22/11/2020

Le syndicat de la Sarthe SM SEAU déploie le bourrage de crâne pour justifier la casse des ouvrages en rivière

Souhaiter une continuité écologique "apaisée" mais persister dans la diabolisation des ouvrages, la diffusion d'informations incomplètes et trompeuses à leur sujet, l'appel à leur disparition? Cela ne marchera pas. Nous avons besoin d'un nouveau discours public de l'eau et de la rivière, pas de communication superficielle et mensongère. Ainsi dans l'actualité, un syndicat essaie d'obtenir du préfet une déclaration d'intérêt général (DIG) pour des travaux sur le Rhonne, l’Orne Champenoise, la Vézanne et le Fessard, pour un total de 2,98 millions d'euros d'argent public. Le volet sur les ouvrages hydrauliques et la continuité en long est un copier-coller paresseux des dogmes contre les retenues, canaux et plans d'eau, sans aucune prise en compte des évolutions des connaissances scientifiques ni des débats entre les experts de ces questions, sans aucune donnée de terrain analysant ces milieux avant de définir des choix. Nous ne pourrons pas parvenir à un apaisement sur cette question si l'administration valide des dogmes sans consistance menant à dilapider l'argent public de l'écologie dans des travaux sans lien à l'intérêt général et sans ciblage sur les premiers facteurs qui dégradent l'état des cours d'eau et plans d'eau. Les riverains et leurs associations doivent donc refuser ces DIG en enquête publique et aller en justice, car avec le décret scélérat du 30 juin 2020, il n'est plus possible ensuite d'exiger des études d'impact sur chaque casse de moulin, étang ou plan d'eau entraînant la destruction des milieux, fonctions, usages et potentiels liés à ces ouvrages. 


Le Syndicat mixte Sarthe Est Aval Unifié (SM SEAU) organiser une enquête publique pour un projet de travaux de restauration des milieux aquatiques sur les bassins versants du Rhonne, de l’Orne Champenoise, de la Vézanne et du Fessard.

Le syndicat veut obtenir une déclaration d'intérêt général (DIG) et une autorisation environnementale unique. Depuis le décret scélérat du 30 juin 2020, ce moment de la procédure est le seul où les citoyens peuvent s'exprimer. Si le préfet valide la DIG et l'autorisation environnementale dans un arrêté, alors le syndicat et ses exécutants pourront détruire à volonté des ouvrages et des milieux sans avoir à faire d'étude d'impact local ni à soumettre le projet aux citoyens concernés dans le cadre d'une procédure transparente.

Le syndicat mixte SM SEAU propose de donner la prime à l'effacement des ouvrages hydrauliques. 

Il  justifie ses mesures par des propos très généraux et très manipulateurs, dont voici l'exposé :
"Le diagnostic réalisé sur le territoire a mis en avant la présence de plusieurs ouvrages ou plans d’eau impactant la continuité écologique et plus généralement la qualité habitationnelle de la rivière.
Note : La régularité administrative n’est pas avérée pour chacun de ces ouvrages ou plans d’eau, des recherches seront effectuées afin d’identifier ceux qui seraient illégaux.
La présence d’ouvrages hydrauliques et de plans d’eau implantés en travers ou en dérivation du cours d’eau présente de nombreux impacts négatifs. Ces impacts sont proportionnels à l’envergure de l’ouvrage et du plan d’eau (hauteur de chute, surface du miroir d’eau...) et aux caractéristiques du cours d’eau.
En effet, ils peuvent être à l’origine :
− d’une aggravation du phénomène d’eutrophisation et d’une altération de la qualité de l’eau sur les portions aval du cours d’eau (augmentation de la température et de la matière organique, diminution de l’oxygène dissous) ;
− d’un effet d’obstacle pour les poissons en migration et de morcellement des populations ;
− d’un piégeage dans la retenue des sédiments grossiers (sables, graviers, blocs) et des limons (envasement progressif) et donc d’un déséquilibre hydro- sédimentaire à l’échelle de la rivière, avec une accentuation des phénomènes d’érosion plus en aval ;
− d’une homogénéisation des milieux aquatiques avec une modification des peuplements piscicoles et des macro-invertébrés (espèces polluo-résistantes) et une disparition des zones de fraie et de développement des juvéniles pour certaines espèces sensibles à la qualité du substrat (truites, vairons, chabots...) ;
− d’une augmentation des inondations à l’amont et des étiages à l’aval. 
Ces ouvrages et plans d’eau vont à l’encontre du bon état écologique des cours d’eau."
Cette justification reprend tous les dogmes de la continuité écologique et représente un bourrage de crâne. La coordination nationale Eaux & rivières humaines a publié un dossier de 100 recherches scientifiques récentes, en France et en Europe, dont beaucoup concernent des ouvrages et plans d'eau. Il ressort de ces travaux de recherche que 
  • Les milieux créés par les ouvrages hébergent de la biodiversité.
  • La biodiversité des bassins versants évolue depuis des millénaires sous influence humaine, dans le cadre d’une « socio-nature », rendant illusoire la définition administrative d’un « état de référence ».
  • Les ouvrages anciens et de petites dimensions ont souvent des impacts faibles à nuls sur le transit des sédiments ou la circulation des poissons grands migrateurs.
  • Les ouvrages, en particulier les chaines d’ouvrages de type moulins et étangs, assurent une retenue d’eau sur les bassins (surface, nappe), leur disparition altérant ce service environnemental.
  • Les pollutions et les usages des sols du bassin versant ont des effets beaucoup plus marqués sur la dégradation de l’eau que la morphologie du lit.
  • Au sein de la morphologie, les densités de barrages ont des effets faibles à nuls sur la qualité de l’eau et des milieux, voire un certain nombre d’effets positifs mesurés dans divers travaux (dépollution et hausse de biodiversité bêta du bassin en particulier).
  • La restauration écologique, et en particulier morphologique, des rivières est confrontée à des résultats incertains, parfois des échecs.
  • Les effacements d’ouvrages hydrauliques ont parfois des effets négatifs avérés : incision des lits, pertes de milieux (zones humides, ripisylves), pollutions, disparition d’aménités culturelles.
  • Les politiques de rivières sont en déficit de reconnaissance des aspirations des citoyens et des dimensions multiples de l’eau, avec certaines expertises qui ont des biais manifestes mais sont mises en avant sans débat par les gestionnaires.
  • Les résultats en écologie aquatique sont contextes-dépendants (contingents) et cela interdit de faire des prescriptions généralistes sur les ouvrages et leurs milieux, le cas par cas (vue intégrée par site, par rivière, par bassin) étant une absolue nécessité pour ne pas engager des résultats négatifs.
L'association Hydrauxois a donc donné un avis négatif à cette enquête publique. Elle se réserve l'opportunité de requérir en justice avec d'autres plaignants l'annulation d'un arrêté préfectoral qui validerait la présentation mensongère des enjeux de l'eau aux citoyens. Nous appelons toutes les associations de défense des riverains, des rivières et des ouvrages à participer systématiquement aux enquêtes publiques de DIG des syndicats et, si besoin, à ester en justice pour obtenir l'annulation de l'arrête préfectoral qui en découle.

Le gouvernement prétend qu'il va développer la "continuité écologique apaisée". Mais depuis 20 ans, les administrations et les experts de ce gouvernement développent un discours faux et militant de diabolisation systématique des ouvrages hydrauliques, discours que l'on trouve répliqué paresseusement par les syndicats de rivière et les bureaux d'études à qui ces syndicats sous-traitent la justification de leurs travaux.

Nous ne connaîtrons aucun apaisement sur la question des ouvrages hydrauliques tant que l'idéologie de la préférence systématique à la destruction des moulins, forges, étangs, canaux, plans d'eau et zones humides d'origine humaine sera à l'oeuvre dans les choix publics, nationaux comme locaux. 

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