énergie primaire sera fournie indifféremment par le charbon, le pétrole (fioul) ou le gaz.

Enseignements énergétiques et écologiques
Si nos ancêtres ne connaissaient pas les lois de la mécanique des fluides ou de l’hydraulique, ils possédaient néanmoins une expérience des usages de l’eau datant de la première révolution industrielle du Moyen Âge central, celle qui vit l’éclosion cistercienne dans nos contrées et la généralisation de la roue hydraulique. Cela signifie que les 3528 sites bourguignons équipés en 1809 étaient exploités car ils présentaient un intérêt énergétique justifiant le coût important de l’implantation d’un moulin.

C’est une bonne nouvelle dans la perspective contemporaine de la transition énergétique, car ces 3528 moulins historiques sont autant de  sites potentiels pour l’implantation de micro-centrales hydroélectriques au fil de l’eau.

Du point de vue écologique, l’analyse des statistiques historiques n’est pas moins intéressante. Elle montre en effet que l’impact morphodynamique et piscicole de la micro-hydraulique au fil de l’eau a tendanciellement baissé (et non augmenté) au cours des deux derniers siècles. Il est difficile dans ces conditions d’attribuer aux moulins la responsabilité de la dégradation récente (essentiellement à partir de la seconde moitié du XXe siècle) de la qualité chimique, physique et biologique des cours d’eau bourguignons (ou français).  Quand on analyse la dynamique de peuplement de certaines espèces repères, comme la truite, l’anguille ou l’écrevisse, on constate qu’il n’existe pas de corrélation avec la présence des moulins sur la rivière (voir cet exemple pour les écrevisses et cet exemple pour les truites).

Référence : Rivals Claude (2000), Le moulin et le meunier, 2 volumes, éditions Empreinte.

Illustrations : en haut, moulin à eau dans l’Encyclopédie ; en bas, l’ancien Foulon Marmillot à Semur-en-Auxois (rivière Armançon), un exemple de site abandonné depuis 1809 où la rivière a repris ses droits.

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Moteurs hydrauliques en Côte d’Or : la Statistique de 1899
Moulins et usines hydrauliques en Côte d’Or : la Statistique de 1921
Potentiel micro-hydraulique en Côte d’Or à l’heure de la transition énergétique