03/10/2020

"Nous ne serons jamais d'accord sur certains sujets, notamment les moulins" : l'aveu des bureaucrates de la casse du patrimoine

Pour faire face au rapport très critique du CGEDD rendu public en 2017 et à la fronde des parlementaires excédés par la destruction des barrages, moulins, étangs et autres ouvrages hydrauliques, le comité national de l'eau avait réuni un "groupe de travail continuité écologique". Celui-ci s'est révélé un monologue de la direction eau et biodiversité (DEB) du ministère de l'écologie, écartant toute objection à son programme raté de continuité écologique. Dernier coup de maître : il est proposé par la DEB de ne plus parler du tout des moulins! Les fédérations concernées apprécieront. Pour Hydrauxois et la coordination Eaux & rivières humaines, cette nouvelle provocation n'est qu'une confirmation supplémentaire du rôle réel de ce groupe de travail : étouffer les critiques de fond de la continuité, faire croire qu'il existe une concertation, endormir la vigilance des élus face aux dérives des hauts fonctionnaires. Arrêtons de perdre du temps dans cette diversion, travaillons à la défense juridique des sites menacés ainsi qu'à l'information des élus sur les manipulations de l'information par l'administration eau et biodiversité. 

Est-il encore besoin d'aller faire de la figuration au comité national de l'eau pour donner un semblant de légitimité aux casses "apaisées" de la continuité "apaisée"? Certains devraient se poser la question. (© Ouest-France). 

Le comité national de l'eau met en ligne les comptes-rendus synthétiques de ses travaux. Dans les discussions du dernier groupe de travail "continuité écologique" (réuni en mars 2020), voici ce que l'on peut lire de la part de la directrice adjointe de l'eau et de la biodiversité du ministère de l'écologie:

"Nous ne sommes pas d’accord sur tout certes, mais tel n’est pas l’objectif et il serait illusoire de prétendre parvenir à un consensus. En effet, nous ne serons jamais d’accord sur certains sujets, notamment sur les moulins. Par conséquent, il serait vain de continuer à aborder ces sujets dans le cadre de groupes de travail. Je tiens à saluer les efforts des associations de moulins et de riverains à parler d’une même voix, ce qui permet notamment d’éviter la dispersion des échanges."

Message stupéfiant : merci aux fédérations de moulins d'avoir participé, mais comme nous ne serons jamais d'accord avec vous, vous aurez la gentillesse de parler seulement des sujets que nous choisirons désormais. On sait que la technocratie française se caractérise par sa verticalité, son autoritarisme et son mépris de "ceux qui ne sont rien", mais on est toujours surpris d'en trouver de temps en temps l'expression la plus directe et la plus assumée.

Tout cela clôt ou devrait clore la farce de la "continuité écologique apaisée", gadget de communication mis au point par la haute administration pour neutraliser les critiques croissantes dont elle est l'objet.

Au cours du seul été 2020, fort loin de tout apaisement, une série de décisions venant du ministère de l'écologie et de ses représentants en agences de l'eau a organisé la facilitation réglementaire et financière de la destruction des ouvrages, l'exclusion de leur représentants des instances de délibération et décision  :

Un an plus tôt, le décret du 3 août 2019 (attaqué au conseil d'Etat par Hydrauxois et la FFAM) a donné une définition délirante d'un obstacle à la continuité écologique, définition au terme de laquelle un barrage d'embâcles ou de castor seraient des réalités non réglementaires et négatives pour l'écologie... quoique fort naturelles pourtant

A cela s'ajoute que le processus de priorisation des rivières au titre de la continuité, qui devait être co-construit et justifié techniquement par l'administration, a finalement été présenté comme un fait accompli sans aucune rigueur scientifique dans la justification.

Bilan: les casseurs ont gagné du temps et laissé croire que des fédérations de moulins ou de riverains les soutenaient désormais

Nous appelons à nouveau l'ensemble des acteurs à rompre avec ce jeu de dupes, afin de ne plus donner le moindre semblant de vernis démocratique à des processus administratifs qui en sont fondamentalement dépourvus. Partout en France, des associations, des collectifs et des élus se mobilisent contre la poursuite de la casse des ouvrages hydrauliques par des bureaucraties de l'eau à la solde des lobbies : c'est vers ces acteurs que doivent se diriger les énergies, ce sont ces acteurs qui ont besoin d'aides financières, de conseils juridiques, de soutiens médiatiques, de saisines des politiques nationaux, de mobilisation militante. 

La direction de l'eau et de la biodiversité du ministère de l'écologie a choisi un dogme de renaturation des rivières. Elle n'en changera pas de manière endogène, par le simple effet de la discussion. On ne résout pas un problème avec les croyances, les personnels et les mécanismes qui l'ont provoqué.

Dans les premiers temps de la continuité apaisée, nous avions écrit à Simone Saillant et Claude Miqueu (en charge de ce dossier au CNE) que le préalable à tout apaisement était simple: la reconnaissance de la valeur des ouvrages hydrauliques. Cette reconnaissance n'est jamais venue, donc nous avons compris le caractère biaisée de la démarche. 

La DEB peut utiliser tous les euphémismes et tous les sophismes pour le dissimuler, mais sa croyance profonde reste que le seul bon ouvrage en rivière est l'ouvrage qui n'existe pas ou qui n'existe plus. Elle peut tolérer avec répugnance quelques-uns de ces ouvrages, mais en y mettant tant de conditions règlementaires que la plupart seront en fait intolérables. Un autre combat est ici à mener : expliquer que cette vision radicale de l'écologie et de la conservation de la biodiversité est déjà dépassée, montrer que la renaturation des rivières prise comme un dogme à appliquer partout produira des effets négatifs (comme on le voit d'ores et déjà lors des sécheresses), exposer la réalité des moulins, étangs et autres ouvrages hydrauliques qui a été défigurée par une propagande militante de certaines administrations et de certaines associations. 

Beaucoup de travail, donc. Mais pas au CNE pour s'entendre dire que le seul ordre du jour est celui fixé par les bureaucrates et les lobbies de la destruction des patrimoines des rivières. 

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