16/11/2019

La diversité végétale en amont et en aval des seuils en rivières (Wollny et al 2019)

La recherche scientifique commence à étudier un peu plus souvent et sérieusement les rivières progressivement modifiées par l'action humaine dans l'histoire, en particulier les petits ouvrages qui sont orphelins d'études a contrario des grands barrages. Trois chercheuses allemandes analysent ainsi des rivières ayant été longuement modifiées par l'implantation de petits ouvrages hydrauliques. Leur travail montre que la végétation des berges s'est adaptée aux nouvelles conditions hydrodynamiques, avec des peuplements différents en zone amont de retenue et en zone aval des seuils. La biodiversité végétale est deux fois plus importante en berge des retenues qu'en berge à l'aval. Pour améliorer certains habitats d'espèces menacées des marges d'eaux courantes (assemblages à Bidentetea), des berges moins abruptes dans les zones aval des ouvrages seraient bénéfiques. Ces travaux s'inscrivent dans le contexte du classement allemand de la moitié de masses d'eau comme "fortement modifiées" par l'homme dans le cadre de la directive européenne sur l'eau, ce qui implique de choisir non un retour à l'état antérieur de référence, mais un aménagement des cours d'eau pour optimiser leur potentiel écologique. Pourquoi la France ne fait-elle pas ce choix rationnel et conforme à la réalité des nouveaux écosystèmes, au lieu de poursuivre une chimérique et ruineuse "renaturation" de ses cours d'eau qui ont été presque tous classés comme masses d'eau "naturelles" au titre de la DCE? 



Julia T. Wollny, Annette Otte et Sarah Harvolk-Schöning (Institut d'écologie du paysage et de management des ressources, Université Justus-Liebig de Giessen)  ont étudié la végétation des berges de deux rivières du Palatinat rhénan : six sites de la Lahn (sur 94 km de tronçon, entre les altitudes 153-100 m)  et trois sites de la Fulda (sur 62 km de tronçon, entre les altitudes 180-146 m). Ces rivières ont été modifiées par des chaussées de moulin à compter du Moyen Âge, avec d'autres interventions ultérieures (stabilisation de berge, extraction de sédiment). Leurs modules se situent entre 45 et 63 m3/s. Seize relevés ont été fait sur chaque site, à des distances de 200, 400, 800 et 1000m du seuil en amont et en aval, sur chaque rive. Au total, 198 espèces différentes ont été retrouvées (175 sur la Lahn et 125 sur la Fulda). La distance du seuil ne crée pas de différences significatives en amont ou en aval.

Voici le résumé de leur travail :

"Des mesures de régulation telles que l’installation de seuils ont entraîné des changements distinctifs dans les communautés de plantes riveraines et un déclin des espèces de plantes riveraines typiques le long des berges de la rivière, qui sont naturellement pauvres en plantes ligneuses. Ces mesures de régulation incluent également les retenues ou les barrages au fil de l'eau qui provoquent des différences dans les conditions hydrodynamiques à leur proximité directe en amont et en aval. Au cours de l'année, les tronçons en aval sont exposés à des fluctuations du niveau de l'eau nettement plus importantes qu'en amont. Ainsi, ces tronçons sont supposés fournir également un habitat propice aux espèces de plantes riveraines d'habitats exposés à de fréquentes perturbations causées par l'alternance des niveaux d'eau.

Nous avons étudié la végétation riveraine à proximité immédiate en amont et en aval de neuf barrages le long des deux rivières régulés la Lahn et la Fulda. L'échantillonnage a été réalisé  au cours des étés 2016 et 2017 dans les zones de transition entre les eaux et les terres directement au-dessus du niveau d'eau. Les différences dans la composition des espèces ont été analysées à l'aide d'une analyse multidimensionnelle non métrique et d'une analyse des espèces indicatrices. Les résultats de l’analyse des espèces indicatrices ont été utilisés pour d’autres analyses concernant les caractéristiques fonctionnelles de l’espèce et l’origine de son habitat.

Un regroupement des relevés selon le remous du déversoir, les différences dans les conditions du site, les espèces indicatrices significatives pour chaque portée et les espèces indicatrices communes en amont le long des deux rivières font ressortir des différences dans la composition des espèces en amont et en aval. En raison des niveaux d’eau relativement constants, la composition en espèces en amont consistait principalement en espèces pérennes provenant de roseaux d’eaux stagnantes, de forêts alluviales et de marécages et des habitats terrestres concurrents. En revanche, les espèces des roseaux d'eaux vives, des prairies et lits inondables, des communautés de plantes riveraines typiques (Bidention tripartitae, Chenopodion rubri) se rencontrent plus fréquemment en aval. Les espèces en aval présentaient également une moindre capacité compétitive et des cycles de vie courts en raison de fluctuations plus importantes du niveau de l'eau.

La composition des espèces en amont et en aval reflète clairement les conditions hydrodynamiques observées, limitant la continuité à la zone située entre deux déversoirs. Cela diffère nettement des conditions naturelles, ce qui conduit à l'établissement de nouvelles communautés de plantes riveraines. Étant donné que les débits en aval situés à proximité immédiate des barrages sont liés à des fluctuations plus importantes du niveau de l'eau au cours de l'année, ces zones revêtent une importance essentielle en tant que refuge pour les espèces riveraines typiques. Dans ce contexte, nous recommandons de réduire la pente des berges en aval afin d’accroître l’effet des fluctuations des niveaux d’eau, ce qui permettrait de créer des habitats propices aux espèces de plantes riveraines typiques."

Voici en particulier le tableau des compositions d'espèces en amont et en aval des seuils, où l'on constate deux fois plus de richesse d'espèces dans la zone de retenue.


Cliquer pour agrandir, tableau extrait de Wollny et al 2019, art cti.

Les assemblages à Bidentetea (végétation pionnière annuelle et hygrophile des sols azotés s'asséchant partiellement en été), d'intérêt régional de conservation, étaient parfois retrouvés en aval des seuils, notamment dans les zones à berges moins abruptes. Mais en faible quantité par rapport à des conditions naturelles sans intervention humaine.

Discussion
Contrairement à leurs collègues français, les gestionnaires allemands ont classé un grand nombre de leurs cours d'eau comme "masses d'eau fortement modifiées", une option que laissait ouverte l'Union européenne lorsque la morphologie des rivières a été modifiée par les usages humains. De là l'intérêt prioritaire pour des mesures de gestion sur les tronçons moins modifiés dans ces masses d'eau, qui doivent avoir un "bon potentiel écologique" (dans le jargon administratif de la directive cadre européenne sur l'eau). Il est dommage que le travail ne comporte pas de comparaison avec la biodiversité végétale rivulaire de rivières libres, puisque comme le reconnaissent les chercheuses, les travaux à ce sujet restent rares, en particulier pour les ouvrages de type seuils, moins étudiés que les barrages.

Un point n'est pas élucidé dans cette étude : l'usage exact des ouvrages et la morphologie complète de leurs dérivations. Quand ceux-ci dérivent des biefs de moulins, il convient d'analyser aussi leur végétation de berge. Il n'est en effet pas rare que ces canaux anciens, parfois très longs, représentent des profils intéressants pour la végétation et des annexes humides. L'hypothèse d'une disparition de l'ouvrage entraînant en ce cas la disparition de ces milieux aquatiques et humides, on ne peut faire un bilan réel qu'en intégrant ce paramètre. Des travaux français avaient ainsi montré que la disparition d'ouvrage peut avoir des effets négatifs sur des formations matures de forêts alluviales, y compris des espèces protégées au titre de la directive habitats faune flore (Depoilly et Dufour 2015, Dufour et al 2017). De même, comme l'a montré un autre travail allemand récent (Maaß et Schüttrumpf 2019), la suppression simple d'un ouvrage peut entraîner une incision des lits, des berges plus abruptes et un moindre débordement en lit majeur, ce qui est à modéliser avant de planifier des actions car ces issues sont plutôt considérées comme négatives.

Référence : Wollny JT et al (2019), Riparian plant species composition alternates between species from standing and flowing water bodies – Results of field studies upstream and downstream of weirs along the German rivers Lahn and Fulda, Ecological Engineering, 139, 105576

11/11/2019

Innovation de la continuité "apaisée" sur le Loir: détruire des moulins en prétendant qu'on ne le fait pas

Le syndicat du Loir SMAR 28 propose son projet de travaux en rivières 2020-2024 en enquête publique. Alors que l'état des lieux fait apparaître des rivières polluées et nous mettant en tort par rapport à nos obligations européennes, le programme est centré sur la morphologie sans rapport à cette altération prioritaire à traiter.  Tout en prétendant qu'aucune action ne sera engagée sur les moulins, l'examen des fiches d'actions montre qu'en réalité, une dizaine de destructions sont bel et bien planifiées. Le coût de ce volet effacement et interventions lourdes dépasse le demi-million d'euros et les 10% du budget, pour des opérations n'ayant aucun justification de leur priorité, ni même de leur intérêt. En comparaison, un poste aussi utile à la biodiversité que la restauration de zones humides et d'annexes hydrauliques pèse 60 fois moins dans le budget. Le dogme persiste donc, avec lui ses arbitrages délétères. La continuité soi-disant "apaisée" consiste apparemment à ne plus dire qu'on détruit quand on détruit. Va-t-on prendre longtemps les citoyens pour des idiots? Et surtout continuer ces dérives de gabegie d'argent public ne traitant pas les pollutions à la source et n'ayant que des effets marginaux ou négatifs sur la biodiversité et sur la ressource en eau? 



Le programme 2020-2024 de travaux de restauration du Loir et de ses affluents fait l'objet d'une enquête publique du 25 novembre au 10 décembre. Ce projet est porté par le Syndicat mixte d'aménagement et de restauration du bassin du Loir en Eure-et-Loir (SMAR Loir 28), associé à la Fédération de pêche du 28 pour certains travaux.

L'état des lieux proposé ("Note de présentation non technique du projet") fait apparaître que les 9 masses d'eau sont dégradées par pesticides, nitrates ou macropolluants (pages 15-16). On s'attend à ce que ce problème soit corrigé par la recherche et le financement de bonnes pratiques agricoles, industrielles, urbaines et domestiques : il n'en est rien. Comme d'habitude, les diagnostics montrent des dégradations que nous sommes censés traiter par nos obligations européennes (directive cadre européenne sur l'eau 2000, DCE), mais l'argent va ailleurs.

Dans ce diagnostic, la continuité est présentée comme un motif de dégradation du bon état écologique DCE, ce qui est une manipulation : la DCE voit la continuité comme le facteur éventuel d'un "très bon état", de toute façon un enjeu annexe par rapport aux enjeux prioritaires de l'Europe qui sont l'atteinte des critères de qualité chimique, physico-chimique et biologique, au premier chef par la suppression des pollutions sur lesquelles la France accuse divers retards. Par ailleurs, cette continuité a quatre dimensions (longitudinale, latérale, verticale et temporelle) et ne se résume donc pas à la continuité en long, focalisant l'attention sur pression de lobbies davantage que pour motifs écologiques démontrés.

Le diagnostic observe : "L'Ozanne, le Loir médian et le Loir aval présentent des taux d'étagement respectivement de 73% pour les deux premiers, et de 96% pour le dernier (données issues des premières études menées sur le bassin, mises à jour le bureau d’études HYDROCONCEPT et corroborées avec celles de la FDPPMA 28 et de l’AFB)" (page 22). En ce cas, ces rivières doivent être considérées comme "masse d'eau fortement modifiée" dans le cadre de la DCE, puisque l'Europe a prévu qu'une rivière dont la morphologie est totalement changée par interventions humaines dans l'histoire ne doit plus être considérée comme masse d'eau naturelle (donc ne peut pas avoir le même référentiel de peuplement biologique ou de fonctionnement morphologique qu'une autre non modifiée). Les gestionnaires publics doivent refléter cette réalité au lieu d'engager des dépenses inconsidérées dont l'effet sera probablement marginal.

Il est par ailleurs écrit dans la Note de présentation : "Restauration de la continuité écologique de manière coordonnée. Ces actions concernent les ouvrages. Elles sont proposées dans le respect des usages. Dans le cadre de ce dossier, aucune action n’est envisagée sur des complexes hydrauliques de type moulins car ils nécessitent une approche spécifique et des études particulières. Ils feront l’objet d’autorisations ultérieures en tant que de besoin."

Or, c'est un mensonge pur et simple.

La liste des "fiches actions" proposées dans le programme comporte notamment :
  • destruction du clapet de la Dame Blanche (rivière Loir, à Alluyes-Montboisier)
  • destruction chaussée du moulin de Brétigny (rivière Ozanne, à Dangeau)
  • destruction du seuil du moulin Rivière (rivière Ozanne, à Les Auutels-Villevillon)
  • destruction de la chaussée du moulin d'Orsay (rivière Yerre, à La Bazoche-Gouet)
  • destruction de la chaussée du moulin du Pont Galet (rivière Yerre, à La Bazoche-Gouet)
  • destruction de la chaussée du moulin des Granges (rivière Yerre, à Arrou)
  • destruction de la chaussée du moulin de la Mauginière (rivière Yerre, à La Mauginière)
  • destruction de la chaussée du moulin Neuf (rivière Thironne, à Chassant)
  • destruction de la chaussée du moulin Toucheron (rivière Mzure, à Happonvilliers)
  • destruction de la chaussée du moulin de Ronce (rivière Thironne, à Montigny-Le Chartif)
S'y ajoute la destruction du plan d'eau de l'Orme (rivière Foussarde).

Aucune explication de priorisation n'est donnée à ces travaux disparates (diverses masses d'eau ne sont ni en liste 1 ni en liste 2 au titre de la continuité), alors que le plan gouvernemental pour une continuité écologique apaisée demandait à l'administration de garantir que les actions sont financées et conduites selon une priorité démontrée.

Au total, les opérations de destruction d'ouvrages représente 727 000 euros dans le budget prévisionnel, soit 13% des dépenses.

En comparaison, un poste aussi utile à la biodiversité que la restauration de zones humides et annexes hydrauliques ne dispose que de 12 000 euros, soit 60 fois moins...

Nous persistons donc dans la gabegie à l'oeuvre dans la politique de l'eau depuis 10 ans :
  • diversion de l'argent public vers des sujets sans rapports avec nos obligations DCE de lutte prioritaire contre les polluants,
  • obsession de la continuité en long qui est moins efficace pour la biodiversité et pour le stockage de l'eau que la restauration de continuité latérale, et qui présente en général de nombreux risques d'effets négatifs,
  • destruction dogmatique d'ouvrages en travers sans analyse de biodiversité des sites et des effets sur la préservation locale de l'eau, sans la moindre explication sur le caractère nécessaire des actions,
  • mépris des nouvelles règles du gouvernement qui, face à l'échec manifeste de la continuité en long et à son coût considérable, demandent de définir des priorités justifiées et d'y concentrer les efforts au lieu d'actions disparates.
La dépense publique de l'eau est défaillante et confisquée par des bureaucraties qui propagent des dogmes sans en répondre devant la société: les citoyens doivent en prendre conscience et réclamer un changement de cap. Cela prendra la forme d'un avis négatif dans cette enquête publique et d'une opposition de terrain aux dépenses somptuaires, dont certaines dégradent des milieux et usages d'intérêt.

09/11/2019

Les insecticides peuvent aussi entraîner le déclin de poissons (Yamamuro et al 2019)

Un groupe de chercheurs japonais montre qu'une classe spécialisée d'insecticides puissants (les néonicotinoïdes), très utilisée dans le monde, a provoqué après les années 1990 un effondrement de la production de zooplancton dans un lac, puis de certaines espèces de poissons qui s'en nourrissent. Certaines de ces substances viennent d'être récemment interdites en France et en Europe. Des travaux allemands parus en 2017 et en 2019 ont par ailleurs documenté des baisses drastiques d'insectes dans des milieux très divers. On peut regretter la rareté des études d'effets directs et indirects des polluants émergents sur les réseaux trophiques de la faune aquatique en France. 

Les néonicotinoïdes sont des insecticides systémiques mis au point dans les années 1990 et formant la classe de pesticides la plus utilisée dans le monde aujourd'hui. Par leur efficacité redoutable et leur persistance dans l'environnement, ils sont notamment soupçonnés de jouer un rôle dans le déclin des colonies d'abeilles, avec d'autres causes.

Au Japon, Masumi Yamamuro et cinq collègues ont étudié en détail l'évolution des concentrations de néonicotinoïdes dans l'eau de rizières, de rivières et de lacs, tout en suivant en parallèle l'évolution du zooplancton et des poissons qui s'en nourrissent. Des travaux avaient montré que les néonicotinoïdes  peuvent affecter directement les poissons par des effets sub-létaux lors d'exposition à des concentrations faibles de fipronil, d'imidaclopride et de thiaclopride. Mais l'effet indirect de ces substances par la baisse de la biomasse des invertébrés servant de nourriture aux poissons (et à d'autres espèces) reste peu connu.

Voici le résumé de leur recherche parue dans Science :

"Le déclin des invertébrés est généralisé dans les écosystèmes terrestres et l'utilisation de pesticides est souvent citée comme facteur causal. Nous rapportons ici que les systèmes aquatiques sont menacés par la haute toxicité et la persistance des insecticides néonicotinoïdes. Ces effets se répercutent vers les niveaux trophiques supérieurs en modifiant la structure et la dynamique du réseau alimentaire, affectant ainsi les consommateurs les plus avancés. En utilisant des données sur le zooplancton, la qualité de l'eau et les rendements annuels en anguille [Anguilla japonica] et en wakasagi [Hypomesus nipponensis], nous montrons que l'application de néonicotinoïdes aux bassins versants depuis 1993 a coïncidé avec une diminution de 83% de la biomasse moyenne de zooplancton au printemps, entraînant une chute de 240 à 22 tonnes de la production de wakasagi dans le lac Shinji, préfecture de Shimane, Japon. Cette perturbation se produit probablement aussi ailleurs, car les néonicotinoïdes constituent actuellement la classe d'insecticides la plus largement utilisée dans le monde."

La figure ci-dessous montre l'évolution des néocitonoïdes (sept classes) dans les eaux de la préfecture Shimane entre 1982 et 2016 (en haut) et l'évolution de la biomasse de zooplancton du lac Shinki entre 1991 et 2005 (en bas). La rupture au cours des années 1990 est nette.


Extrait de Yamamuro et al 2019, art it. 

Discussion
Les néonicotinoïdes ont été récemment interdits en France et dans la plupart des pays européens en raison de leurs effets nocifs présumés sur les abeilles domestiques et sauvages, plus généralement sur l'entomofaune des zones cultivées et de leurs abords.

Des travaux récents menés en Allemagne ont conduit à des résultats spectaculaires et inquiétants concernant la chute de la biomasse et de la diversité des insectes: baisse de 75% de la biomasse des inseces volants dans des zones portant protégées (Hallmann et 2017), baisse de 34 et 36% de la biodiversité et de 41% et 67% de la biomasse en prairie et en forêt respectivement, sur 10 ans seulement (Seibold et al 2019). Ces dernières études n'incriminent aucun cause précise, mais témoignent toutes deux d'un déclin prononcé des insectes dans les campagnes, et ce déclin est plus marqué à proximité de zones agricoles (pour Seibold 2019).

Il est peu probable que ces tendances soient sans effet sur la faune aquatique, même si le sujet est pour le moment très peu étudié en Europe. On ne peut que le regretter, car les mauvaises connaissances produisent des mauvaises politiques.

Référence : Yamamuro M et al (2019), Neonicotinoids disrupt aquatic food webs and decrease fishery yields, Science 366, 620–623

06/11/2019

Désinformation du SAGE de la Tille sur le potentiel hydro-électrique du bassin versant

Les schémas d'aménagement et de gestion de l'eau (SAGE) doivent intégrer une estimation du potentiel hydro-électrique du bassin versant. Les rédacteurs du SAGE de la Tille, aujourd'hui en enquête publique, ont volontairement exclu toutes les puissances de moins de 100 kW dans cet exercice. C'est un mépris de la recherche européenne ayant montré que 90% des sites de moulins et usines hydrauliques équipables se situent dans cet horizon de puissance. C'est un mépris de la nouvelle loi nationale "climat et énergie" qui encourage la "petite hydro-électricité". C'est un mépris du conseil d'Etat ayant posé que la modestie de la puissance d'un moulin ne pouvait pas être un argument contre l'intérêt de son équipement. Il faut cesser de désinformer le public et de retarder l'engagement de la France dans la politique bas-carbone dont tout le monde souligne désormais l'urgence. L'abandon de la production des usines hydrauliques a été une parenthèse uniquement liée à l'abondance fossile du 20e siècle: cette parenthèse se renferme, les ouvrages doivent retrouver leur vocation énergétique séculaire. 



Le SAGE (schéma d'aménagement de gestion de l'eau) de la Tille est soumis à enquête publique du 14 octobre au 18 novembre 2019 (site de la préfecture).

L’article R 212-36 code de l’environnement prévoit que l’état des lieux des SAGE comprend une évaluation du potentiel hydroélectrique par zone géographique.

Les rédacteurs du projet de SAGE de la Tille ont procédé à cet exercice de manière particulièrement critiquable (voir document PAGD partie 1, pages 39 et suivantes).

Le tableau de la page 40 donne la puissance équipée en 2011, alors que le texte reconnaît que d'autres ouvrages produisent, comme à Champdôtre (52 kW depuis 2015, image ci-dessus) ou Beire-le-Châtel (142 kW depuis 2017). Aucun effort n'a manifestement été fait pour analyser la situation réelle ni pour contacter des associations impliquées sur le sujet (Adera, Hydrauxois) ou des établissements publics ayant soutenu des relances (Ademe) et continuant de le faire.

Le projet de SAGE étudie "le potentiel d’installations nouvelles sur des ouvrages existants" et précise:
"seuls des aménagements potentiels de plus de 100 kW ont été considérés".
Cette position relève de la désinformation : une étude de chercheurs européens a montré que 90% du potentiel hydro-électrique français de relance des sites existants se placent sur des puissances à moins de 100 kW (voir les travaux de Punys et al 2019). L'intérêt des moulins n'est jamais dans leur puissance unitaire, mais toujours dans leur nombre (et dans le fait qu'ils sont déjà présents sans créer de nouveaux impacts). Evacuer le nombre, la puissance cumulée, l'équivalent consommation pour les habitants du bassin, c'est donc taire l'information essentielle.

Les nombreux sites du bassin de la Tille (plus de 80 ouvrages présents sur l'ensemble Tille, Ignon, Venelle, Norges, Crône, Arnisson selon l'évaluation environnemental du SAGE) se situent ainsi pour la plupart dans cette gamme de puissance des moins de 100 kW. Mais 1 kW de puissance hydraulique peut faire l'électricité hors-chauffage d'un foyer pratiquant des économies d'énergie, donc un moulin modeste de 50 kW peut représenter 50 foyers. Dans des villages peu peuplés, c'est déjà une part du chemin vers les territoires zéro carbone.

Les rédacteurs du SAGE choisissent donc une soi-disant "méthodologie" qui consiste à exclure l'essentiel du potentiel énergétique des rivières : qu'est-ce qui leur permet de propager de tels biais, de donner de si mauvaises informations au public et aux décideurs?

Nous pourrions croire à la simple ignorance, mais le texte se poursuit par des approches purement négatives, témoignant en fait de la répugnance manifeste à analyser cette source d'énergie. Ainsi :
"Le schéma régional Climat, Air, Energie de Bourgogne ne compte d’ailleurs que très peu sur l’hydroélectricité pour atteindre son objectif de 23 % d’énergie renouvelable dans le mix énergétique"
On appréciera le parti-pris : le schéma cité soutient bel et bien l'énergie hydraulique, mais on se permet de dire que c'est "très peu". Le SRCAE a prévu une augmentation de l'hydro-électricité dans la région, et c'est bien cela qui compte. Les objectifs du schéma sont les suivants pour les petites puissances: "micro-hydraulique : 2,5 MW supplémentaires installés en 2020, 5 GWh produits en 2020".

Vient ensuite la ritournelle de la comparaison à l'éolien :
"A titre de comparaison, le parc éolien du Pays de Saint-Seine, situé à une vingtaine de kilomètres au nord ouest de Dijon est constitué de 25 éoliennes de 2MW chacune. 4 à 5 de ces éoliennes disposent donc à elles seules d’une puissance équivalente au potentiel brut technique de tout le bassin versant". 
Qu'est-ce que des considérations sur l'éolien viennent faire dans un document sur l'eau? Qui prétend encore que le besoin de remplacement de l'énergie fossile (plus de 70% de l'énergie finale consommée en France, pour rappel) pourra être assuré par une seule source renouvelable (ou autre)? A quoi riment des comptes d'apothicaires où l'on refuse de considérer une source d'énergie car la voisine serait plus abondante? Faut-il interdire un panneau solaire, un méthaniseur, une pompe à chaleur sous prétexte que c'est moins qu'une éolienne? Est-ce que cette mentalité consistant à dire "pas chez moi" et "le voisin le fera bien" représente ce que l'on attend d'un texte public sur l'enjeu eau-énergie pour demain?

Par ailleurs, la loi française "énergie et climat" vient à l'automne 2019 de poser expressément "l'état d'urgence écologique et climatique" tout en décidant que la politique de la France soutient "la petite hydro-électricité". Six mois plus tôt, dans l'arrêt "moulin du Boeuf" 2019, le Conseil d'Etat a censuré la position de l'administration qui considérait "que la contribution de la «petite hydroélectricité» au développement des énergies renouvelables serait par nature insignifiante et que l’objectif de valorisation économique de l’eau ne serait pertinente que pour de gros projets, ce qui n’est pas l’objectif défini par le législateur".

Plusieurs projets de relance hydro-électrique sont à l'étude sur le bassin versant de la Tille. Ces projets auront besoin du soutien public et de l'encouragement citoyen, pas de l'ignorance et de l'indifférence (voire de l'hostilité de certains lobbies et de l'entrave de certaines administrations).

Les scientifiques et les politiques le disent tous: la France comme le reste du monde est en état d'urgence climatique, nous devons nous mobiliser pour supprimer notre dépendance au fossile et pour éviter un réchauffement dangereux pour la société comme pour le vivant. Nous ne pouvons plus fuir cette responsabilité, ni nous dire que d'autres le feront à notre place. La vocation des ouvrages hydrauliques est de recevoir un équipement énergétique en autoconsommation ou en injection réseau, en particulier les ouvrages de moulins, forges et autres usines à eau qui ont été conçus à cette fin dans le passé. Le seul motif d'abandon de la production sur ces sites a été l'abondance fossile du siècle passé. Mais ce temps est révolu et l'énergie des rivières doit de nouveau être mobilisée.

04/11/2019

Les passes à poissons peuvent être fonctionnelles avec de faibles débits (Wolter et Schomaker 2019)

Deux chercheurs allemands montrent de manière empirique qu'un débit d'équipement de 5% du débit moyen de la rivière suffit en général à assurer la fonctionnalité  d'une passe à poissons, chiffre pouvant être plus élevé pour les rivières à faible débit (ou moins pour celles à fort débit). C'est une bonne nouvelle car le coût de ces dispositifs dépend notamment de la quantité d'eau à y faire transiter. La préservation d'un débit suffisant pour l'usine ou le moulin peut aussi être un motif de désaccord entre le propriétaire et l'administration : un choix raisonnable devrait apaiser les choses.   


Christian Wolter et Christian Schomaker (Institut Leibniz d'écologie aquatique et de pêche intérieure, département Biologie et écologie des poissons, Berlin, Allemagne) ont étudié près de 200 systèmes de passes à poissons, principalement localisés en Europe. Leur but: analyser la contrainte de débit pour une fonctionnalité satisfaisante.

Les réseaux hydrographiques allaient de petits ruisseaux avec un débit moyen de 0,07 m3 / s aux grands fleuves de 12 000 m3 / s. Les passes à poissons avaient des débits d'équipement compris entre 0,04 et 12 m3/s. La majorité des passes à poissons évaluées étaient des passes de type bassins successifs (51), suivies des passes rustiques (45), des canaux de contournement (38) et des passes à fente verticale (34).

Voici le résumé de leurs travaux :

"La connectivité longitudinale est l’un des principaux problèmes abordés dans la restauration des rivières de nos jours. Dans le même temps, l'atténuation des impacts du changement climatique par les modes d'énergie renouvelable exerce de plus en plus de pression sur les derniers tronçons de rivières libres pour la production d'hydroélectricité. Au niveau du site, ce compromis se manifeste dans la négociation de l'eau pour le passage du poisson vers l'amont et l'aval par rapport aux pertes pour la production d'hydroélectricité. 

Cette étude a compilé et analysé 193 études évaluant les passes à poissons conçues pour permettre la migration en amont de toutes les espèces et de toutes les classes de taille de leur système hydrographique respectif. Les études ont fourni l’évaluation globale du fonctionnement et du débit consacrés à l’entretien des passes à poissons, du site et des caractères de la rivière. L'objectif principal ici était de définir des orientations générales sur la quantité minimale d'eau nécessaire pour que le passage du poisson en amont fonctionne pleinement en fonction de la taille de la rivière. Il y avait une corrélation significative entre la fonctionnalité et le débit de conception d'une passe à poissons. Les passes à poissons entièrement fonctionnelles (N = 92) présentaient un débit médian théorique de 5% du débit moyen moyen de la rivière, 1,1% pour les passes à un fonctionnement restreint et et 0,22% pour les passes non fonctionnelles. 

Un modèle de puissance pourrait être dérivé des besoins de débit de conception par rapport au débit de la rivière, qui est inversement lié à la taille de la rivière. Dans les grandes rivières, une part relativement faible du débit moyen est suffisante, alors que dans les petites rivières, elle ne peut pas être réduite davantage pour des raisons de dimensions. Ce modèle pourrait constituer un premier guide pour l’ajustement des besoins en matière de production d’hydroélectricité et de conservation des poissons dans les rivières réglementées."



Courbe de régression débit rivière / débit passe pour les dispositifs ayant été vérifiés comme fonctionnels, extrait de Wolter et Schomaker 2019 art cit. 

Discussion
Le dimensionnement des passes à poissons est un enjeu pour la conservation biologique des espèces-cibles mais aussi pour la rentabilité des projets hydro-électriques, pour la préservation de la consistance légale des droits d'eau et pour le maintien de certains qualités appréciées de sites (paysage, maintien d'un plan d'eau). Le travail de Wolter et Schomaker suggère que le débit réservé ou débit minimum biologique (10% du débit moyen interannuel en France) est a priori suffisant dans la grande majorité des cas pour assurer une passe fonctionnelle sur ses espèces cibles. Cela doit conduire les services instructeurs de l'Etat à faire des propositions raisonnables en ce domaine, d'autant que de nombreux ouvrages devront être équipés sur les rivières classées au titre de la continuité écologique. Le coût des passes est notamment fonction de la hauteur à franchir et du débit d'équipement du dispositif : arriver à un bon rapport coût-efficacité-acceptabilité doit être le guide pragmatique des interventions.

Référence : Wolter C, Schomaker C (2019), Fish passes design discharge requirements for successful operation, River Res Applic., doi.org/10.1002/rra.3399

Illustration (en haut) : conception d'un ruisseau de contournement sur un moulin du Cousin (Yonne). Quand le foncier est disponible, ces solutions offrent une bonne intégration paysagère et des écoulements proches de conditions naturelles.

01/11/2019

Attention, une continuité peut en cacher une autre!

Sous le label de "continuité", on désigne la circulation de l'eau, de l'énergie, de la matière et des espèces dans toutes ses dimensions, les trois dimensions d'espace et celle du temps. Le débat français s'est focalisé sur la continuité en long et la question des barrages, surtout par conservatisme par rapport à ce qui se faisait déjà au 20e siècle dans le cadre de la politique des poissons migrateurs. Mais rien ne démontre qu'il s'agit du bon choix d'attention et de priorité pour la biodiversité et pour la ressource en eau : recevoir, retenir et diffuser l'eau dans le maximum de milieux du bassin versant paraît aujourd'hui un défi plus important et plus pressant que la laisser s'écouler plus rapidement dans son lit mineur. 

Il existe quatre dimensions de continuité ou connectivité en milieu aquatique : longitudinale (circulation amont-aval des espèces, de l'eau et de la matière), latérale (circulation entre lit mineur et lit majeur, notamment lors de crue), verticale (flux d'eau et de matière entre le lit et les aquifères), temporelle (permanence du flux d'eau et de matière).

Leurs effets sur le vivant ne sont pas les mêmes.

Voici l'un des rares exemples de la littérature où l'on a essayé de quantifier la richesse d'espèces selon deux types de discontinuité :



Ce graphique, extrait de Ward 1999 d'après les données de Moog 1995, montre comment la diversité des insectes, des mollusques et des crustacés change dans le Danube autrichien selon que l'on compare quatre types de tronçons par paires : libre écoulement en long versus fragmentation par barrage (en haut), libre connexion avec le lit majeur versus endiguement latéral (en bas).

L'observation est sans appel dans ce cas : la richesse en espèces est similaire dans le cas de la fragmentation en long, elle est divisée par trois dans le cas de la discontinuité latérale.

Cette baisse de biodiversité s'explique parce que la capacité d'une rivière à déborder dans sa plaine d'inondation crée des habitats de transition (écotones) entre l'eau et la terre, qui sont riches en diversité structurale et fonctionnelle (des bras morts, des marais, des étangs etc.). Mais c'est aussi l'occupation des sols du bassin versant qui compte : on endigue souvent les rivières pour occuper et exploiter le lit majeur (urbanisation, agriculture, infrastructures de transport) et ces usages du sol tendent à avoir des impacts propres qui s'ajoutent à celui de la disparition des écotones du lit d'inondation.

Le faible impact de la discontinuité en long n'est pas si surprenant : la plupart des espèces peuvent dériver en dévalaison, les espèces bloquées en montaison sont plus rares et souvent spécialisées, la production de plans d'eau par des barrages n'est pas la création de déserts biologiques (le vivant profite de tout volume aquatique qui lui est offert) mais ces habitats plus lents et plus banalisés ne vont pas accueillir les mêmes espèces que d'autres.

Par ailleurs, la notion de temps de relaxation des systèmes est rarement prise en compte. La phase de construction des grands barrages mène à des altérations significatives par désorganisation des flux hydriques, sédimentaires et biologiques. Ces cas ont été un peu documentés en Occident, mais ils le sont surtout aujourd'hui dans les pays émergents où l'on construit des barrages tout en observant leurs effets davantage qu'on ne le faisait jadis. Toutefois, le bassin versant altéré va tendre au fil du temps vers un nouvel équilibre dynamique autour de ses écoulements modifiés. Hors les cas de surexploitation des rivières et réservoirs pour en pomper l'eau, la différence majeure entre les discontinuités en long et en travers est que la première maintient ou augmente le volume d'eau disponible quand la seconde prive complètement certains milieux d'eau. Il est logique que les effets soit différents quand on observe un milieu anciennement aménagé comme le Danube.

A notre connaissance, nous sommes toujours incapables en France et en 2019 de produire des analyses comme celles illustrées par Ward et ses collègues voici 20 ans.

Nous manquons de travaux d'inventaire de la biodiversité en général, et selon les types de fragmentation en particulier. La politique publique de continuité a été principalement conçue comme reproduction de la politique ancienne de soutien aux effectifs de poissons migrateurs et rhéophiles, qui était une demande traditionnelle de la pêche de loisir en eau douce. Il en a résulté des moyens et des programmes largement consacrés à la question des barrages et chaussées. De même, l'indicateur poisson est le plus souvent mobilisé, alors que d'autres assemblages (invertébrés, amphibiens, oiseaux, mammifères, végétaux, etc.) sont partie intégrante de la biodiversité des milieux aquatiques et humides.

Quand le gouvernement français réfléchit à la "priorisation" de la continuité, il devrait aussi le  faire par cet élargissement de perspective. Des capacités de franchissement de poissons sont utiles dans des axes migrateurs, de même que des circulations sédimentaires là où elles ont un déficit réel et elles sont d'intérêt, mais cela paraît finalement un enjeu assez modeste en écologie aquatique, particulièrement si l'on veut enrayer le déclin global de la biodiversité tout en protégeant la ressource quantitative en eau pour les vivants, humains comme non-humains.

Références citées : Ward JV et al (1999), Biodiversity of floodplain river ecosystems: ecotones and connectivity, Regul Rivers Res Mgmt 15, 125–139 ; Moog O et al (1995), The distribution of benthic invertebrates along the Austrian stretch of the River Danube and its relevance as an indicator of zoogeographical and water quality parameters—part 1, Arch Hydrobiol Suppl, 101,121-213.

30/10/2019

Les députés Gaillard et Delatte demandent au ministère de l'écologie une révision de sa doctrine sur les ouvrages hydrauliques

Ce mois-ci, deux députés ont encore interpellé la ministre de l'écologie sur la nécessité de cesser la destruction des ouvrages hydrauliques créant des retenues, étangs, lacs et canaux qui ont de l'intérêt dans la gestion de l'eau et la production d'énergie. Nicolas Hulot puis François de Rugy n'avaient engagé que le service minimum sur le sujet: Elisabeth Borne, qui fut directrice de cabinet de Ségolène Royal en 2015 lorsque cette dernière demanda aux préfets un moratoire sur les destructions de sites, va-t-elle comprendre la nécessité de recadrer de manière plus claire et plus ferme ses services en charge de l'eau de la biodiversité? Face aux défis gigantesques de la transition bas carbone, de l'arrêt de la pollution des eaux par des substances toxiques, de la préservation de milieux aquatiques et humides en phase de changement climatique, le ministère doit aujourd'hui prendre ses responsabilités. L'heure n'est plus au rafistolage de réformes ratées ayant produit 10 ans de conflits et de gabegies, mais à une nouvelle vision assumée des priorités écologiques de l'eau et des enjeux des ouvrages pour les territoires. 



Question du député Olivier Gaillard (Gard)
M. Olivier Gaillard attire l'attention de M. le ministre de l'agriculture et de l'alimentation sur l'enjeu de la préservation des ouvrages hydrauliques. La France se trouve de plus en plus souvent confrontée à des aléas et risques majeurs : l'absence de recharge des nappes en hiver engendre des situations critiques l'année suivante pour de nombreux territoires. Une meilleure exploitation excédentaire des saisons pluvieuses est un enjeu primordial. Cela passe soit par le stockage, soit l'expansion des échanges de l'eau avec les sols et les nappes. Les solutions sont les barrages réservoirs (pour le stockage soutenant l'étiage et l'alimentation en eau de la population), les retenues stockant les ruissellements, les ouvrages en lit mineur (type moulins, étangs, plans d'eau, lacs) maintenant des lames d'eau à l'étiage, alimentant des marges humides et/ou des canaux faisant circuler l'eau, et les restaurations de zones humides naturelles. Or, la destruction de milliers d'ouvrages séculaires de stockage et de circulation de l'eau est promue et financée par l'administration de l'eau, au motif de la continuité écologique. Les informations livrées par le rapport CGEDD permettent de le vérifier. L'instruction de ces travaux est assouplie et le financement public s'élève à 80 %. Cette approche tranche avec la définition de la gestion équilibrée et durable de l'eau figurant dans la loi à l'article L. 211-1 du code de l'environnement. Il lui demande s'il est prévu que la préservation et la création de lacs, retenues, canaux, fassent à nouveau partie des orientations de l'action publique, et à tout le moins, que soit adopté un moratoire à effet immédiat sur toutes les destructions d'ouvrages hydrauliques permettant le stockage de l'eau, le maintien de la lame d'eau ou la diversion de l'eau en France. Ce réajustement de l'administration de l'eau permettrait de faire un inventaire des ouvrages existants (en activité ou à restaurer), lesquels seraient tout à fait complémentaires des nouveaux projets d'ouvrages de gestion quantitative de l'eau.

Question du député Rémi Delatte (Côte d'Or) 
M. Rémi Delatte appelle l'attention de Mme la ministre de la transition écologique et solidaire sur l'urgence de protéger les ouvrages créant une retenue de l'eau au fil de l'an. Présentant un fort potentiel de développement, dans les années à venir, de l'hydroélectrique, ils sont aussi un moyen particulièrement pertinent dans la gestion de l'eau. Alors que les territoires subissent depuis plusieurs mois les affres d'une sècheresse amenée à être de plus en plus récurrente, il nous faut d'ores et déjà en anticiper les prochains épisodes. En créant des retenues d'eau, les ouvrages que sont les biefs, moulins mais aussi lacs et étangs participent à la réglementation des nappes. De surcroît, ils permettraient, au cours de l'hiver, de gérer le surplus d'eau et limiter les dégâts de crues et inondations. Aussi, il souhaite qu'elle déclare un moratoire urgent sur la destruction des ouvrages hydrauliques permettant le stockage de l'eau et le lancement d'une grande consultation sur la politique de protection de ceux-ci.

28/10/2019

Riverains et usagers du Loiret refusent le nouveau diktat de l'ouverture permanente des vannes

Apaisée la continuité ? Loin s'en faut. Après avoir essayé sans succès de casser les ouvrages, l'administration tente en divers endroits d'en vider en permanence les retenues et les biefs. L'Association pour la sauvegarde des bassins, des paysages et des usages du Loiret (ASBPUL) vient de naître : elle est vent debout contre les manoeuvres du SAGE et de la préfecture visant à imposer cette ouverture des vannes d'ouvrages hydrauliques toute l'année, impliquant la modification complète du profil de la vallée, l'altération des usages établis, la dégradation des biotopes en place, l'abaissement des nappes, l'infraction aux consistances légales autorisées. S'il veut apaiser la continuité, le ministère de l'écologie doit admettre la réalité des nouveaux écosystèmes aménagés par l'humain et sortir de l'optique de la "renaturation" de tous les bassins. Sinon, les mêmes causes produiront les mêmes effets, l'Etat cherchera à détruire ce qui est justement apprécié dans l'évolution des profils fluviaux, donc sèmera la division et le conflit. La négation de l'histoire et de la société au nom de la nature est une posture intégriste: on rappellera aux représentants du ministère de l'écologie comme aux lobbies de la destruction que ce n'est pas une disposition des lois de la République. 



Le préfet du Loiret prétend indûment dans un courrier envoyé à l'ensemble des propriétaires d'ouvrages hydrauliques que les vannes doivent être ouvertes "de tout temps". C'est faux: les vannes des ouvrages doivent être régulées de manière à respecter la consistance légale de chaque autorisation, certainement pas en vidant les retenues et les biefs, en baissant les niveaux toute l'année, en altérant l'ensemble des usages riverains comme des milieux aquatiques et rivulaires tels qu'ils ont évolué.

Sauf exceptions motivées par des cas particuliers (en hydrologie ou en usage), la gestion des vannes des ouvrages doit:
- maintenir le niveau de ligne d'eau tel qu'il est autorisé sur chaque site,
- assurer le débit réservé là où le tronçon de rivière "naturelle" est court-circuité,
- permettre la circulation de l'eau et des sédiments en période de crue.

En aucun cas l'ouverture des vannes n'a vocation à devenir permanente et mener aux problèmes innombrables de riveraineté que cela poserait.

En revanche, des garanties plus strictes d'ouvertures coordonnées de vannes en période de crue sont utiles pour la gestion des inondations comme pour la circulation des sédiments: il est normal et même nécessaire de rappeler aux propriétaires leurs devoirs de gestion. De même, en fonction de la présence de grands migrateurs, on peut tester des ouvertures de vannes, mais elles sont alors limitées à certaines périodes de migration vers l'amont et conditionnées à une analyse de résultat.

Tant que l'administration pensera que l'ouvrage ne doit pas exister, elle entretiendra les conflits 
Manifestement, l'administration française est loin de la continuité "apaisée". Hier, elle souhaitait détruire les ouvrages. Aujourd'hui, elle veut lever leurs vannes toute l'année ou presque. Ces mesures ne sont compréhensibles qu'à travers l'existence d'un prisme déformé et déformant : cette administration persiste dans la négation de la réalité des rivières aménagées au fil de l'histoire, dont le profil est désormais différent de celui des rivières antérieures à l'occupation humaine. Cette administration veut toujours aller bien au-delà de la loi, qui n'a jamais engagé la "renaturation" massive des rivières françaises ni la suppression de toutes les autorisations établies. La gestion durable et équilibrée de l'eau en France exige de prendre en compte toutes les représentations de la rivière, en aucun cas cette orientation normative n'exige de revenir à des rivières telles qu'elles furent en une autre époque.

Nous l'avions dit dès le début des travaux au comité national de l'eau en 2018: la continuité "apaisée" supposait un changement explicite de doctrine du ministère de l'écologie et une instruction demandant clairement aux services de respecter les ouvrages comme héritage de la rivière et comme nouveaux écosystèmes divergeant des anciens profils fluviaux. Cela ne fut pas fait, et on continue donc dans la confusion, avec une administration ayant toujours comme position explicite ou implicite que l'ouvrage ne devrait pas exister. Sans compter les divergences d'interprétation d'une préfecture à l'autre, que tout le monde connaît désormais car l'information circule facilement, mais qui nourrissent la perception de l'arbitraire.

Le gâchis de temps et d'énergie va donc se poursuivre : les parlementaires et la ministre seront toujours interpellés sur le sujet, des contentieux contre les arrêtés préfectoraux, les SDAGE ou les SAGE seront toujours déposés, les rapports avec les agents de terrain de l'administration seront dégradés, les tensions entre usagers vont se renforcer, la politique de l'eau sera contestée comme lieu de dérapages dans l'interprétation des lois françaises et directives européennes... au bout d'un moment, nos politiques vont-ils enfin demander des comptes aux responsables de ces dérives et faire cesser ces troubles?

Sur cette question de l'ouverture des vannes, voir le modèle de recours des riverains de la Cléry

26/10/2019

La gestion responsable des moulins commence chez le notaire

On n'achète pas ou on n'hérite pas un moulin comme une maison au bord de l'eau, mais comme un bien hydraulique qui a des obligations dans la gestion des éléments fondant son droit d'eau. Cette réalité a parfois été oubliée au fil du temps, et elle produit alors des négligences que nul ne peut considérer comme souhaitables. Les associations de moulin sont les premières à promouvoir une gestion attentive du patrimoine qu'elles apprécient. L'Etat doit lui aussi responsabiliser les acteurs, ce qui passe notamment par une formation des notaires pour faire évoluer toute cession ou transmission de bien possédant un droit d'eau. Ce point a été demandé voici presque 10 ans par le CGEDD, mais le ministère de l'écologie espérait à l'époque détruire les ouvrages au lieu de les gérer. Cette stratégie brutale s'étant révélée être un échec, il est temps d'accepter la présence durable des moulins, de rappeler les obligations afférentes à leur droit d'eau et de développer des règles de gestion inspirées du bon sens, de l'expérience et de la connaissance, en phase avec les attentes de la transition écologique. 



Il y a au moins un point sur lequel les associations de protection des moulins et les services de l'Etat sont souvent d'accord : la culture hydraulique ayant présidé à la naissance et à l'usage des moulins s'est trop souvent perdue au cours du 20e siècle. Ce n'est pas le cas partout : certains ont conservé cette culture, d'autres l'ont redécouverte par passion. Ils sont souvent membres des associations. Mais parfois, des biens ont simplement été rachetés comme "belle demeure" près de la rivière sans grand souci de l'hydraulique elle-même; d'autres ont été hérités dans les familles dont l'aïeul a cessé la production sans transmettre les habitudes de gestion.

Une certaine indifférence s'est installée à compter des trente glorieuses
On peut situer la rupture dans les années 1950 à 1980 : sauf exception de productions locales spécialisées, les dernières générations à avoir usé des moulins à eau artisanaux commencent à disparaître. Même ceux qui produisaient de l'électricité d'usage local deviennent moins intéressants à l'âge du pétrole bon marché, du nucléaire et de l'abondance insouciante. A l'époque, les services de l'Etat DDE et DDAF (nés dans les années 1960) n'étaient pas plus préoccupés que cela par les moulins. En ces trente glorieuses, on ne parlait pas de continuité écologique (pas beaucoup d'écologie tout court), mais de reconstruction, de modernisation et de croissance : on n'hésitait pas à exploiter les sédiments, endiguer et recalibrer les cours d'eau, bâtir des grands barrages à divers usages, drainer les lits majeurs... Le moulin n'était donc pas vraiment d'actualité, quand bien même sa gestion devenait parfois négligente, voire défaillante. Les pêcheurs quant à eux étaient plutôt mobilisés contre les pollutions, et notamment contre l'eutrophisation qui commençait à remplir les cours d'eau d'algues et de mousses du fait de l'usage des engrais de synthèse et des lessives (nitrates, phosphates).

Malgré (ou à cause de) quelques décennies de laxisme de part et d'autre, cette situation n'est pas satisfaisante dans ses résultats :
  • du point de vue réglementaire, un moulin autorisé est toujours une usine hydraulique et doit être géré comme tel, notamment pour le respect de sa consistance légale;
  • du point de vue patrimonial, la négligence des chaussées ou barrages, des retenues, des biefs, des vannes finit par dégrader le bien;
  • du point de vue écologique, il est dommage de posséder un moulin sans avoir reçu d'information sur ses effets, ses milieux et son potentiel de production bas-carbone.

Informer les propriétaires des droits et devoirs, développer dans l'administration une attitude constructive et réaliste
Pour remédier à cela, il faut prendre le mal à sa racine : c'est à l'acquisition du moulin que les choses se jouent.

Les associations constatent hélas que les agents immobiliers comme les notaires vendent trop souvent les moulins comme des biens ordinaires. Dans le meilleur des cas, on spécifie un "droit d'eau", sans dire de quoi il s'agit et sans préciser les devoirs afférents. C'est bien dommage, surtout qu'au moment de la vente, l'acquéreur en situation d'emprunt doit être informé de ses obligations d'entretien, notamment sur la partie hydraulique. Nous voyons de temps en temps d'heureux propriétaires qui ont fait beaucoup d'efforts méritoires sur le bâtiment du moulin, mais qui ignoraient la nécessité de toujours commencer par l'entretien voire si besoin la remise en état des éléments hydrauliques (ouvrage répartiteur, déversoirs, vannes ouvrières et de décharge, canal d'amenée et de fuite du bief). Or, ce sont ces éléments hydrauliques et eux seuls qui forment la base légale du droit d'eau. Ce sont aussi eux qui ont un effet sur les écoulements, donc les milieux.

A la décharge des propriétaires plus récents, une certaine crispation administrative à partir des années 1990 a rendu complexe et imprévisible les interventions sur les milieux en eau : si des précautions (souvent de bon sens) sont nécessaires, ce n'est pas non plus en rendant les choses disproportionnellement compliquées et coûteuses qu'on produit une gestion responsable. A dire vrai, on trouve beaucoup de fonctionnaires de terrain raisonnables. Mais d'autres le sont moins, et comme nul ne sait sur qui il tombera, tout cela n'est pas toujours propice à une culture de confiance entre les moulins et l'administration. Les choses ne se sont pas améliorées dans les années 2010 où l'on a vu certains fonctionnaires pratiquer une "chasse au droit d'eau" lors des ventes, l'appel du notaire ou de l'agent immobilier à une DDT se traduisant ensuite par des tentatives de casse de l'autorisation pour état de ruine. De telles attitudes témoignent d'une volonté de supprimer les moulins plutôt que de les gérer, et elles mènent logiquement au conflit avec les associations.

Former les notaires pour une information complète lors de toute vente de moulins ou usines à droit d'eau
Toutes ces informations sur la nature du moulin, du droit d'eau et des devoirs de gestion ont vocation à être précisées avant la signature de la vente. Cela risque de refroidir des acheteurs? Eh bien c'est nécessaire de les refroidir! On doit acheter un moulin en connaissance de cause et si l'on veut simplement une maison au bord de l'eau, il y a pléthore d'autres offres. Un acquéreur mal informé s'exposera à des problèmes prévisibles avec la police de l'eau, et aussi souvent à des dépenses non anticipées s'il veut garder les éléments fondateurs de son droit d'eau.

En décembre 2012, le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) avait rendu un rapport sur la mise en oeuvre du Plan de restauration de la continuité écologique. Les recommandations figurent dans l'annexe finale. Parmi elles, on trouve:
"La mission recommande à l'administration et à ses partenaires de mettre les notaires en capacité de remplir efficacement leur obligation d'information et de transcription dans les actes de transfert de propriété, des droits et devoirs liés à la continuité écologique, et pour cela de fournir un appui au Conseil supérieur du notariat et à son Institut de formation"
Cette recommandation était de notre point de vue bien trop timide (et floue) : les notaires ne doivent pas seulement informer les acquéreurs des questions de "continuité écologique", mais bien de l'ensemble des obligations afférentes à la gestion d'un moulin, ainsi que des potentialités liées à ce moulin (pour la gestion hydrologique, pour la biodiversité, pour la production d'énergie).

Cette disposition n'a jamais été suivie d'effets à notre connaissance. Une des raisons est connue : la direction de l'eau et de la biodiversité du ministère de l'écologie s'est mis dans l'optique d'une disparition des ouvrages (et des droits d'eau avec eux) comme conséquence de la loi de 2006 (aussi comme souci de simplifier la gestion publique de la rivière avec seulement des interlocuteurs de type syndicats ou industries). Réveiller cette sensibilité au droit d'eau ne lui semblait pas vraiment opportun. La négligence et le caractère "sans usage" du moulin furent plutôt un alibi pour pousser à l'effacement.

Mais cette version destructrice (et déresponsabilisante) de la continuité a échoué : on cherche aujourd'hui une politique "apaisée". Par ailleurs, la jurisprudence du Conseil d'Etat est très tolérante sur la notion de "ruine", les parlementaires ne sont nullement enclins à faire disparaître le patrimoine historique et paysager de la nation, bien des élus locaux non plus. Donc les droits d'eau perdurent, n'en déplaise au ministère.

Il faut repartir sur une bonne base : non pas la négation des moulins, mais la responsabilisation de leurs propriétaires, en commençant par les vendeurs et acquéreurs. Tout le monde est d'accord là-dessus: pourquoi ne pas avancer sur un travail conjoint entre Etat, associations, notariat, représentants des agents immobiliers?

22/10/2019

Sur les retenues et les sécheresses, les "sachants" vont devoir être plus précis

A l'occasion de la sécheresse et des canicules 2019, on a commencé à entendre une petite musique: les barrages, réservoirs et retenues seraient une mauvaise idée car ils aggraveraient en fait les sécheresses. Ce point a notamment été défendu à plusieurs reprises dans les médias par la présidente du conseil scientifique de l'agence de l'eau Seine-Normandie. Or, nous montrons à travers un exemple précis qu'une recherche citée trouvait au contraire un rôle bénéfique aux réservoirs en situation de changement climatique et dans beaucoup de régions des Etats-Unis, mais insistait d'abord sur le problème de l'irrigation et de la surexploitation de l'eau dans les régions agricoles sèches. Bien sûr, si l'on pompe toute l'eau, la rivière est à sec, voire la nappe! Mais c'est le problème du pompage, pas du barrage. L'agence de l'eau a déjà essayé de propager des informations fausses ou floues sur la soi-disant "épuration" de l'eau par destructions des barrages et des seuils: évitons tout de suite de créer un nouveau dogme où des informations partielles de scientifiques deviennent des certitudes absolues de gestionnaires, puis engagent des politiques désastreuses pour les riverains. Il est certain que construire partout des retenues et artificialiser tous les bassins sans réfréner notre consommation n'est pas la solution à la sécheresse. Mais il est urgent de procéder à des analyses robustes de l'effet des ouvrages existants ou  à créer sur l'hydrologie des sols, des nappes, des rivières, sur les différents usages des retenues (non limités à l'irrigation), sur l'adaptation locale au changement climatique et sur la biodiversité aquatique et rivulaire des bassins ayant des retenues. 



Wenhua Wan et dix collègues ont publié en 2017 une modélisation climatique et hydrologique visant à cerner l'évolution de l'eau aux Etats-Unis selon les impacts du changement climatique et des usages humains. Nous n'entrons pas dans le détail de leur simulation, qui concerne deux scénarios d'émission carbone (scénario de réduction RCP 4.5 W/m2 de forçage en 2100, scénario business as usual RCP 8.5 W/m2 de forçage), mais nous traduisons leur conclusion commentant les résultats.

"Les impacts de la gestion de l’eau, y compris l’extraction locale des eaux de surface et la régulation des réservoirs, ainsi que les changements climatiques sur la sécheresse hydrologique future aux États-Unis sont étudiés à l’aide de simulations à partir d’un cadre de modélisation intégré prenant en compte l’évolution du climat et la scénarios économiques et d'émissions de RCP4.5 et RCP8.5. Dans l'ensemble, la gestion de l'eau intensifie la sécheresse hydrologique future à l'échelle nationale. Cette forte intensification de la sécheresse est principalement due à l'extraction locale de l'eau qui se produit dans tout le pays. Elle est néanmoins plus aigue dans les grandes plaines et l’Ouest des États-Unis, où la demande en eau d’irrigation est plus intense. Cependant, la sécheresse est atténuée dans les zones en aval des réservoirs, principalement pendant la saison d'irrigation estivale, en raison de l'amélioration du débit par la régulation des réservoirs. En comparant les RCP4.5 et RCP8.5, la gestion de l'eau intensifie davantage la sécheresse dans le RCP4.5 que le RCP8.5 en raison de la demande accrue en eau d'irrigation pour soutenir la production de biocarburant afin d'atténuer les émissions. En se concentrant uniquement sur la saison d'irrigation, la régulation des réservoirs réduit principalement les sécheresses modérées, mais l'extraction locale augmente les sécheresses extrêmes.

Bien que les mécanismes sous-jacents de la sécheresse discutés dans cette étude ne soient pas sophistiqués sur le plan conceptuel, peu d'études ont tenté de quantifier la contribution relative de la régulation des réservoirs et du prélèvement d'eau à l'atténuation ou à l'amélioration de la sécheresse hydrologique pour le 21e siècle. Quelques études ont examiné la gestion de l'eau par l'homme sur la sécheresse hydrologique (He et al 2017; Wanders & Wada 2015), mais n'ont pas dissocié l'effet du réservoir de celui de l'utilisation de l'eau, principalement en raison de la limitation de la résolution de modélisation et de l'hypothèse du caractère stationnaire de la demande en eau. Nous montrons que les activités humaines ont tendance à intensifier de plus en plus la sécheresse hydrologique future aux États-Unis. Néanmoins, dans les zones situées en aval des réservoirs, la gestion de l’eau atténue la sécheresse, au lieu de l’augmenter, en particulier pendant la saison d’irrigation. (...)

Étant donné que la pénurie d'eau croissante a posé de graves problèmes pour la consommation d'eau humaine (par exemple, l'Ouest des États-Unis), des stratégies douces ont été recommandées pour assurer la durabilité de l'eau (Gober et Kirkwood 2010; Macdonald 2010), en plus de la gestion de l'eau via des réservoirs. L'approche d'économie d'eau utilisant des stratégies douces peut aider à atténuer la sécheresse hydrologique. Plusieurs stratégies douces sont couramment utilisées dans les zones urbaines, telles que la réduction de la demande en eau, les politiques de tarification de l'eau et les actions à court terme habituellement mises en œuvre en période de sécheresse, telles que les restrictions d'utilisation de l'eau. Il est également possible de réduire les besoins en eau en augmentant l'efficacité de l'utilisation et de la réutilisation de l'eau dans le système régional, en adoptant des cultures tolérantes au sel et / ou à la sécheresse, et / ou en diminuant l'agriculture ou en la déplaçant vers des zones plus respectueuses de l'environnement. Davantage d'études sont nécessaires pour explorer différentes stratégies pour faire face à la pénurie d'eau potentielle à l'avenir."

On observe que ces auteurs soulignent la capacité des réservoirs humains à limiter les sécheresses hydrologiques, à condition que l'extraction dont surtout l'usage de l'eau pour l'irrigation (premier impact) soit limitée.

Or, nous voyons qu'en France, certains citent cette étude comme démontrant l'aggravation des sécheresses hydrologiques par les barrages en toute généralité. C'est le cas de Florence Habets par exemple dans cet article (The Conversation, 20 février 2019)  :

"Cette efficacité est toutefois limitée aux événements peu intenses. De fait, de nombreuses études montrent que l’efficacité des barrages est très réduite pour les sécheresses longues (comme, par exemple, dans la péninsule ibérique, en Autriche ou aux États-Unis)."

La référence aux Etats-Unis renvoie à cet article de Wenhua Wan et collègues dont la conclusion est traduite ci-dessus. Même quand on lit les extraits de cette étude de Wan et al 2017 sur la sévérité des sécheresses (3 régimes : modérée, moyenne, grave), les choses ne sont pas aussi claires que le résumé un peu lapidaire de F. Habets :

"La gestion de l’eau réduit l’étendue spatiale de tous les régimes de sécheresse dans les régions à faible demande en eau (Midwest, Nord-Est et Sud-Est), mais produit un mélange d’intensification de la sécheresse et d’atténuation dans les régions à forte demande en eau (Nord-Ouest, Sud-Ouest et grandes plaines). On note que l'extraction locale et la régulation des réservoirs peuvent avoir un impact sur le débit dans les zones situées en aval des réservoirs. Pendant la saison d'irrigation estivale, la régulation des réservoirs a un effet prédominant d'atténuation de la sécheresse lors de sécheresses modérées et graves. Cependant, lorsque la demande en eau est intense, l'effet d'extraction locale d'intensification de la sécheresse peut l'emporter sur l'effet bénéfique de la régulation des réservoirs sur les sécheresses extrêmes, même dans les zones situées en aval des réservoirs. (...)

La figure 10 montre les distributions spatiales des changements dus à la sécheresse induite par la gestion de l'eau sur les cellules de la grille affectées par le réservoir au cours de la période future 2060-2095. Les changements dans la sécheresse sont exprimés en termes de fraction d’année avec le passage du régime sans sécheresse à un régime de sécheresse (ou régime de sécheresse non extrême à un régime de sécheresse extrême), ou inversement. Les configurations spatiales de RCP4.5 sont très similaires à celles de RCP8.5, malgré la différence prononcée entre les changements de réchauffement et de précipitations entre les deux scénarios. D'une manière générale, l'effet d'atténuation de la sécheresse est plus répandu dans l'Est des États-Unis, tandis que l'effet d'intensification de la sécheresse est plus dominant que dans les régions de l'Ouest où la demande en eau est plus intense (Figure 3). Les zones affectées par une tendance à la sécheresse extrême sont comparativement petites par rapport aux zones affectées par un état de sécheresse, c'est-à-dire que la plupart des mailles affectées par les réservoirs ne subissent pas de migration fréquente d'une sécheresse non extrême vers une sécheresse extrême ou inversement. Dans les deux cas, RCP4.5 et RCP8.5, la gestion de l’eau, principalement l’extraction locale, entraînera une augmentation de la fréquence des sécheresses extrêmes dans les zones à forte demande en eau telles que la Californie."


La figure 10 de Wan et al 2017, art cit. Cliquer pour agrandir. 

Donc en réalité, l'étude en question est prudente et conclut plutôt que :
  • il faut distinguer dans les modèles les réservoirs et les usages de l'eau,
  • les réservoirs aident à limiter des sécheresses s'ils sont gérés en ce sens,
  • les réservoirs sont favorables à la réduction des sécheresses dans les régions n'ayant pas une forte agriculture d'irrigation,
  • le signal hydrologique des réservoirs sur le niveau d'intensité de la sécheresse hydrologique n'est pas uniforme et dépend des bassins,
  • ce sont les usages de l'eau (outre le réchauffement) et à premier titre l'irrigation qui sont prédicteurs de l'aggravation des sécheresses hydrologiques.
Le rôle du scientifique n'est-il pas d'entrer dans tous ces détails ? Et en ce cas, que doit choisir le décideur public? S'il y a malgré tout une efficacité des retenues sur des bassins, faut-il le décourager?

Par ailleurs, le barrage (la retenue d'eau en général) ne concerne pas que l'irrigation en été : il est aussi lié selon les cas à l'énergie, à l'eau potable, aux loisirs, au soutien d'étiage et au ralentissement de crue, à la préservation de la vie locale en étiage s'il reste de l'eau dans la retenue. Faire une équation simple entre barrage et irrigation en oubliant tout le reste serait une erreur qui simplifie la réalité et oublie de nombreux usages riverains, mais aussi des enjeux écologiques si l'on se place dans la logique de gestion des milieux anthropisés à l'Anthropocène.

Nous avons déjà une histoire conflictuelle avec l'agence de l'eau Seine-Normandie, qui a prétendu (avec d'autres) pendant 10 ans et contre le contenu de la littérature scientifique que la destruction des ouvrages hydrauliques en travers et de leur retenue était de nature à favoriser l'auto-épuration des cours d'eau. Ce qui a été reconnu comme faux.

Nous ne souhaitons donc pas que persiste la mauvaise habitude de prononcer sur un ton de la certitude des propositions soit incomplètes soit incertaines. Etant donné le caractère critique de la ressource en eau et la dimension traumatique des assecs pour le vivant et pour la société, il faudra des études autrement précises et serrées sur le rôle des ouvrages pour l'hydrologie des sols, des aquifères, des rivières  avant d'engager des décisions publiques à leur sujet.

L'étude 2016 sur l'impact cumulé des retenues avait noté le caractère encore embryonnaire des données comme des modèles interprétant ces données, ainsi que la possibilité de réponse variable des bassins versants aux retenues. On devrait donc rappeler cela dans le débat public, et engager les travaux de recherche nécessaires pour lever ces incertitudes. Il y a des mesures sans regret : ce sont elles que les chercheurs doivent définir, avant de se prononcer sur des sujets moins clairs et moins faciles à résumer à un seul enjeu.

Ce thème des retenues, des barrages, des étangs, des canaux est déjà conflictuel en France, il le restera aussi longtemps que le ministère de l'écologie et les agences de l'eau essaieront d'imposer aux riverains sur une base partiale et partielle la nécessité d'une destruction des ouvrages, de leurs cadres de de vie et de leurs biotopes. Cette conflictualité sera levée si les scientifiques engagent des études pluridisciplinaires sur le sujet, tant par le prisme de l'hydrologie et de l'écologie que par celui des sciences humaines et sociales, avec une capacité à avancer des conclusions valables pour les bassins versants concernés et non des généralités dont la mise en oeuvre aurait des impacts localement négatifs.

Référence citée : Wan W et l (2017), Hydrological Drought in the Anthropocene: Impacts of Local Water Extraction and Reservoir Regulation in the US, Journal of Geophysical Research: Atmospheres, 122, 21, 11313-11328

A lire en complément
Le gouvernement doit cesser de négliger le rôle des plans d'eau, biefs et zones humides
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Les solutions fondées sur la nature ont de l'avenir, mais ne seront pas la négation des solutions héritées de l'histoire
La gestion écologique des barrages, une alternative à leur destruction 

Illustration : la Tille à sec en zone karstique.

19/10/2019

SDAGE 2022 : il faut s'engager maintenant dans la bataille

Les prochains schémas directeurs d'aménagement et de gestion de l'eau (SDAGE) sont entrés cette année en phase de préparation. Ce sont ces SDAGE qui ont permis de dépenser depuis 2010 des centaines de millions d'euros d'argent public pour détruire des barrages, étangs, moulins et plans d'eau. Ce sont ces SDAGE qui ont permis à des fonctionnaires non élus et des comités de bassin non représentatifs d'imposer arbitrairement une idéologie de la rivière sans consulter les riverains. Mais il ne faut pas seulement s'en plaindre et ne rien faire : le temps est venu de s'engager, de désigner les dérives et ceux qui les portent, d'exiger le changement de cap. L'ensemble du mouvement des ouvrages doit donc se coordonner et se mobiliser pour que les SDAGE 2022 évoluent résolument sur leur doctrine : reconnaissance de la valeur des ouvrages, des écosystèmes anthropisés et des milieux lentiques, prime aux solutions douces de continuité en long, engagement dans la transition bas-carbone, dépollution des eaux par limitation à la source des contaminants. Toutes les associations et tous les collectifs doivent porter leurs attentes et exiger qu'elles soient inscrites dans les textes en 2022. Le plan A est une prise en compte de ces points par le décideur public, actant l'échec manifeste de la mise en oeuvre de la DCE et de la restauration brutale de continuité écologique. Le plan B sera le contentieux contre les SDAGE puis contre leur exécution sur chaque site, comme cela a commencé pour les SDAGE en cours. 


Les schémas directeurs d'aménagement et de gestion de l'eau (SDAGE) sont les principaux outils de la politique publique de l'eau. Engagés pour 6 ans, ces SDAGE sont élaborés au niveau de chaque grand bassin hydrographique (Adour-Garonne, Artois-Picardie, Loire-Bretagne, Rhin-Meuse, Rhône-Méditerranée-Corse, Seine-Normandie et DOM-TOM) par les agences de l'eau.

Les SDAGE sont à la fois des orientations politico-administratives sur les choix en rivière et des instruments financiers (de l'ordre de 2 milliards € par an). Les taxes de l'eau paient les actions sur l'eau. Les SDAGE se déclinent en programmes d'intervention qui financent les collectivités et leurs syndicats.

Un processus aujourd'hui opaque et fermé qui prend des mesure arbitraires sur les ouvrages
Les SDAGE et les pratiques des agences de l'eau sont au coeur de la conflictualité sur la question de la continuité écologique. Mais aussi sur les retards que la France accumule dans la pollution, par  mauvaises allocations des fonds publics. En voici les raisons :

  • les comités de bassin (qui votent formellement les SDAGE) sont nommés par les préfets, donc peu démocratiques dans leur mode désignation, et ils ne sont pas représentatifs de la diversité des points de vue;
  • l'essentiel du travail préparatoire des SDAGE est réalisé par les représentants de l'Etat, dans une logique technocratique où les experts des secrétariats techniques de bassin (agence, DREAL, Onema-OFB) décident en conclaves, sous la direction des hauts fonctionnaires du ministère de l'écologie qui contrôle la conformité;
  • les riverains, les moulins, les étangs et bien d'autres acteurs de la vie des rivières sont exclus des comités de bassin et des commissions techniques, alors que de puissants lobbies y ont leurs représentants;
  • la plupart des agences de l'eau (hors Rhône-Méditerranée) votent des programmes d'intervention qui financent en priorité la destruction des ouvrages hydrauliques, donc bloquent les budgets pour des solutions douces moins conflictuelles;
  • la plupart des agences de l'eau défendent depuis la fin des années 1990 une idéologie de la "renaturation" désignant l'humain et les milieux créés par l'humain comme problème a priori (non sans avoir financé, entre 1960 et 1990, l'excès inverse d'intervention massive sur les bassins), ce qui conduit à des choix néfastes d'assèchements de milieux aquatiques et humides (retenues, plans d'eau, étangs, canaux et biefs etc.);
  • la lutte contre les pollutions accuse des retards, déjà sur l'eutrophisation dans les années 1980-2000 et aujourd'hui sur tous les polluants émergents et ceux issus du ruissellement.  


Aujourd'hui, les agences de l'eau ont lancé le cycle de discussion du SDAGE 2022-2027.

Le mouvement des riverains et des ouvrages doit s'organiser pour que ce SDAGE 2022 cesse une fois par toutes les dérives observées dans les SDADGE 2010 et 2016 en matière de continuité écologique, de "renaturation", de retard sur les pollutions désignées par la directive cadre européenne et d'indifférence aux attentes du terrain.

Le mouvement des ouvrages doit porter ses revendications et restaurer le respect des lois
Les SDAGE sont des constructions bureaucratiques complexes qui, par leur nature même, découragent d'y participer. Pourtant, ces outils sont au coeur des choix publics. Si les SDAGE 2022 continuent de financer la destruction des ouvrages (moulins, étangs, barrages), ce sont encore des centaines de millions € qui seront dépensés pour payer en ce sens des syndicats, des élus, des techniciens. Une gabegie d'argent public alors que d'autres dépenses sont prioritaires et que les ouvrages doivent au contraire être intégrés dans la transition écologique.

Il ne faut donc pas laisser passer cette étape : aucun SDAGE 2022 ne doit persister dans les dérives subies depuis le plan 2009 de restauration de continuité écologique et les choix hors-sol du ministère de l'écologie.

Concrètement, il s'agit de :

  • vérifier que l'état des lieux du bassin (première étape, en cours) est exempt de manipulations non fondées sur la science (comme le prétendu rôle important des ouvrages dans la dégradation de la qualité de l'eau, ce que la recherche scientifique en écologie n'a jamais confirmé, au contraire);
  • exiger que le SDAGE respecte la loi et donc qu'il finance en matière de continuité en long des solutions pour des ouvrages "équipés, gérés, entretenus" (les termes de la loi de 2006);
  • intégrer l'urgence climatique et la transition bas-carbone dans les choix des bassins, en particulier la relance de l'hydro-électricité prévue dans la loi française de 2019 et la directive européenne de 2018, ainsi que la gestion des crues et étiages;
  • reconnaître pleinement la réalité des nouveaux écosystèmes anthropisés (biefs, canaux, étangs, lacs) et travailler de manière positive à améliorer leur gestion écologique; 
  • stopper toute perte de surface en eau, favorise des usages économiques en production locale et circuit court;
  • repenser la lutte actuellement inefficace contre les pollutions chimiques et physico-chimiques qui dégradent plus de la moitié des masses d'eau, en particulier aider le monde agricole à une transition vers des pratiques moins impactantes.
Ces attentes seront portées par un travail d'information et sensibilisation du comité de bassin, par la requête de participation aux commissions techniques ou à tout le moins de droit de regard minimal sur tout document concernant les ouvrages, mais aussi en cas de résistance de l'appareil administratif par la préparation de contentieux systématiques là où certains dogmes persisteraient. Les programmes d'intervention 2019-2024 des agences Seine-Normandie et Loire-Bretagne sont ainsi en contentieux aujourd'hui, il doit désormais en aller de même pour tout texte des agences qui portent des choix délétères pour les riverains et les milieux, mais aussi des dispositions non prévues dans la loi.

Pour mener ce travail de fond (parmi d'autres), il s'est formé une coordination nationale eaux et rivières humaines (CNERH). Hydrauxois l'a rejointe. Un premier courrier a été envoyé aux 6 agences de bassin pour recevoir des précisions sur la construction scientifique des états des lieux (diagnostic de base qui justifie la priorisation des mesures). Nous appelons les associations, syndicats, collectifs, fédérations qui ont envie d'avancer sur les enjeux concrets à se mobiliser et à travailler les dossiers dans chaque bassin. Ensemble, nous améliorerons nos argumentations et nous pèserons sur les choix collectifs dont nous sommes aujourd'hui exclus en phase de concertation et de décision. Les riverains doivent se réapproprier les rivières et se faire entendre dans les SDAGE. Ce combat est essentiel. Chaque association doit en avoir conscience, s'engager et se coordonner dès aujourd'hui pour agir au niveau du bassin. En 2022, il sera trop tard car tout sera finalisé: c'est maintenant que le travail commence.

18/10/2019

Une cigogne noire au bord d'un moulin du Serein

Après avoir quasiment disparu de nos contrées au 20e siècle, la cigogne noire (Ciconia nigra) est de retour. C'est un oiseau migrateur qui, lors de son séjour en Europe après hivernage africain, fréquente les forêts à vieux arbres, proches de ruisseaux, petites rivières, étangs. Elle se nourrit d'insectes, de poissons, d'amphibiens et de crustacés. Parmi ses habitats aussi : des retenues et biefs de moulins, leurs zones humides annexes de faible profondeur, où elle trouve une nourriture parfois abondante – notamment si des sécheresses poussent les poissons et autre faune aquatique à se réfugier là où il reste un peu de hauteur de lame d'eau, ce qui fut le cas sur plusieurs rivières de la région. La cigogne noire est revenue en Bourgogne, en particulier en Côte d'Or lui offrant les eaux et forêts nécessaires à son cycle de vie. Un adhérent a surpris la cigogne en train de chercher pitance au bord d'un moulin du bassin amont du Serein. Bravo, car l'animal est farouche et ne se laisse pas aisément photographier sauf au télé-objectif. Cette espèce se reconnaît à son manteau noir (plus ou moins irisé de vert et pourpre) sauf le ventre, le dessous de la queue et les aisselles (blanc), des pattes rouge vif, le long bec droit et le tour de l'oeil rouge carmin. 


16/10/2019

Quelques réponses à Brune Poirson sur la biodiversité et la continuité

Le sénateur de l'Orne Vincent Segouin a interpellé Brune Poirson sur les problèmes de la réforme de continuité écologique. La réponse de la secrétaire d'Etat à l'écologie montre que son ministère reste enfermé dans une vision fausse : les moulins et autres ouvrages hydrauliques seraient un joli patrimoine historique de carte postale  mais une anomalie voire une catastrophe pour la biodiversité. Non : les rivières, canaux et plans d'eau ayant évolué depuis 3000 ans par l'effet des ouvrages hydrauliques et de bien d'autres facteurs sont tout simplement les milieux aquatiques et humides du pays tels que la rencontre de la nature et de la société les a produit. Il ne faut pas raisonner en terme d'hypothétique retour à un état antérieur ou originel, ni confondre la biodiversité avec des demandes sectorielles sur quelques espèces de poissons, mais déjà étudier l'état présent de cette biodiversité pour débattre ensuite sur chaque bassin avec les citoyens des valeurs que nous attachons aux paysages, aux usages, aux milieux, aux habitats et aux espèces.



Mme Poirson,

Dans votre réponse au sénateur Segouin légitimement inquiet des dérives de la continuité écologique, vous avez opposé le moulin comme élément de patrimoine à respecter au cas par cas à la reconquête de la biodiversité qui exigerait la défragmentation des cours d'eau, sous-entendant que "l'effondrement" de la biodiversité serait associé à ce sujet particulier de la continuité en long.

Cette représentation des enjeux est fausse, voici quelques notes rapides à ce sujet. La bibliographie en annexe de ces notes en assoit quelques observations. 

- Vous parlez d'abord des "assises de l'eau" qui ont fixé des objectifs de continuité écologique sur 50 000 km de rivières, mais ces assises de l'eau ont écarté les représentants des riverains, des moulins, des étangs (donc, les premiers concernés par cette continuité), tout comme ces représentants sont écartés des comités de bassin des agences de l'eau, tout comme ces représentants sont écartés d'une représentation permanente au comité national de l'eau. Vous nous parlez donc de processus de décision assez sclérosés dont les corps intermédiaires et les lobbies sont sélectionnés par vos soins, dans la tradition jacobine de contrôle par l'Etat central des avis recevables car à peu près conformes à des directives posées à l'avance. Cela n'a rien à voir avec une démocratie de l'eau construite depuis le terrain : les citoyens vivant au bord des rivières ne reconnaissent plus ces manières de faire et résisteront aux injonctions aberrantes qui en découlent. Si vous ne percevez pas la gravité de la crise de l'action publique en France et la nécessité d'en corriger les travers  à la racine en cessant de tout décider par cénacles choisis depuis Paris, vous préparez le pays à des lendemains difficiles.

- La continuité longitudinale n'est pas la continuité latérale, or c'est la continuité latérale (le fait d'avoir des lits majeurs complexes avec des bras morts, des marais, des forêts humides, etc.) qui est généralement associée aux pertes majeures (et peut-être gains futurs demain) de biodiversité : les rives des cours d'eau et les sols versants ont été massivement occupés, artificialisés et banalisés depuis 100 ans, avec en particulier "l'effondrement" (dont vous parlez) de toutes les annexes aquatiques et humides du lit mineur. Casser des ouvrages en incisant parfois ces lits mineurs, en asséchant les biefs, en faisant couler l'eau plus vite et en limitant donc encore ses débordements apportera à terme des régressions de diversité dans nombre de cours d'eau.

- La fragmentation seule du lit mineur par des ouvrages transversaux a sans aucun doute modifié le profil des bassins versants, cela sur un pas de temps millénaire, avec d'avantage d'impacts pour les grands barrages construits depuis 150 ans. Elle n'est cependant pas associée en soi à une baisse de biodiversité totale à échelle du bassin versant (ce qui n'a jamais été mesuré, donc ce qui rend difficile toute assertion par vous ou quiconque à ce sujet), mais parfois à une baisse de densité de certains poissons spécialisés en eaux vives (qui ont moins d'habitats) et une disparition de certains poissons migrateurs sur des zones amont (pour les cours d'eau où les obstacles sont non franchissables), tout en augmentant la densité et la présence d'autres espèces de poissons. Certains perdent, d'autres gagnent, c'est la règle quand des milieux changent, le vivant n'est jamais figé. Le point important et qui différencie la discontinuité en long de la discontinuité latérale, c'est que les ouvrages ne transforment pas un milieu aquatique en milieu sec, les ouvrages ne créent pas de pollution du milieu aquatique, ils changent la nature locale de ce milieu aquatique tout en augmentant (et non diminuant) la surface en eau disponible pour le vivant. Et avant les moulins ou les étangs, c'était les castors qui fragmentaient les lits de toutes les rivières petites et moyenne (outre des chutes, des torrents, des seuils naturels, des cascades, des barrages d'embâcles etc.). En tout état de cause, la focalisation extrême de la politique de continuité sur les poissons lotiques ou migrateurs n'a pas beaucoup de rationalité écologique (c'est au départ une demande halieutique), cela représente une part modeste de la biodiversité : il est tout aussi important de veiller au devenir des invertébrés, des oiseaux, des amphibiens, des mammifères, des boisements rivulaires, etc. et donc de se demander si les milieux nés de fragmentations leur sont en soi favorables ou défavorables. Une retenue qui héberge des mulettes épaisses et des loutres mais qui a vu ses truites ou chabots remplacés par des chevesnes ou brochets est-elle un problème? Qui le dit et pourquoi?

- Une littérature scientifique déjà solide témoigne que les milieux lentiques (lacs, retenues, plans d'eau, étangs, canaux et biefs) sont aussi associés à la présence de nombreuses espèces, parfois à la conservation d'espèces menacées. Dans des milieux agricoles ou urbains dégradés, leur diversité peut être supérieure à celle de la rivière. Ces sites d'origine humaine et nés de fragmentation sont d'ailleurs parfois classés en ZNIEFF, en Natura 2000, en zone conservatoire de biodiversité. Cela contredit le discours simpliste selon lequel ce type d'habitat est forcément dégradé et cela devrait inciter vos services à engager des campagnes systématiques d'inventaire, ce qui n'a jamais été fait puisqu'un dogme a décrété que l'ouvrage était mauvais, ses milieux et ses annexes sans intérêt.

- La protection de la biodiversité n'est pas la promotion de la bio-intégrité avec un idéal de retour à un état antérieur (pré-industriel) de la nature ou à une "nature sauvage" qui est une construction imaginaire. La recherche reconnaît le caractère non-réversible de diverses évolutions du vivant et souligne désormais que les écosystèmes anthropisés ou "nouveaux écosystèmes" sont à étudier au cas par cas (donc que l'existence d'un écosystème anthropisé ne peut être assimilée par principe à une anomalie à corriger). La directive cadre européenne sur l'eau de 2000 proposait au demeurant à tous les Etats-membres de signaler des masses d'eau fortement modifiées (sur le volet hydromorphologique) et des masses d'eau artificielles : vos services ont pratiqué un déni de réalité au début des années 2000, en ne recourant quasiment pas à ces classements... tout en reconnaissant ensuite que la morphologie de nombreux bassins versants a changé au fil des siècles passés. Pourquoi a-t-on dit une chose et son contraire? Car on se basait sur une perception fausse de l'histoire longue des bassins, sur des modèles mécaniques pression-impact ou des modèles déterministes habitat-peuplement trop simplistes, sur une opposition factice entre la nature originelle (qui serait facile à retrouver) et nature modifiée (qui serait forcément dégradée).

- Dans le même ordre d'idée, si l'UICN trouve encore récemment que le sort des espèces de poissons d'eau douce ne s'est pas amélioré depuis 10 ans – ce qui est inquiétant au regard des sommes dépensées par les agences de l'eau, en particulier sur la "restauration" qui devait apporter des résultats –, le choix des instances de conservation de se pencher uniquement sur les espèces endémiques ne donne qu'une version partielle du tableau. Sur le long terme (plusieurs siècles) et contrairement aux idées reçues, le nombre total d'espèces de poissons augmente en France dans la plupart des bassins versants (ce n'est donc pas en soi un "effondrement" de biodiversité sous cet angle ichtyologique). Tous les chercheurs en écologie ne sont pas d'accord pour opposer systématiquement les endémiques aux exotiques, comme si la nature devait et pouvait partout rester fixée à des assemblages du début du Holocène (incidemment, les ouvrages ralentissent certaines espèces invasives et sont parfois utilisés à cette fin dans le monde). De plus, les experts soulignent que les écotypes des rivières européennes vont évoluer avec le réchauffement climatique et ses effets hydrologiques au cours du siècle, donc il est peu sensé de fixer un "état de référence" dont on sait par avance qu'il sera altéré, et même qu'il l'est déjà depuis la sortie du petit âge glaciaire européen voici deux siècles. A ce sujet, entraver l'hydro-électricité ne sera pas de nature à prévenir l'intensité de ce réchauffement et comme l'ont montré les sécheresses des dernières années, la continuité temporelle de l'eau dans certaines rivières devient hypothétique. Quand il n'y a plus que du sable et des galets, tout le monde est d'accord sur l'état de santé de la faune aquatique...

- La dimension conflictuelle de la continuité écologique en long ne vient pas d'un mépris de la biodiversité : elle est tout entière concentrée sur le problème de la promotion de la destruction irrémédiable du patrimoine hydraulique, de ses paysages et de ses milieux. Il n'y aurait jamais eu de conflit si certains agents de la direction de l'eau et de la biodiversité, des agences de l'eau, de l'OFB-Onema et des DREAL de bassin n'avaient promu sciemment une stratégie de destruction des sites par tout moyen (exigences démesurées d'aménagements, peu ou pas d'aides publiques à autre chose que la casse, discours implicite ou explicite du retour de la nature sauvage comme idéal que la loi n'a jamais sanctionné et que des fonctionnaires se permettent de sortir de leurs chapeaux en lieu et place des représentants élus par les citoyens). Le conflit sera résorbé quand ces services recevront l'ordre simple, clair et sans ambiguïté de respecter la loi, à savoir gérer, équiper ou aménager des ouvrages au titre de la continuité en long, prendre en charge les dépenses quand elles sont exorbitantes.

- Aucune association de moulin, d'étang, de riverain de notre connaissance n'a jamais objecté sur le principe à la possibilité d'un retour des poissons migrateurs menacés (anguilles, saumons, esturgeons, etc.) sur certains bassins versants, à condition que les causes de déclin soient bien identifiées, que ce retour se fasse à un coût économique réaliste pour la collectivité et qu'il respecte les autres usages autorisés de l'eau. Ce qui est possible sur certains bassins, mais pas tous. Ne sont pas acceptés ni acceptables en revanche les discours qui demandent de revenir partout et rapidement aux densités et aux abondances de siècles passés sur tous les bassins, car cela n'a aucun sens, provoque bien trop de nuisances sociales et détruit les milieux en place quand l'effacement des ouvrages est requis au nom du moindre coût. Or votre administration ne manifeste aucun discernement sur ces sujets, elle peut tenir des discours arbitrairement différents d'un lieu à l'autre sur des enjeux parfaitement similaires pour ce qui est des espèces cibles, elle opère de manière confuse sur quasiment tous les bassins à la fois, y compris là où il n'existe aucun enjeu migrateur et où certains veulent simplement changer des densités de truite commune pour leur loisir, elle est indifférente aux milieux en place et produit un copié-collé de principe pour traiter de l'ouvrage à la chaîne, ce qui n'a plus rien à voir avec l'écologie et l'étude locale des biotopes.

- La restauration écologique (de continuité ou de milieu en général) est une discipline jeune, qui est loin d'obtenir des résultats toujours bons, et qui dans certains cas peut même se traduire par des dégradations. Cela relève encore de l'expérimentation devant faire l'objet de suivis scientifiques par une analyse rigoureuse des effets observables, mais pas de la programmation publique à grande échelle que n'importe quel syndicat de rivière pourrait manipuler sans risque d'erreur malgré peu de moyens. Votre gouvernement se trompe à poursuivre la mauvaise habitude de son administration centrale qui consiste à s'enticher un peu trop rapidement de modes et à les transformer en politique massive pour constater parfois avec le recul que les résultats ne sont pas au rendez-vous malgré l'argent public dépensé à foison, et que des effets indésirables n'ont pas été anticipés (par exemple sur les sécheresses ou les crues pour les ouvrages). La protection des milieux encore riches en espèces et habitats est partout considérée comme stratégie de première intention, et au lieu que de "restaurer" de-ci de-là sans toujours beaucoup de cohérence – à grands renforts de chantiers BTP et de bureaux d'études profitant de l'aubaine –, cette protection devrait être notre première politique de biodiversité.  Plutôt que "ré-ensauvager" au bulldozer, déjà défendre la faune sauvage où elle vit encore paraît avisé. D'autant qu'il n'est pas simple de limiter des activités humaines sur des larges territoires ni de compenser monétairement les conséquences de cette restriction, donc la création de réserves naturelles d'une certaine importance mobilise à elle seule beaucoup de temps et de moyens. L'Union européenne nous reproche au demeurant notre peu de rigueur dans le suivi des zones spéciales de conservation, ce qui n'est pas surprenant car nous n'avons pas les ambitions de nos moyens et nous multiplions des annonces sans budget à hauteur de leurs implications.

- Depuis l'explosion de la consommation et de la production au 20e siècle ("grande accélération" de l'Anthropocène), les eaux et les sédiments des rivières sont pollués par des milliers de produits de synthèse, les sols érodés et lessivés déchargent des matières fines, l'eau est consommée en quantité croissante, le réchauffement modifie la température et les débits, les espèces exotiques s'invitent en grand nombre dans les habitats des espèces endémiques, mais dans le même temps la pression des moulins, étangs et autres ouvrages anciens en lit mineur a tendu à diminuer dans la plupart des bassins. Il n'y a aucune base pour attribuer une crise de la biodiversité aquatique et humide à ces ouvrages anciens dont la plupart sont présents depuis des siècles, alors que tant d'autres causes manifestes sont présentes sous nos yeux. Ces causes sont d'ailleurs observées dans les travaux d'hydro-écologie quantitative et comparative menés par des chercheurs français ou européens. Si ces chercheurs montraient que la densité de barrage est le premier prédicteur de baisse de qualité des métriques DCE ou d'effondrement de la biomasse et de la biodiversité, les choses seraient fort claires et le présent échange sans objet. Mais ils ne montrent pas cela du tout, ce sont toujours les usages des sols du bassin versant qui reviennent en causes majeures de dégradation des eaux et de leurs populations biologiques, de très loin.

Donc non, Mme Poirson, le débat n'est pas de dire que la biodiversité demanderait d'effacer les ouvrages anciens mais que le patrimoine pourrait exiger d'en conserver quelques-uns : cette présentation datée ne correspond plus aux enjeux, elle correspond seulement à la manière fausse dont certains hauts fonctionnaires de votre ministère (et certains lobbies ayant leur protection) ont voulu présenter les enjeux depuis 15 ans. Ces hauts fonctionnaires et ces lobbies avaient tort hier, ils ont tort aujourd'hui.

Continuez tant que vous voulez à lire leurs fiches ayant mené au désastre actuel de rejet de la réforme de continuité, nous ferons pour notre part ce que nous estimons être notre devoir citoyen : nous protégerons le vivant aquatique et rivulaire y compris dans les retenues et les biefs, nous appellerons à le connaître et le respecter, nous ne laisserons pas effacer le patrimoine hydraulique français, nous ne laisserons pas entraver la transition bas-carbone, nous ne laisserons pas assécher les milieux en eau qui ont émergé dans l'histoire et qui aideront à traverser les crises hydrologiques liées au réchauffement climatique, nous ne laisserons pas creuser le fossé entre l'écologie et les citoyens sous prétexte de couvrir des dérives technocratiques qui sont d'ores et déjà des échecs massifs et qui appellent la sanction de leurs responsables dans une démocratie fonctionnant normalement. Cette sanction, nous avons commencé à l'obtenir devant la justice et nous continuerons d'y recourir, ainsi qu'à tout autre moyen pour faire cesser ce que nous croyons être une erreur grave d'appréciation sur les priorités du pays pour les rivières, pour les plans d'eau, pour les milieux humides, pour le cadre de vie des riverains et pour l'environnement en général.

Quelques lectures en appui des présentes notes, pour passer des slogans simplistes et des politiques imprudentes à la prise en compte des réalités complexes
  • les biefs de moulins hébergent des moules protégées (Sousa et al 2019a)
  • les canaux d'irrigation sont colonisés par des moules menacées (Sousa et al 2019b)
  • les barrages sont à conserver et gérer pour le vivant et le débit en adaptation au changement climatique (Beatty et al 2017
  • l'indifférence et l'ignorance sur les écosystèmes aquatiques artificiels conduit à des mauvais choix de conservation biologique (Clifford et Hefferman 2018)
  • les masses d'eau d'origine anthropique servent aussi de refuges à la biodiversité (Chester et Robson 2013
  • un étang augmente la densité de certains invertébrés et la disponibilité d'eau pour le vivant (Four et al 2019)
  • plans d'eau et canaux contribuent fortement à la biodiversité végétale (Bubíková et Hrivnák 2018
  • mares, étangs et plans d'eau doivent être intégrés dans la gestion européenne des bassins hydrographiques en raison de leurs peuplements faune-flore (Hill et al 2018)
  • la biodiversité des poissons d'eau douce provient en partie de la fragmentation des milieux (Tedesco et al 2017)  
  • la fragmentation des milieux serait favorable à la biodiversité (Fahrig et al 2017, 2019)
  • un effet positif des barrages est observé sur l'abondance et la diversité des poissons depuis 1980 (Kuczynski et al 2018)
  • la biodiversité des étangs piscicoles est d'intérêt en écologie de la conservation (Wezel et al 2014)
  • les canaux servent de corridors biologiques pour la biodiversité (Guivier et al 2019)
  • les petits ouvrages ont des effets comparables aux barrages de castor (Ecke et el 2017)
  • la morphologie des rivières françaises est modifiée depuis déjà 3000 ans et nos choix de gestion l'ignorent (Lepsez et al 2017)
  • les effacements d'ouvrages avantagent certaines espèces mais en pénalisent d'autres et ce n'est pas correctement évalué (Dufour et al 2017)
  • les chantiers de restauration de rivières françaises souffrent d'une faiblesse scientifique, d'une dimension subjective et de résultats incertains (Morandi et al 2014
  • les sciences humaines et sociales ont leur mot à dire sur la valeur des ouvrages hydrauliques et les représentations de la nature (Sneddon et al 2017)
  • la densité des barrages n'est que le 13e facteur d'influence sur les critères DCE de l'eau, très loin derrière les pollutions et usages de sols (Villeneuve et al 2015)
  • les seuils dénitrifient les rivières en zone agricole (Cisowska et Hutchins 2016)
  • les barrages stockent les excès de phosphore (Maavara et al 2016)
  • des retenues d'étangs piscicoles éliminent les pesticides (Gaillard et al 2016
  • les effacements d'étang ont un bilan défavorable pour l'eau et le vivant (Aldomany 2017)
  • les alevinages des pêcheurs influencent davantage la génétique des poissons que les ouvrages hydrauliques (Prunier et al 2018
  • les alevinages historiques des pêcheurs ont modifié davantage le peuplement de certaines rivières que la présence de barrages (Haidvogl et al 2015
  • les saumons peuvent franchir un seuil de moulin... en évitant même les passes à poissons (Newton et al 2017)
  • les ombres et les truites peuvent franchir la plupart des ouvrages de moulins d'une chute inférieure à 1,8 m (Ovidio et al 2007)
  • l'écrevisse à pattes blanches bénéficie de la fragmentation des cours d'eau par les chutes naturelles et artificielles (Manenti et al 2018
  • des truites vivent depuis 200 générations dans un cours d'eau fragmenté (Hansen et al 2014)
  • supprimer les ouvrages des moulins à eau incise les rivières et assèche leurs lits majeurs (Maaß et Schüttrumpf 2019)
  • la restauration physique de rivière peine à modifier les peuplements aquatiques dans la durée (Lorenz et al 2018
  • restauration morphologique de rivières anglaises : résultats décevants sur les invertébrés (England et Wilkes 2018)
  • réponse à long terme des poissons à une restauration de rivière allemande (Höckendorff et al 2017
  • Etats-Unis: le suivi des effacements de barrage est défaillant (Brewitt 2016
  • pourquoi la restauration écologique produit-elle des échecs? (Hiers et al 2016
  • à quoi ressemblent les bénéfices réels de la continuité en rivières ordinaires? (Tummers et al 2016)
  • restauration morphologique des rivières: pas d'effet clair sur les invertébrés, même après 25 ans (Leps et al 2016)
  • États-Unis: des effacements de barrages peu et mal étudiés (Bellmore et al 2016
  • suivi d’un effacement d’ouvrage sur le Bocq: quel bilan après quelques années? (Castelain et al 2016
  • restauration de rivière, un bilan critique (Wohl et al 2015)
  • la restauration physique des rivières peine à prédire ses résultats (Muhar et al 2016)
  • la restauration écologique active d'un milieu a souvent le même effet qu'une simple récupération passive (Jones et al 2018)
  • la moitié des rivières européennes devrait changer d'écotype d'ici 2050 (Laizé et al 2017)
  • la notion de condition de référence d'une rivière est problématique (Bouleau et Pont 2014, 2015)
  • la réalité des écosystèmes culturels questionne la cohérence de l'écologie de la restauration (Evans et Davis 2018)
  • l'écologie aquatique doit modéliser nouveaux écosystèmes de l'Anthropocène (Mooij et al 2019)
  • les nouveaux écosystèmes révèlent la construction sociale de la nature (Backstrom et al 2018)