vendredi 28 septembre 2012

Deux rapports sur l'énergie

Deux rapports sur l'énergie apportent des informations intéressantes concernant l'hydro-électricité : celui du Centre d'analyse stratégique, intitulé Des technologies compétitives au service du développement durable (pdf), et la dernière édition de L'Etat des énergies renouvelables en Europe (pdf, Observ'ER).

Le CAS rappelle que l'hydro-électricité est aujoud'hui la première source d'énergie renouvelable dans le monde (16% de l'électricité, 3000 TWh/an), quoique la puissance installée ne représente que 35% du potentiel. En France, l'hydro-électricité représente également la première source d'énergie renouvelable : 25.000 MW installés, 70 TWh/an, 12% de l'électricité produite.

Les enjeux stratégiques identifiés par le CAS sont : la rénovation et modernisation du parc installé, la gestion des contraintes environnementales et l'harmonisation avec les autres usages de l'eau, le développement de la puissance hydro-électrique en lissage des autres productions intermittentes (solaire, éolien) et donc notamment en stockage (barrage réservoir saisonnier / nterannuel, station de transfert d'énergie par pompage STEP). La rapport souligne que la France possède d'excellentes compétences techniques et scientifiques dans le domaine hydraulique, et des acteurs de dimension mondiale comme Alstom Hydro (en turbines / générateurs de grande puissance).

Le Centre d'analyse stratégique reste cependant peu disert sur le potentiel de la petite hydro-électricité (PCH). Le rapport Observ'ER est plus complet à ce sujet.

On y apprend que l'Italie domine l'Europe avec 2664 MW installés en petite hydro de moins de 10 MW, suivie par la France (2010 MW), l'Espagne (1926 MW) et l'Allemagne (1740 MW). Pour la production énergétique (différente de la puissance nominale), l'Italie reste en tête (10,9 TWh/an), mais l'Allemagne prend la deuxième position (6,9 TWh/an) et la France la troisième (6,7 TWh/an). A l'échelle de l'Europe, la petite hydro-électricité représente un CA de 2,6 milliards d'euros et emploie 16.000 personnes. Ces chiffres seraient de 2500 personnes et 400 millions d'euros en France.

Le potentiel de développement de l'hydro-électricité en France reste important, et sera nécessaire pour soutenir la transition énergétique engagée par notre pays comme par les autres nations industrialisées.

L'énergie hydraulique en Auxois-Morvan : quels besoins?

Les besoins en Auxois-Morvan, sur lesquels travaille notre association, sont notamment :

• l'identification de la puissance hydraulique installable (par ordre décroissant de puissance, les barrages de retenue alimentant le canal de Bourgogne, le réseau des anciennes centrales hydro-électriques de la fin XIXe siècle et début XXe siècle, les moulins et les réseaux d'assainissement),

• la fluidité et l'efficacité des contacts entre petits producteurs potentiels, investisseurs, installateurs ou équipementiers, agences de l'Etat ou syndicats en charge du développement durable (Ademe, Siceco),

• la prise de conscience et la mobilisation des élus locaux, afin de penser l'énergie hydraulique comme une ressource du territoire d'Auxois-Morvan pourvoyeuse d'emplois et de revenus,

• la mutualisation de la maintenance et surveillance des ouvrages quand la densité d'équipement s'y prête et que les propriétaires en éprouvent le besoin,

• la concertation avec l'Agence de l'Eau, les syndicats de rivières, la DDT et l'Onema afin que la continuité écologique soit l'occasion d'une modernisation énergétique des ouvrages hydrauliques (et non pas de dépenses improductives en génie civil, a fortiori d'une destruction du potentiel hydraulique au moment où nos sociétés en ont besoin).

Vaste chantier : toutes les bonnes volontés sont les bienvenues !

Photos : turbine Kaplan 90 kW et sa bache, pour équipement de basses chutes en micro-hydro-électricité. Didier Beaume, DBH

jeudi 27 septembre 2012

Le Bien Public évoque les moulins (et M. Stutz la beauté de la nature...)

Le Bien Public s'est fait hier longuement écho de l'action menée par l'Arpohc en Haute Côte d'Or et Châtillonnais. Le journal a notamment rappelé que la mise en place de la politique de continuité écologique se traduira par une forte pression sur les propriétaires d'ouvrages hydrauliques. Dans cet article, le président du Syndicat intercommunal des cours d'eau du Châtillonnais (Sicec), Jean-Claude Stutz, affirme pour sa part à propos de la continuité écologique : «Il s'agit bien de favoriser un écoulement et un régime hydrologique naturel. Il n'y a rien de plus beau qu'une rivière mais rien de plus laid qu'un cours d'eau où les éléments ne sont pas charriés normalement».

Ce point de vue sur la «beauté» et la «laideur» est évidemment, et par définition, subjectif. Cela fait plusieurs siècles qu'aucun cours d'eau de Côte d'Or n'a d'écoulement parfaitement naturel, puisque la présence anthropique sur les rivières est ancienne. Et cette présence anthropique persistera. Suggérer qu'elle est forcément «laide» est un argument assez étrange quand on connaît le magnifique patrimoine hydraulique de la région. On peut également rappeler que le régime « plus naturel » d'écoulement valait jadis des crues meurtrières et catastrophiques à la Seine : heureusement que des barrages et systèmes de régulation ont été conçus dans l'ensemble du bassin hydrographique, afin protéger biens et personnes en laminant ces crues... Il en va de même sur l'Armançon, qui connaissait dans les siècles passés des crues redoutables et des étiages sévères.

On peut enfin observer dans l'image ci-dessus une réalisation de continuité écologique dans le Châtillonnais (ruisseau des Goulottes, Nod-sur-Seine ; citation extraite du rapport d'activité Sequana 2010). Considérer que la destruction du petit ouvrage de franchissement a renforcé la beauté du site est, décidément, une affaire très subjective... 

mardi 25 septembre 2012

Loi de 1919 et droit d'eau

Les services de la DDT et de l'Onema sont venus le lundi 24 septembre 2012 faire un constat de l'état du barrage de Semur-en-Auxois, notamment de ses ouvrages hydrauliques : la digue, le barrage, la vanne, le canal d'amenée et la conduite forcée, la chambre d'eau, le canal de fuite. Ce type de constat peut être fait sur tout ouvrage (moulin ou ancienne usine) par la police de l'eau, qui possède cette prérogative parmi d'autres. (Image ci-dessous : la face aval de la chambre d'eau).

C'est l'occasion de rappeler en quoi consiste le « droit d'eau », particulièrement selon la loi de 1919. On appelle droit d'eau « fondé en titre » la capacité d'un propriétaire d'ouvrage hydraulique d'exploiter la force motrice de l'eau. Le propriétaire peut être un particulier, une personne morale de droit privé, une collectivité territoriale ou l'Etat. Il existe trois régimes différents :
• les moulins des cours d'eau domaniaux, navigables et flottables, présents avant l'Edit de Moulins de 1566 ;
• les moulins des cours d'eau non domaniaux présents avant l'abolition des privilège féodaux (4 août 1789) ou aliénés pendant la Révolution ;
• les moulins ou usines présents entre la Révolution et 1919, disposant d'un règlement d'eau au moment de la promulgation de la loi de 1919.

Dans les trois régimes, le propriétaire doit attester l'existence de son bien avant les dates de référence (1566, 1789, 1919), et cela par tout moyen : cartes anciennes, mention du site dans les documents d'archives ou les actes administratifs. Il doit vérifier par ailleurs s'il existe un règlement d'eau, règlement préfectoral qui spécifie les conditions d'usage de l'eau au droit de l'ouvrage (un moulin du XVIe siècle peut très bien avoir bénéficié d'un règlement d'eau actualisé au XIXe ou au XXe siècle).

Le cas du régime institué par la loi de 1919

La loi du 16 octobre 1919 a réglementé l'usage de l'énergie hydraulique en France, après le rapide développement de l'hydro-électricité ayant débuté dans les années 1880. Cette loi (associée à divers décrets d'application et secondée par les lois sur l'eau de 1992, 2006) précise qu'il existe trois cas exceptionnels d'autorisation d'utiliser l'énergie hydraulique, autorisation hors procédure et à durée illimitée :
• pour les usines autorisées avant 1919 et d'une puissance inférieure à 150 kW (art. 18),
• pour les usines fondées en titre d'existence légale (art. 29),
• pour les usines faisant partie d'entreprises déclarées d'utilité publique (art. 29).

En d'autres termes, un propriétaire d'ouvrage répondant à ces conditions peut exploiter l'énergie de l'eau sans demander une autorisation ou concession à la préfecture. Mais il va de soi que le propriétaire en question doit respecter l'ensemble des obligations prévues dans le Code de l'environnement et le Code de l'urbanisme, ainsi que les règlementations spécifiques de la protection environnementale et fluviale (par exemple les sites Natura 2000, la Trame bleue du Grenelle, etc.).

Le cas particulier du Foulon de la Laume à Semur-en-Auxois est intéressant : le site peut en effet témoigner de la présence d'un moulin existant au XVe siècle, dont il reste certains éléments patrimoniaux ; de la présence d'une usine et d'ouvrages hydrauliques à partir de 1891, ainsi que d'un règlement d'eau de la même année, avec un équipement inférieur à 150 kW. Soit deux régimes différents de fondé en titre.

Il est à noter que le droit d'eau au sens du fondé en titre d'avant 1789 ou de la loi sur l'énergie de 1919 ne requiert nullement le bon état des ouvrages concernés – et pour cause, il faudrait que sur chaque moulin ou chaque usine de France on trouve des éléments d'exploitation parfaitement fonctionnels, datant parfois de plusieurs siècles, et ce n'est évidement pas le cas ! La jurisprudence des tribunaux administratifs, cours administratives ou du Conseil d'Etat reconnaît donc que l'état de ruine n'est pas une condition suspensive du droit d'eau. La circulaire MEEDDM 2010/3 du 25 février 2010 rappelle d'ailleurs aux agents publics des éléments de jurisprudence en ce sens. On peut annuler un droit d'eau si le seuil ou barrage a quasiment disparu et n'existe plus qu'en traces ou vestiges (CE 2004, arrêt 246929), mais ces conditions de délabrement sont extrêmes.

Le cas du Foulon de la Laume

Dans le cas du barrage de Semur-en-Auxois, toutes les parties prenantes sont au moins d'accord sur un point : bien loin d'avoir disparu ou de n'être présents qu'à l'état de vestiges, le barrage et la digue forment des obstacles très efficaces à l'écoulement ! Ils ont donc conservé leur capacité à exploiter la force motrice de l'eau par création d'une certaine hauteur de chute et redirection du débit vers le canal d'amenée. Il existe par ailleurs une volonté manifeste de donner un usage au barrage : convention de mandat Sirtava-Commune de 2010 visant à un projet d'aménagement à fin de continuité écologique, travaux municipaux d'entretien consignés dans le registre de l'ouvrage, réalisation d'une visite technique approfondie (VTA) par un bureau d'études hydrauliques, commande d'un rapport sur l'usage énergétique du barrage (à notre association), pose d'une échelle de mesure de chute nette par observation de la remontée d'eau en canal de fuite, réunions d'information en mairie avec des producteurs locaux d'hydro-électricité, annonce d'un futur chantier municipal et citoyen, etc.

Pour en avoir le cœur net, notre association a transmis le dossier complet du barrage (y compris bien sûr les documents Sirtava / Cariçaie) à deux experts indépendants (ne se connaissant pas et n'habitant pas la région) : un historien spécialiste de la concertation entre patrimoine historique et continuité écologique ; un avocat expert en droit de l'environnement et reconnaissance des droits d'eau. L'un comme l'autre ont considéré comme manifeste l'existence du droit d'eau de la Commune sur le site du Foulon de la Laume. Et fortement douté que la Préfecture s'engage à une remise en cause de ce droit d'eau comme le laissait entendre le diagnostic du bureau Cariçaie. Mais à dire vrai, ce n'est pas le seul point critiquable de ce diagnostic, comme nous l'avons rappelé ici et comme le Collectif de sauvegarde du barrage l'a montré au cours des 9 derniers mois.

Droits et devoirs des propriétaires

Au-delà du cas de Semur-en-Auxois, notre association attire toutefois l'attention de tous les propriétaires d'ouvrages hydrauliques d'Auxois-Morvan : ils disposent certes de droits, que nous entendons bien sûr défendre, mais aussi de devoirs, que nous entendons aussi rappeler. Notamment le devoir d'entretenir leur bien. 

En raison des nouvelles règlementations de continuité écologique, l'administration va se montrer beaucoup plus stricte dans les mois et années à venir. Et cette rigueur sera fondée si le propriétaire laisse son bief, son seuil et ses ouvrages à l'abandon, sans tenir compte de leurs effets physiques et biologiques sur la rivière. Une gestion responsable et raisonnable des biens riverains est aujourd'hui une condition sine qua non d'un dialogue constructif entre tous les acteurs de l'eau.

Pour aller plus loin :
Rapport du Conseil d'Etat 2010 : L'eau et son droit (pdf)

vendredi 21 septembre 2012

Un chantier pour le barrage de Semur-en-Auxois


La Commune de Semur-en-Auxois vient d'annoncer le prochain lancement d'un chantier municipal et citoyen sur le site du barrage de la ville, visant notamment à restaurer l'usage énergétique de ce dernier. Le chantier sera ouvert aux bénévoles, particuliers ou associations. Il va de soi que l'association Hydrauxois s'inscrira pour participer à cette tâche commune, et rendre ainsi au barrage de la ville tout le lustre qu'il mérite. 

Sur ce site du Foulon de la Laume, en 1461, Jehan et Jacot Ylaire dit Marmaignot obtinrent du duc de Bourgogne l'autorisation de construire un moulin foulon (dégraissage et traitement des laines). Bien plus tard, en 1890-1891, on construisit l'usine hydro-électrique qu'EDF exploita jusque dans les années 1960. Le Foulon de la Laume est donc l'héritier de cinq siècles d'usage de l'énergie hydraulique. Notre génération doit prendre soin de ce très bel héritage pour le léguer aux générations futures ! Et à l'heure où la transition énergétique s'impose en France comme partout ailleurs, l'installation d'une petite centrale hydro-électrique sera un défi passionnant pour les Semurois.

lundi 17 septembre 2012

Au Moulin Lallemant, le patrimoine est bien vivant!

Les amoureux de l'eau et du patrimoine connaissent probablement le Moulin du Foulon, à Arnay-sous-Vitteaux. Il est la propriété de Robert Lallemant, et présente une particularité remarquable : cette famille de meuniers transmet l'ouvrage et le savoir-faire depuis 1840. Voilà un patrimoine bien vivant ! Le mot «foulon» désigne un moulin utilisé pour battre et dégraisser les laines, ce qui était probablement le premier usage historique du moulin actuel. Mais la production de farine s'est imposée voici plus de 150 ans.

Robert Lallemant et son équipe produisent aujourd'hui des farines déposées sous la marque La Bruchon d'Auxois. Les meuniers mélangent des variétés pures des blés d'Auxois afin de produire plusieurs farines, dont les qualités sont testées dans le laboratoire du Moulin. L'équipement actuel du Moulin du Foulon permet un débit de 650 kg blé / heure. Si vous êtes habitant de l'Auxois, vous savez désormais quel fournisseur choisir : Robert Lallemant parvient à associer une production locale avec une très haute exigence de qualité.

Côté technique hydraulique, le Moulin du Foulon présente un autre atout : on peut y voir le fameux régulateur Lallemant, conçu au XIXe siècle par un ancêtre du propriétaire actuel (première photo en haut, ci-contre ; cliquez pour agrandir l'image). Ce mécanisme ingénieux avait pour fonction d'assurer un débit régulier entre le bief et les ouvrages hydrauliques, régularité indispensable pour le travail du blé mais aussi pour les turbines des installations électriques. Car roues ou turbines, les ouvrages qui transforment l'énergie cinétique de l'eau en énergie mécanique puis électrique sont très sensibles aux emballements. Le régulateur Lallemant équipait ainsi de nombreuses petites usines hydro-électriques de Côte d'Or au début du XXe siècle.

Aux Journées du Patrimoine qui se tenaient le week-end dernier, il y avait foule au Moulin du Foulon : c'est une excellente nouvelle, et cela témoigne de l'enthousiasme des amoureux du patrimoine hydraulique. Le Bien Public signale même qu'un autre moulin, situé à Athie, a eu la surprise de voir arriver des visiteurs alors que cette année, il ne participait pas aux Journées !

Plus d'information à propos du Moulin du Foulon.

dimanche 16 septembre 2012

Accord Hydrauxois-Arpohc

Une délégation d'Hydrauxois a participé le samedi 15 septembre 2012 à l'Assemblée générale des l'Association des riverains et propriétaires d'ouvrages hydrauliquesdu Châtillonnais (Arpohc), dirigée par le dynamique Christian Jacquemin (ci-contre, photo du bureau).

Les deux associations ont conclu un accord sur plusieurs initiatives communes : veille documentaire sur l'hydraulique, co-publication du futur Guide de la continuité écologique, réflexion partagée pour mettre en place une base d'information en ligne sur le patrimoine, engagements de terrain pour la défense des ouvrages menacés d'effacement sur la Côte d'Or.

mercredi 12 septembre 2012

Réflexion sur le référentiel des obstacles à l'écoulement (ROE)

La loi sur l'eau et les milieux aquatiques (LEMA) de 2006, modifiant le Code de l'environnement, les lois Grenelles 1 et 2 (Trame verte et bleue), le Plan de gestion de l'anguille sont autant de textes ayant introduit en droit français la notion de continuité écologique. Celle-ci implique que les rivières françaises connaissent :

  • un bon transit sédimentaire (transport des particules en suspension et des charges solides de type sables, graviers, etc.)
  • un bon franchissement piscicole (libre circulation des poissons migrateurs, évitement de l'isolement génétique des poissons non migrateurs, possibilité de fuite en cas de pollution locale, etc.).

Le ROE : une base de données produite par l'Onema
L'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) a produit un outil de recherche et d'aide à la décision : le référentiel des obstacles à l'écoulement (ROE). Il s'agit d'un recensement systématiques des seuils de moulins, barrages, ponts, écluses, digues et autres ouvrages hydrauliques.

Au total, pour la dernière version en date de ce recensement, on compterait près de 80.000 «obstacles à l'écoulement» sur les rivières françaises (carte ci-contre). Et le recensement n'étant pas achevé, il est probable que l'on dépassera les 100.000. Rien d'étonnant à cela puisque l'homme a presque toujours développé ses cités et ses civilisations autour de la ressource en eau. En Côte d'Or, on compte par exemple 1351 obstacles recensés dans la dernière version en ligne du ROE. A l'échelle de la France, environ la moitié des obstacles sont formés par des seuils en rivières et des barrages (un barrage commence à partir d'une hauteur de 2 mètres).

Vous pouvez consulter le ROE sous forme de carte des rivières, à cette adresse. (Attention, le rafraîchissement est très lent et demande un bon débit de connexion). Ou bien sous forme de tableur Excel, à cette adresse (télécharger le ROE, en bas. Attention cette fois, comme il y a des dizaines de milliers d'entrées dans le tableur de type Excel, ce n'est pas facile de s'y retrouver).

Le ROE, une certaine vision des ouvrages hydrauliques
Les concepteurs du ROE sont généralement des chercheurs, ingénieurs ou techniciens en hydrophysique, hydrobiologie et hydro-écologie. La notion même d' « obstacle à l'écoulement » pour désigner des ouvrages hydrauliques témoigne de cette vision issue de leurs disciplines scientifiques. Mais cette vision est forcément réductrice, au sens où elle n'envisage qu'une seule dimension des ouvrages en question. Pour le comprendre, on peut dire que la ville de Paris est un obstacle à l'écoulement aérodynamique sur le Bassin Parisien ; mais personne n'aura évidemment l'idée de qualifier ainsi la capitale française (même si de fait, certains chercheurs en sciences du climat s'intéressent beaucoup aux changements de rugosité sous la couche limite!).

On ne peut donc pas réduire un barrage, un seuil ou un bief de moulin à la seule notion d'obstacle. Cette vision serait très simplificatrice si elle prétendait résumer tous les regards possibles sur les ouvrages hydrauliques. Et très inquiétante si elle devenait le « mono-langage » de l'administration en charge de l'eau.

Les lois de l'hydrodynamique impliquent de toute évidence que nos seuils et barrages modifient le régime des écoulements, donc la circulation des sédiments et celle des poissons. Ce point n'est pas en question, il relève d'une physique élémentaire désormais bien établie. Ce qui est plus douteux en revanche, c'est l'assertion selon laquelle les obstacles à l'écoulement représenteraient la principale menace pour la qualité biologique des rivières françaises.

Une présence bientôt millénaire
Les seuils et petits barrages ont connu un grand développement à partir du Moyen Âge. Aux XIe-XIIIe siècles, les ouvrages hydrauliques profitent de l'invention de l'arbre à cames, qui permettait de transmettre l'énergie à toutes sortes d'instruments mécaniques. Le moulin devient l'usine du développement agricole et industriel de cette période. Cet usage de l'eau ne fera que croître jusqu'au XIXe siècle. Si l'obstacle à l'écoulement représentait la principale pression sur les espèces piscicoles, il est douteux que nos rivières possèdent encore le moindre poisson après plusieurs siècles de cette exploitation intensive de l'énergie hydraulique.

Cela fait bientôt un millénaire que le régime de l'écoulement des rivières françaises (et européennes) est soumis à une forte influence anthropique, de même que son peuplement piscicole. Cette pression adaptative lentement mise en place a impliqué des évolutions progressives des espèces présentes dans les cours d'eau. Certaines se sont raréfiées, d'autres ont prospéré selon qu'elles étaient adaptées ou non au régime modifié de l'eau (changements de température, vitesse, minéralisation, oxygénation, etc.). Faute d'archives d'observation sur une très longue période, il est difficile de statuer sur la mesure de biodiversité et biocomplexité des biefs et retenues, a fortiori de déterminer le poids relatif de chaque facteur d'influence quand on soupçonne un appauvrissement biologique du cours d'eau.

L'influence progressive des ouvrages hydrauliques paraît moins dommageable que des pressions plus récentes et plus brutales : la surexploitation de pêche (surtout en Occident pendant la phase d'ascension démographique 1750-1950), la pollution massive par les effluents industriels, agricoles et ménagers, l'introduction d'espèces invasives et parasites au détriment des espèces patrimoniales, la multiplication des usages de l'eau en milieu urbain comme rural. Dans un des articles les plus cités de la littérature sur la question, David Dudgeon et ses collègues citent la fragmentation de l'habitat induite par la modification du flux comme l'un des facteurs de perte de la biodiversité en eau douce, mais non comme le facteur dominant (Dugeon et al. 2006).

Hiérarchiser les risques, et ne pas se tromper d'urgence
De l'avis général des chercheurs, ces questions de fragmentation de l'habitat aquatique sont sans doute importantes, mais elle sont aussi sans commune mesure avec une menace qui se profile à l'horizon et qui forme un risque de premier ordre pour la biodiversité : le changement climatique, et ses conséquences hydrologiques en particulier (modification rapide du cycle de l'eau à échelle régionale, étiages ou crues plus sévères, acidification des eaux, etc.).

Encore tout récemment, 22 chercheurs ont publié dans Nature un article montrant que la menace n°1 sur la biodiversité résidait dans des changements brutaux à seuil critique, et que parmi ces changements figure notre modification actuelle du cycle du carbone (Barnosky et al 2012). Dans cette hypothèse, on ne parle pas de la raréfaction de quelques espèces sur des cours d'eau, mais bien de pertes en biodiversité qui seraient comparables aux cinq grandes extinctions de l'histoire de la Terre.

Toute décision publique est fondée sur une hiérarchie des risques, des bénéfices et des opportunités. Concernant les ouvrages hydrauliques, il apparaît que leur capacité à limiter l'usage des énergies fossiles (donc l'effet de serre) est un avantage plus important que l'inconvénient éventuel de leur influence (déjà multiséculaire pour la plupart) sur la sédimentation ou le peuplement piscicole. C'est du moins une position que l'on peut déduire logiquement d'un très nombre d'articles scientifiques publiés ces dix dernières années.

Cela ne signifie pas qu'il faut accepter de manière conservatrice le statu quo : bien des ouvrages ne sont pas correctement entretenus (présence du propriétaire et vannage régulier, ou automatisation), certains sont laissés à l'abandon. Et dans le cas des barrages, des aménagements peuvent aisément améliorer la qualité écologique de l'eau.

Se réapproprier le ROE
Le référentiel des obstacles à l'écoulement est incontestablement un travail utile de l'Onema, et sa mise à disposition du public est une heureuse initiative, qu'il faut saluer. Il serait souhaitable que toutes les données primaires de l'Onema (campagnes de mesures) soient également accessibles, afin de pouvoir évaluer localement l'évolution récente des espèces sur les cours d'eau.

Le ROE permettra de débattre de son usage initialement prévu, à savoir l'état du transit sédimentaire et de la circulation piscicole. Et des aménagements à fin de continuité écologique seront bien sûr nécessaires sur les sites présentant des altérations manifestes du cycle de vie de certains poissons, ou des processus d'érosion-sédimentation.

Mais pour les associations, dont Hydrauxois, ce ROE servira également à deux autres usages non prévus par ses concepteurs : dresser une cartographie du patrimoine hydraulique régional ; produire un atlas hydroélectrique détaillé, notamment pour les PCH (petites centrales de puissance inférieure à 500 kW).

Si ROE signifie aujourd'hui référentiel des obstacles à l'écoulement, cette base pourrait aussi bien s'appeler « référentiel des opportunités énergétiques » ou « référentiel des ouvrages en danger ». Car ce qu'elle décrit, ce sont parfois des ouvrages qui représentent un héritage patrimonial important, sans être entretenus ni valorisés ; ou des ouvrages qui, produisant une certaine hauteur de chute et/ou un débit d'eau dévié du lit mineur, permettent une exploitation hydro-électrique locale.

Estimer le productible en petite hydroélectricité
Pour ce dernier point, on peut en effet réaliser une première estimation de puissance hydraulique en connaissant la hauteur de chute et le débit moyen au droit d'un ouvrage. La formule est :

ρ.g.H.Q

ρ (rho) représente la masse volumique de l'eau (1000 kg/m3), g la force de gravité (9,81 N/kg), H la hauteur brute (en mètre) et Q le débit moyen interannuel (en m3), le résultat étant en watt (W). On peut supprimer la masse volumique de valeur 1000, ce qui donne un résultat directement en kilowatt (kW)

Le productible final en énergie électrique est bien sûr plus complexe (il dépend des pertes en charge, des rendements de chaque élément de production, etc.), mais la puissance hydraulique brute du débit d'équipement donne déjà une bonne approximation du potentiel.

Il existe des estimations disponibles, par exemple dans les Schémas régionaux climat air énergie (SRCAE ) ou dans le travail important réalisé en 2011 par l'Union française de l'électricité (UFE 2011). Mais la méthodologie est différente et un travail de terrain mené sur la base des ouvrages hydrauliques existants sera complémentaire. Elle est aussi pour les associations l'occasion de découvrir toutes les facettes de leur territoire, certaines étant encore méconnues.

Un objectif : l'équilibre
Le Code de l'environnement (article L211-1) précise la pensée du législateur en appelant à une «gestion équilibrée» de la ressource en eau. L'équilibre sera le maître-mot d'Hydrauxois et il suppose une prise en compte multidimensionnelle de la qualité et de la valeur de l'eau : physique, chimique, biologique et écologique, bien sûr ; mais aussi historique, patrimoniale, paysagère, sociétale et énergétique.

vendredi 7 septembre 2012

Un forum incontournable pour les passionnés

Si vous êtes passionné(e) d'ouvrages hydrauliques, et particulièrement si vous envisagez une production d'énergie, le Forum de la petit hydroélectricité deviendra vite un site indispensable. Outre des offres de matériel d'occasion, des passionnés de France et de Belgique échangent leurs expériences. Les turbines classiques (Francis, Kaplan, Pelton) sont à l'honneur, mais on discute aussi sur le forum des modèles plus anciens (Fourneyron, Jonval, Fontaine, Singrün...) que certains restaurent, ainsi que des roues hydrauliques. Dans le domaine électrotechnique, des discussions très pointues permettent de résoudre certains problèmes d'installation ou de maintenance. Et, last but not least, beaucoup de propriétaires de moulins ou de petites usines témoignent de leurs expériences actuelles avec la police de l'eau (Onema, DDT) ou les diverses administrations. Un échange de bonnes pratiques très enrichissant, et très prometteur pour le renouveau actuel du patrimoine et de l'énergie hydrauliques!

mardi 4 septembre 2012

Le projet-pilote de Semur: un signal inquiétant pour l'Auxois-Morvan

Dans le Cercle Les Echos de ce jour, on peut lire ce jour une tribune très intéressante de Bertrand Lavaud sur les mauvais rapports entre patrimoine et écologie à Semur-en-Auxois. L’auteur reprend à son compte les arguments qui ont été développés au cours des derniers mois par un Collectif d’associations de la ville de Semur – Passe Pierre, Auxois Ecologie, Semur en Transition… et les particuliers qui ont fini par fonder Hydrauxois !

Sur la ville de Semur-en-Auxois, l’Onema et le Sirtava (syndicat de bassin versant) ont décidé dès 2006 de mener un « projet-pilote » de continuité écologique sur un petit barrage d’ancienne usine et deux glacis de moulins. L’étude de faisabilité (diagnostic, avant-projet sommaire) a été confiée à un cabinet d’études (Bief-Cariçaie).

Or, les associations locales ont constaté que l’étude présentait de graves lacunes, parmi lesquelles :
  • le règlement d’eau du barrage datant de 1891 (fondant le droit d'eau de la ville selon la loi de 1919) n’avait pas été retrouvé alors qu’il existait en préfecture ;
  •  le potentiel énergétique des sites n’avait pas été estimé afin que leurs propriétaires jugent en connaissance de cause ;
  • l’architecte du secteur sauvegardé de la ville, l’architecte des bâtiments de France et la DRAC n’avaient pas été saisis pour une estimation de la valeur patrimoniale des sites concernés ;
  • l’analyse environnementale se limitait à un seul prélèvement piscicole sur une seule période (sans aucune autre mesure écologique des retenues et biefs concernés) ;
  • l’étude ne proposait aucune simulation du bénéfice-risque écologique de chaque solution (aménagement ou effacement) ;
  • le régime d’écoulement ne faisait pas l’objet d’une modélisation numérique (évolution avant/après des étiages, des crues, etc.) ;
  • la seule solution suggérée pour le site principal (barrage) était l’effacement, sans proposition sur un aménagement ;
  • la seule solution financée par l’Agence de l’eau était l’effacement, sans aide aucune pour des dispositifs de franchissement ;
  • la solution favorisée consistait non seulement à effacer les ouvrages, mais à faire disparaître (dérocter) la base granitique de certains d'entre eux, conception pour le moins curieuse de la «renaturation» de l'Armançon ;
  • la concertation avait été réduite au strict minimum, et dans un langage très peu accessible aux citoyens (il n’avait pas été dit clairement aux habitants que la solution consistait dès le départ à détruire le patrimoine de leur ville).

Aux yeux de l’association Hydrauxois, la manière dont ce projet-pilote a été mené est très inquiétante pour la politique de continuité écologique en Auxois-Morvan. 

Les spécialistes de ces questions, comme par exemple Jean-René Malavoi et Damien Salgues (Arasement et dérasement de seuils. Aide à la définition du cahier des charges pour les études des compartiments hydromorphologie et hydroécologie, Onema-Cemagref 2011, pdf), posent des exigences beaucoup plus strictes sur la qualité des études requises avant de décider de la destruction d’ouvrages hydrauliques à fin de continuité écologique.

Et au-delà des hydrophysiciens et hydrobiologistes, qui possèdent une certaine vision de l’eau dans leur domaine de compétence, les solutions d’aménagement ou d’effacement doivent impérativement mobiliser une approche pluridisciplinaire afin que soient également prises en compte les dimensions patrimoniales, historiques, culturelles, sociétales et énergétiques des sites concernés.

L’association Hydrauxois travaille à la prochaine publication d’un Guide de la continuité écologique, intégrant un questionnaire évaluatif de qualité. Ce document sera diffusé aux maîtres d’ouvrage publics et privés. Il servira de base de concertation avec les syndicats de bassin versant, l’Onema, les DDT et les Agences de l’eau. Hydrauxois espère bien sûr que cette concertation sera fructueuse, car la continuité écologique est un enjeu passionnant et important pour nos rivières. Mais elle ne se réalisera pas sur la base d'une négation des autres enjeux-clés que représentent le patrimoine et l'énergie hydrauliques.


lundi 3 septembre 2012

Journées du patrimoine

A l'occasion des Journées du patrimoine (15 et 16 septembre 2012), vous pourrez notamment visiter dans notre région :
Moulin du Foulon, à Arnay-sous-Vitteaux ; Grandes forges de Buffon ; Moulin forge de Noiron-sur-Bèze ; Moulin de Vernusse, Saint-Pierre-en-Vaux ; Forges du Val Suzon ; Moulin Chevalier, Messanges ; Centre du Toueur, Saint-Léger-des-Vignes ; Les sept écluses de Rogny.

samedi 1 septembre 2012

VTA du barrage de Semur-en-Auxois

Des membres de l'association Hydrauxois ont participé, le 28 août dernier, à la visite technique approfondie (VTA) du barrage de Semur-en-Auxois. Cette VTA a été réalisée par le bureau d'études Somival, qui assure déjà le suivi technique d'autres barrages dans la région (Pont, Grosbois-en-Montagne, etc.).

La VTA est une inspection obligatoire, à période décennale pour les barrages de classe D (moins de 5 mètres). Dans le cas particulier du barrage de Semur, menacé de destruction par un projet d'aménagement porté par le Sirtava, le compte-rendu de la visite technique permettra une évaluation objective de l'état du génie civil, et des éventuels travaux de mise en conformité du site si le maître d'ouvrage (Commune de Semur) choisit plutôt un aménagement. Cette dernière solution est défendue par Hydrauxois et par le Collectif de sauvegarde rassemblant plusieurs autres associations semuroises (Passe-Pierre, Auxois Ecologie, Semur-en-Transition). Rappelons que plus de 700 persones ont déjà signé la pétition pour le maintien et la restauration du barrage.

Lire l'article du Bien Public.