mardi 1 octobre 2013

Réchauffement climatique: le Conseil scientifique de l'Agence de l'eau Seine-Normandie appelle à la prudence sur les effacements d'ouvrages hydrauliques

Alors que le GIEC publie son cinquième rapport sur le réchauffement climatique, le Conseil scientifique de l'Agence de l'eau Seine-Normandie a émis un avis très intéressant à ce sujet.

Le Conseil note que plusieurs projets scientifiques ont été menés sur ce thème : GICC-Seine, REXHYSS, Explore 2070, ClimaWatt. Il en ressort que si le bassin de Seine-Normandie ne sera probablement pas le plus touché par le changement climatique d'origine anthropique, il devra néanmoins faire face à des perturbation hydrologiques : événements extrêmes plus fréquents de la distribution des précipitations et des températures (sécheresse et canicule, ou au contraire inondations et crues). A cela s'ajoute une pression démographique et économique prévisible sur les prélèvements de la ressource en eau.

Sur la question qui intéresse notre association, la Conseil scientifique de l'Agence avance une observation de première importance : "Une réflexion pourrait être menée sur la mise en cohérence des politiques soutenues dans le cadre du SDAGE ; ainsi par exemple une politique d’arasement des ouvrages est en œuvre, alors que les ressources en eau vont diminuer".

Cette remarque est déjà faite par de nombreux meuniers et usiniers qui, vivant au bord des rivières, font remarquer que leurs biefs sont souvent les dernières ressources lors des étiages sévères. Mais ces témoignages ne sont pas entendus. Gageons que la légitimité incontestable du Conseil scientifique de l'Agence de l'eau Seine-Normandie aura plus de poids, et que les autorités en charge de l'eau seront amenées à reconnaître très rapidement la nécessité d'un moratoire sur l'effacement des ouvrages hydrauliques.

Cette politique d'effacement n'est pas seulement douteuse quant à la priorité de l'action publique sur les causes réelles de dégradation des rivières : elle pourrait bien se révéler dangereuse pour les milieux et les sociétés.

Ajout du 9 octobre : l'Onema et Irstea viennent de publier une étude très intéressante sur l'évolution des débits des rivières en situation de changement climatique : cliquer ici. Ce travail a été mené sur 236 stations hydrométriques et sur la période 1968-2007. Il montre que certaines rivières du Sud de la France ont une évolution statistiquement significative vers des étiages plus sévères.  Cette détection n'est assortie d'aucune attribution – au sens où aucun modèle climatique n'a produit des simulations pour contrôler les causes de ces évolutions (forçage radiatif anthropique, variations naturelles du régime AO-NAO, mixte des deux).

A lire
Conseil scientifique AESN (2013), Le changement climatique sur le bassin Seine-Normandie, Avis.
Observatoire de la continuité écologique (2013), La continuité écologique au risque des crues, inondations et étiages. Pour une évaluation systématique du risque lié à la modification des obstacles à l’écoulement (seuils, barrages, digues…)

Illustration : barrage du lac de Saint-Agnan (Cousin, Yonne, bassin Seine Amont)

3 commentaires:

  1. Je trouve etonnant de vehiculer un mesage precisant que les retenues de nos moulins auraient un impact favorable sur la ressource en eau (quantite) alors quelles ne stocke q un tres faible volume qui de plus est largement soumis a l evaporation. Le parallele est egalement valable pour les crues, les ouvrages
    etant pleins ils ne contribuent en aucun cas a la luttte contre l innondation.

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  2. C'est plutôt la fonction de réserve ultime quand il y a des stress hydriques importants pour les milieux naturels. Le fait est que certaines opérations de "restauration écologique" ont conduit à des mortalités sévères (cf Moline du Grand Troyes) et cela justement à l'occasion de régimes extrêmes de précipitation que l'on a attribué au changement climatique.

    Sinon le meilleur moyen d'évaluer des risques, c'est de les modéliser. Ce que l'on fait pour le changement climatique, justement. Mais certains préfèrent financer les tractopelles du BTP plutôt que les laboratoires de la recherche académique, bien que le défaut de connaissances robustes soit couramment reconnu.

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  3. A propos des étiages, voir cette nouvelle étude qui détecte de premières tendances significatives 1967-présent sur plusieurs bassins, vers la sévérité :
    http://www.onema.fr/IMG/pdf/debits-des-rivieres.pdf

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