22/10/2020

Les saumons rapetissent, même dans des rivières sauvages (Oke et al 2020)

Sur les cinq espèces de saumons du Pacifique qui remontent les cours d'eau en Alaska, quatre ont diminué de taille au cours des 60 dernières années, expliquent des chercheurs ayant analysé plus de 12 millions de relevés. Une question liée à l'âge: les saumons remonteraient de plus en plus jeunes dans les rivières de leur naissance. Le réchauffement des océans et la modification des compétitions alimentaires pourraient être des facteurs expliquant le phénomène. Il est notable que même dans les rivières assez sauvages de l'Alaska, les espèces sont soumises à des évolutions plus globales que la seule disponibilité de l'habitat d'eau douce. A l'âge de l'Anthropocène, toutes les conditions de la nature changent...

Un groupe de 17 chercheurs des universités de Californie et d'Alaska a examiné les changements de taille corporelle de quatre espèces de saumon du Pacifique (Oncorhynchus spp.), en rassemblant une base de données sur 60 ans (1957-2018) de mesures de taille et d'âge de 12,5 millions de poissons mesurés individuellement. Cette échelle spatiale et temporelle unique leur a permis de mener l'une des études les plus complètes pour quantifier les baisses de la taille corporelle chez plusieurs espèces et identifier les mécanismes causaux potentiels, mais aussi quantifier les conséquences écologiques et socio-économiques de ces baisses de taille observées. 

L'étude est menée sur 4 espèces présente dans l'État de l'Alaska : le saumon quinnat ou royal (Oncorhynchus tshawytscha), le kéta (O. keta), le coho (O. kisutch) et le sockeye (O. nerka).

Voici le résumé de leur travail :

"Les baisses de la taille corporelle des animaux sont largement signalées et ont probablement un impact sur les interactions écologiques et les services écosystémiques. Pour les espèces exploitées sujettes à de multiples facteurs de stress, une compréhension limitée des causes et des conséquences des baisses de taille empêche la prévision, la prévention et l'atténuation. Nous soulignons les déclins généralisés de la taille du saumon du Pacifique sur la base de 60 années de mesures effectuées sur 12,5 millions de poissons à travers l'Alaska, la dernière région de production de saumon d'Amérique du Nord en grande partie sauvage. Le déclin de la taille du saumon, principalement dû au changement de la structure par âge, est associé au climat et à la concurrence en mer. Par rapport au saumon maturant avant 1990, la taille réduite du saumon adulte après 2010 a potentiellement entraîné des pertes substantielles pour les écosystèmes et les personnes; pour le saumon quinnat (royal), nous avons estimé les réductions moyennes par poisson de la production d'œufs (−16%), du transport des nutriments (−28%), de la valeur de la pêche (−21%) et des ressources pour les populations rurales (−26%). La réduction de la taille des organismes est une préoccupation mondiale et les tendances actuelles peuvent présenter des risques importants pour la nature et les personnes."

Ce graphique montre les tendances de la longueur (a), de l'âge moyen en eau douce (b), de l'âge moyen en eau salée (c) des individus des quatre espèces. Il semble que les saumons tendent à accélérer leur cycle de vie, donc avec un moindre grossissement. C'est le cas en particulier du saumon quinnat.

L'avancement de l'âge de frai des saumons réduit le temps que ceux-ci passent dans l'océan (jusqu'à 7 ans pour certaines espèces), période durant laquelle ils se nourrissent et grossissent. Plusieurs facteurs semblent jouer, dont au moins deux sont suspectés: le changement climatique réduisant la période de temps que les poissons passent au large et avançant leur maturité sexuelle (appauvrissement des ressources alimentaires nécessaires disponibles dans l'océan, ralentissement du métabolisme et de la croissance), hausse de la concurrence dans l'océan causée par la prolifération d'autres espèces en compétition pour des ressources.

Référence : Oke KB et al (2020), Recent declines in salmon body size impact ecosystems and fisheries, Nature Communications 11, 4155

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