mardi 6 septembre 2016

Sur le taux d'équipement énergétique des rivières

La petite hydro-électricité fait partie des énergies renouvelables soutenues au plan régional, national et européen. Mais alors que le potentiel des ouvrages hydrauliques en place et celui de la pente naturelle de la rivière sont largement sous-exploités, les gestionnaires de rivière négligent le plus souvent cette dimension, traitée à la va-vite ou ignorée. Officiellement soutenue, l'hydro-électricité est regardée par certains comme un problème au lieu d'une opportunité, ce qui entrave son dynamisme. Pourtant, dans les zones rurales, les cours d'eau recèlent une capacité de production énergétique non négligeable par rapport à la population. Le taux d'étagement des rivières visant à restaurer de la pente naturelle, c'est un angle intéressant ; mais si l'on parlait un peu de leur taux d'équipement, horizon lui aussi légitime à l'heure de la transition énergétique? 

Un point est notable dans les différents chantiers d'effacement que nous avons critiqués cet été en Nord Bourgogne (Tonnerre, Perrigny-sur-Armançon, Avallon, Belan-sur-Ource, Buncey) : à aucun moment le gestionnaire ou le propriétaire n'a sérieusement envisagé l'exploitation hydro-électrique des sites concernés. L'argument avancé quand on soulève la question revient toujours un peu au même : le site serait "non-équipable" ou "non-rentable", cela sans étude préalable.



Faisabilité : presque tout site hydraulique peut produire de l'énergie
Au plan de la faisabilité, il est possible d'exploiter énergétiquement tout flux d'écoulement, hier comme aujourd'hui, qu'il s'agisse de récupérer l'énergie cinétique d'un courant et/ou l'énergie potentielle d'une chute. Il existe de longue date des roues et des turbines, plus récemment des hydroliennes et des vis d'Archimède, et des pompes-turbines pour les réseaux d'eau. Un équipement sera toujours adaptable pour produire de l'énergie mécanique (puis électrique ou chimique) à partir de l'énergie hydraulique.

Au demeurant, les sites effacés sont généralement des sites de moulins ou usines à eau : cela implique l'existence d'une production historique et la possibilité d'une production future. C'est d'autant plus vrai que, pour la partie électrotechnique, il est aujourd'hui possible de produire du courant à partir d'une vitesse de rotation lente, de manière assez compacte, avec un minimum de multiplication. L'évolution technologique rend donc l'exploitation des chutes plus accessible aujourd'hui qu'hier, elle n'est pas un facteur limitant.

Rentabilité : un critère à analyser sur chaque cas, et à relativiser pour l'énergie renouvelable
Au plan de la rentabilité des projets, l'argument est davantage fondé. Un équipement de basse chute est généralement plus difficile à rentabiliser sur un délai court qu'un équipement de haute chute. En particulier pour la très petite hydraulique des têtes de bassin non montagneuses. Sa puissance (quelques kW à dizaines de kW) et son productible (quelques milliers à dizaines de milliers de kWh) sont de l'ordre de grandeur de toitures de quelques dizaines à centaines de mètres carrés de panneaux solaires. C'est modeste, avec davantage de surveillance que le photovoltaïque mais des tarifs de rachat moins intéressants (le kWh hydraulique est racheté environ deux fois moins cher que le kWh solaire, ledit tarif de rachat étant un soutien public aux énergies renouvelables).

Cela étant dit, l'argument de la rentabilité est à étudier sur chaque cas. Il dépend beaucoup de la nature des sites, du sérieux dans le benchmarking de chaque poste (qui éviterait les surfacturations si souvent observées dans des marchés publics), de la possibilité d'automatiser le site, de la proximité du raccordement, des dispositions du maître d'ouvrage, de la complexité du dossier réglementaire, etc. Aussi du taux de retour que l'on attend sur le capital investi (les attentes très gourmandes de certains investisseurs privés n'étant pas forcément celles des collectivités, des syndicats d'énergie ou des coopératives, par exemple).

Par ailleurs, l'énergie n'est pas considérée comme un bien marchand pur et réductible à sa dimension de rentabilité. Elle est centrale pour la collectivité, stratégique pour son gouvernement, indispensable pour chaque individu, soumise à divers arbitrages ne relevant pas de la seule profitabilité (pollution, changement climatique, cadre de vie, sécurité). Si les énergies renouvelables devaient aujourd'hui se déployer sans aucun autre débouché que le prix de gros du MWh sur le marché européen de l'électricité, bien peu de projets verraient le jour en solaire, éolien, hydrolien, géothermie ou biomasse.

Il en résulte que la rentabilité du kWh produit n'est pas le seul critère à estimer. Au demeurant, le bilan de nombreuses mesures d'écologie des rivières est plutôt mauvais en analyse coût-bénéfice ou en services rendus aux riverains par les écosystèmes, cela n'empêche pas des investissements. Il serait curieux que les mêmes personnes raisonnent en pure rentabilité sur l'énergie renouvelable quand elles se montrent parfois si indifférentes à cette dimension dans leurs choix de dépense publique.

Le potentiel hydraulique des rivières est sous-exploité aujourd'hui
On entend souvent dire que l'essentiel du potentiel hydro-électrique serait déjà exploité. Cet argument est tout simplement faux quand on raisonne à la dimension des rivières et de leurs ouvrages. Si l'on prend les rivières concernées par les effacements en Nord Bourgogne – Seine, Ource, Armançon, Cousin –, il est aisé de constater au contraire que :
  • 90 % des ouvrages existants sont aujourd'hui sans production énergétique, donc la chute artificielle existe mais dépourvue d'usage;
  • le taux d'étagement des rivières (proportion de pente impactée par les ouvrages par rapport à la pente totale) se situe entre 30 et 60 %, donc il reste une marge importante d'écoulement aménageable.
Au final, l'essentiel du potentiel énergétique de ces cours d'eau – comme de la majorité des rivières françaises – n'est pas exploité aujourd'hui, alors qu'il l'était bien davantage hier, à l'époque de l'hydraulique ancienne des moulins. C'est un paradoxe : notre époque se gargarise de transition énergétique ni fossile ni fissile, mais elle n'est pas capable d'utiliser correctement l'une des plus anciennes sources naturelles d'énergie, que les générations précédentes maîtrisaient déjà. Et cela alors même que les infrastructures de génie civil (seuils, chaussées, barrages, biefs, canaux, chambres d'eau) sont souvent en place, ce qui limite le coût économique (et le coût carbone) des projets.

La transition énergétique : une question de mentalité
La transition énergétique, c'est aussi une question de mentalité. Certaines habitudes ont été prises au cours du siècle écoulé, à l'âge de l'abondance et de l'insouciance : attendre passivement l'énergie produite "ailleurs", si possible dans des centrales de grande puissance ; croire que les sources actuelles seront plus ou moins éternelles ou que de nouvelles sources seront très vite disponibles et à très bas prix (biais d'optimisme constant et constamment démenti dans l'histoire de l'énergie) ; ne pas penser aux risques présents ou futurs liés à certaines de ces sources d'énergie ; considérer que la transition, c'est important mais c'est pour les autres, c'est-à-dire qu'il n'est pas urgent ni même utile de réfléchir à la production et à la consommation locales. Plus basiquement encore, ne pas bien connaître les ordres de grandeur de l'énergie, ce qui pousse à des propos ou à des attentes peu réalistes.

Dans la vie moderne, chaque individu a besoin d'une énergie finale utile de 80 à 100 kWh par jour (en France). En réduisant progressivement ce chiffre grâce à une politique volontariste et continue de réduction de la consommation, il resterait comme objectif 50 kWh à produire pour chacun et pour chaque jour (en incluant tout, éclairage, chauffage, transport, besoins domestiques, etc., mais en excluant le solde des biens que nous importons par rapport à ceux que nous exportons, biens qui pèseraient sur ce budget en énergie s'ils étaient produits localement).

Donc pour fixer les idées : on cherche une puissance de 2 kW en permanence au service de chaque habitant. Il est possible de produire cette énergie localement, en particulier dans les zones rurales qui ont l'avantage d'avoir beaucoup d'espace et peu d'habitants, au contraire des villes (les zones rurales peuvent non seulement produire leur énergie, mais aussi en exporter vers les villes). Encore faut-il y mettre les moyens. Car 2 kW, cela ne paraît pas beaucoup... mais en permanence et pour tout le monde, ce n'est pas rien.



Un exemple : le Cousin à Avallon
Prenons l'exemple de la commune d'Avallon, dont la municipalité souhaite effacer trois de ses seuils. Sur le territoire de la commune (de Méluzien aux Ruats), le Cousin a une chute totale d'environ 50 m et pour un débit moyen d'environ 5 m3/s. La puissance totale brute est de l'ordre de 2500 kW. En exploitant la moitié seulement de la chute (pour laisser autant d'écoulements naturels) puis en prenant un facteur de charge et rendement de 40 % (incluant l'absence de turbinage à débit trop fort ou trop faible), il serait possible de développer environ 500 kW de puissance hydraulique sur le territoire communal. Soit l'énergie pour un peu plus de 250 de ses habitants (environ 4% de la population d'Avallon).

Si l'on n'a pas bien compris (ou accepté) le sens de la transition énergétique, on dira: "c'est négligeable, faisons venir l'énergie d'ailleurs, par exemple du projet éolien de Cussy-Saint Magnance, et laissons la rivière tranquille". En fait, il n'y a rien de "négligeable" à produire une énergie très bas carbone pour des centaines de personnes à partir d'une seule source entièrement locale. Il n'est pas très avisé d'encourager les gens à toujours attendre que l'énergie vienne d'ailleurs. Et quand certains veulent laisser la rivière "tranquille", d'autres veulent sauvegarder un paysage "intact" (c'est-à-dire qu'aucune source d'énergie ne convient à tout le monde). De surcroît, le parc éolien en question produira l'énergie pour 1200 personnes (selon nos critères ci-dessus, 12000 kW de puissance à facteur de charge 0,2 dans le cas de l'éolien de plaine en Bourgogne et pour 2 kW de besoin individuel), donc si l'on soustrait les habitants concernés sur les 2 communes du projet (700), il n'en resterait "que" l'équivalent de 500 habitants pour Avallon… un chiffre finalement pas très éloigné du potentiel de couverture hydraulique (d'autant qu'il y a d'autres communes à alimenter avant Avallon autour du projet éolien).

A noter : nous avons pris Avallon comme exemple, qui est une zone plutôt "peuplée" de notre région par ailleurs peu dense. Le potentiel hydraulique du Cousin est sensiblement le même sur le territoire de la commune de Magny à l'amont (débit plus faible, chute plus importante), mais comme il n'y a que 860 habitants, l'hydraulique pourrait fournir environ le tiers de l'énergie locale dans ce cas.

Conclusion : le taux d'équipement des rivières, un objectif que le gestionnaire doit intégrer
Au fond, la question est de savoir s'il est bon que notre société encourage le développement de la petite hydro-électricité. Certains pensent le contraire (c'est leur droit) et ils sont nombreux dans le milieu particulier des gestionnaires de la rivière. D'autres (dont nous sommes) considèrent que la petite hydraulique a des avantages évidents, assez peu d'opposants farouches dans la société, moins d'impacts sociaux, sécuritaires, territoriaux et environnementaux que l'implantation de la grande hydraulique, donc qu'elle est légitime à condition de contrôler ses impacts écologiques.

Au demeurant, des choix publics sont plutôt favorables à cette petite hydro-électricité : le Schéma régional climat air énergie de Bourgogne a prévu son développement (qui est donc soutenu par le Conseil régional et l'Ademe), les appels d'offres du Ministère de l'environnement concernent désormais également les sites hydro-électriques de petite puissance, le paquet énergie climat de l'Union européenne (directives 2009 révisées en 2014) inclut bien sûr l'hydro-électricité dans la production encouragée d’énergie à partir de sources renouvelables.

Dans ces conditions, il serait bon d'intégrer plus systématiquement le développement du potentiel hydro-électrique dans la réflexion et l'action en rivière. Certains défendent l'objectif de taux d'étagement pour garantir que la rivière conserve une quantité suffisante de zones d'écoulement "naturel" (à tout le moins non modifié longitudinalement, car un écoulement est par ailleurs "dénaturé" de nombreuses manières). Ce n'est pas absurde en soi, à condition que les taux en question ne soient pas un nouveau gadget dogmatiquement imposé, mais un outil fondé dans sa motivation, argumenté dans sa fixation et concerté dans sa réalisation. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas leur adjoindre des objectifs de taux d'équipement énergétique des chutes aménagées de la rivière?

Illustrations : moulin sur le Cousin à Méluzien ; profil en long de la rivière par l'IGN.

Prochain rendez-vous hydro en Bourgogne Franche-Comté
4e rencontre de l'hydroélectricité en Bourgogne Franche-Comté - 14 octobre 2016 à Fraisans (39). Au programme des échnages : optimisation technique, écologique et financière de son installation hydroélectrique. Au programme de visite : l'installation hydroélectrique des Forges de Fraisans. Forum avec des professionnels de l'hydroélectricité.

13 commentaires:

  1. il faut prendre non seulement prendre en compte un site isolé mais un ensemble de sites sur un cours d'eau: sur une rivière où l'on trouve par exemple 15 chaussées, si chacune d'elle peut produire entre 20 et 50 kw/H le total devient significatif. Isoler un site revient à le rendre négligeable. De plus équiper les cours d'eau revient à créer, des emplois non délocalisables, produire une énergie consommable sur place et valoriser un patrimoine inscrit dans l'inconscient collectif et accepté par tout le monde .L'eau est avant tout la première énergie renouvelable. De plus les moulins équipés sont les éboueurs des rivières: ce sont eux qui en assure le nettoyage sans aucune subvention, sans requérir à des emplois payés par les deniers publics, juste avec leur bonne volonté et leur désir de conserver les sites en bon état de marche. bel article Bravo!

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  2. Merci. Nous en profitons pour signaler une correction ce matin à relecture (erreur de calcul.. plutôt favorable : une énergie de X kWh pr jour demande une puissance de X/24 kW, donc finalement le bilan de l'hydro – comme des autres ENR – est plus avantageux!)

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    1. Un peu de fatigue dans cette rentrée chargée, nouvelle correction dans le § concerné :-) (En fait le calcul initial était le bon, c'est la quantité d'énergie consommée hb/j qui était mal restranscrite en donnée initiale).

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  3. Les moulins équipés sont les éboueurs des rivières, seul un propriétaire de moulins annonce cela. Dans le même style: les agriculteurs sont les jardiniers de la nature. Le pléonasme de la première phrase aurait pu être évité, vous qui d'habitude avez le mot précis et la syntaxe avisée: des chantiers d'effacements que nous avons critiqué, chantier d'effacement aurait suffit.

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    1. Vous n'avez sans doute pas souvent vu à quoi ressemble le dégrillat des moulins qui produisent... les poubelles entières de déchets retirés de l'eau (dont divers venus des "pêcheurs gardiens de la rivière"), cela ne compte pour rien? Toujours dans l'objectivité et l'équanimité, on dirait.

      De manière plus générale, une retenue ou une grille ne fait jamais que recevoir ce que l'on met dans l'eau en amont, "on" étant les agriculteurs, les industriels, les promeneurs, les pêcheurs, les assainissements, les crues, etc. C'est assez extraordinaire de reprocher aux moulins des pollutions dont ils sont les premières victimes par leur position au bord de l'eau. Mais c'est tellement plus simple, il est vrai. Après avoir baissé sa culotte pour la 100e fois à la chambre d'agriculture, il faut sans doute que l'administration permette à ses services et à ses fidéicommis des syndicats de passer leurs nerfs et de bomber la poitrine face à tel ou tel autre usager plus inoffensif. Ah et puis comme chacun sait, la bouteille plastique va prochainement s'auto-épurer en allant très vite dans l'estuaire et l'océan.

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    2. Effectivement, vous avez entièrement raison. De nombreux ouvrages équipés pour la production hydroélectrique ont des dégrilleurs automatiques. Ils sortent les déchets puis les renvoient au cours d'eau, ils les ont donc enlevés pendant un petit laps de temps...

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    3. Un exemple : l'Armançon à l'amont de Semur en Auxois.
      Prenons l'exemple de la commune de Semur dont la municipalité souhaite équiper le seuil qui lui appartient. D'àprès les premières conclusions de l'étude de faisabilité: 140 kw ; + de 4m de chute et surtout un retour sur investissement de plus de 30 ans sans subvention, peut être une bonne 20ène avec...
      Conclusion: merci de nous en proposer une

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    4. Cf le texte : "du sérieux dans le benchmarking de chaque poste (qui éviterait les surfacturations si souvent observées dans des marchés publics)"

      Un curage à 200 k€ pour une si petite retenue, par exemple, ce n'est pas sérieux (comme aucune estimation du BE Caricaie n'a été sérieuse au demeurant, puisque ce chiffre a été repris directement de cet ancien travail). Si les communes sont regardées comme des vaches à lait du BTP, qu'elles confient par bail à une entreprise, les coûts vont diminuer comme par enchantement. Donc si Semur ne veut / peut pas engager de dépense, la commune garantit déjà la dimension juridique et réglementaire du site, puis elle cherche des investisseurs privés ou d'autres montages.

      Cf à nouveau le texte, " la rentabilité du kWh produit n'est pas le seul critère à estimer". La Commune a exprimé son attachement à l'ouvrage au plan patrimonial et en raison de divers usages locaux. Donc investir dans le site, c'est un peu comme investir dans le reste du patrimoine semurois, ce n'est pas uniquement un temps de retour capitalistique.

      Par ailleurs, ce temps de retour de 20 ans, cela signifie quoi? L'investisseur privé voudra être en dessous de 10 ans car il compare avec d'autres opportunités de marché à 3, 4, 5% de retour net par an. Pour une commune, le calcul n'est pas le même.

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  4. Vous qui demandez que les études écologiques prennent en compte les éléments patrimoniaux, n'oubliez pas de rappeler à vos adhérents que les études économiques de rentabilité d'un équipement doivent aussi intégrer les coûts de la prise en compte de l'environnement. Il est logique que l'injection massive d'argent public que vous suggérez pour développer l'hydroélectricité soit conditionnée à des exigences environnementales élevées.
    Par ailleurs, renouvelable n'est pas exactement synonyme de durable. Le bilan carbone d'une énergie ne doit à mon avis pas être le seul critère pour juger de l'opportunité de la développer massivement. Tout cela est compliqué, et nécessite de prendre un peu de recul.
    Ce qui est rassurant, c'est que les classements ne couvrent qu'une part minoritaire du linéaire de cours d'eau en métropole. Cela laisse donc pas mal d'opportunité pour développer l'hydroélectricité.

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    1. On est tenté de vous répondre : prenons autant en compte l'environnement dans une étude énergétique que l'on prend en compte le patrimoine dans une étude écologique. Cela vous irait ? Sans doute pas... Mais rassurez-vous, il est assez difficile d'instruire un projet hydro-électrique en France sans discuter avec les services DDT-Onema des différentes exigences écologiques. Nous trouvons cela normal, mais les exigences doivent être soit réalistes économiquement, soit financées publiquement.

      Sur les classements : ils n'empêchent nullement les projets hydro-électriques en rivières, même en L1 où l'on peut construire des barrages (pourvu qu'ils soient transparents aux migrations d'espèces cibles et bien conçus en chasses sédimentaires).

      Le problème n'est donc pas tant ici le classement que la philosophie ayant inspiré certains promoteurs de ce classement, et par extension la gestion des rivières. La "renaturation" et autres ambitions fortes de disparition / interdiction des influences anthropiques, cela doit concerner des zones spéciales de protection ou des projets pilotes expérimentaux. Ce n'est certainement pas une gestion de routine pour des rivières très anthropisées, et donc très loin de pouvoir retrouver à brève échéance des conditions proches d'un état de référence (si tant est que cela soit conservé comme objectif, au lieu d'acter le fait qu'il existe des masses d'eau fortement anthropisées à peuplement et écoulement durablement différents).

      Par exemple, certains en veulent beaucoup à Ségolène Royal en ce moment, notamment sur ce thème de l'énergie :
      http://www.aappma-marignac31.fr/lettre-ouverte-a-mme-segolene-royal/

      Mais que croyaient-ils au juste? Que l'énergie hydraulique avait été interdite et que la rivière se résumait désormais à l'attente définie par la fédé de pêche? Il faut redescende sur Terre. Ségolène Royal n'invente pas que la gestion durable et équilibrée de l'eau inclut l'exploitation de l'hydro-électricité, c'est la loi française qui le dit.

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  5. "Mais les exigences doivent être soit réalistes économiquement, soit financées publiquement". Cela fait beaucoup d'argent public. Je ne vois pas au nom de quoi une exigence environnementale qui ne serait pas réaliste économiquement devrait impérativement être assumée par la collectivité. On pourrait aussi interpréter cela comme le signe que les coûts du projet sont trop importants par rapport aux bénéfices, et donc que c'est un mauvais projet, globalement. L'hydroélectricité est quand même la privatisation d'une ressource commune, que cela s'accompagne de certaines contraintes n'est pas absolument scandaleux.

    Votre raisonnement sur Avallon est intéressant, mais incomplet. Sans doute peut-on développer l'hydroélectricité sur cette commune. Mais vous n'évoquez pas les impacts écologiques qu'aurait l'étagement de 50% du cours d'eau permettant la production d'électricité pour 4% des habitants de cette commune. Je ne connais pas ce secteur, je me garderais donc de faire des prévisions sur ces impacts. Mais ne croyez-vous pas que ces impacts devraient au moins être regardés et pris en compte dans votre raisonnement? Vous préconisez des analyses coûts-bénéfices, il ne faudrait pas que lorsqu'il s'agit de l'hydroélectricité on ne fasse que des analyses bénéfice-bénéfice....



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    1. "Cela fait beaucoup d'argent public" : à chiffrer et débattre, "beaucoup" est relatif dans un grand pays comme le nôtre où les dépenses publiques (Etat + collectivités) représentent des centaines de milliards d'euros par an.

      "au nom de quoi une exigence environnementale qui ne serait pas réaliste économiquement devrait impérativement être assumée par la collectivité" : vous avez raison, une autre option (la plus fréquente en fait) est que l'exigence environnementale en question ne soit tout simplement pas mise en oeuvre.

      "L'hydroélectricité est quand même la privatisation d'une ressource commune" : c'est à débattre. L'eau comme res communis n'est pas privatisable en soi ; la berge, le fond, les équipements, etc. sont en revanche traditionnellement dans le régime de propriété (publique ou privée). On pourrait imaginer une "nationalisation" des cours d'eau mais il est douteux que l'Etat dispose des fonds pour les compensations foncières, puis la surveillance et la gestion de 500.000 km de linéaire français

      "que cela s'accompagne de certaines contraintes n'est pas absolument scandaleux" : tout à fait, il n'y a là rien de scandaleux. Il y a déjà des contraintes fiscales sur les exploitants. Il y a aussi généralement des contraintes environnementales sur les projets. Ce qui est non pas "scandaleux" mais simplement dépourvu de sens, c'est que certains voudraient rendre l'hydro-électricité tellement peu impactante que les mesures demandées n'ont parfois plus de sens en terme d'exploitation (et après on dit : "vous voyez que ce n'est pas intéressant", alors que c'est intéressant en soi, c'est le niveau très élevé de compensation qui rend inintéressant). Tout est possible, on peut dire aux industriels de l'éolien : "vous faites ce que vous voulez, mais vous devez simplement faire en sorte que vos mâts ne soit visible de nulle part". Ou à ceux du nucléaire "continuez votre entreprise, mais provisionnez maintenant les 10.000 ans à venir de gestion de déchet".

      "vous n'évoquez pas les impacts écologiques qu'aurait l'étagement de 50% du cours d'eau permettant la production d'électricité pour 4% des habitants de cette commune": oui, car ce n'est pas l'objet de cet article, qui concerne le concept trop peu usité de taux d'équipement. En soi, un taux d'étagement de 50% serait déjà une mesure environnementale puisqu'on peut aussi bien exploiter 100% de la chute sur le territoire concerné. Par ailleurs, il y a déjà plus de 40 ouvrages sur cette rivière, donc la question première est d'équiper l'existant, pas de créer de nouveaux étagements. Enfin, on peut produire en étageant très peu... mais il faut alors tolérer des tronçons court-circuités très longs. En gros doser l'impact sur la pente et le débit.

      "il ne faudrait pas que lorsqu'il s'agit de l'hydroélectricité on ne fasse que des analyses bénéfice-bénéfice" : simplement les "bénéfices" en question sont marchands et non marchands (on peut appeler cela analyse coût-avantage). Nous recommandons chaudement d'objectiver les changements induits par les ouvrages sur les poissons, les insectes, etc. pour débattre ensuite des attentes sociales à ce sujet.

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  6. Incroyable, je suis d'accord avec quasiment tout ce que vous dites! Ce que j'en retire, c'est que tout cela ne peut pas être une question uniquement technique. Il y a des arbitrages, des choix stratégiques, des choix politiques à faire. Votre comparaison avec les contraintes environnementales pour les autres sources d'énergie est intéressante, et je suis assez convaincu que produire de l'énergie ne peut se faire sans aucun inconvénient. A moins de revenir à l'âge de pierre (ce que je ne souhaite pas, bien que les cours d'eau devaient être magnifiques...C'est une boutade), il faut supporter ces couts, en cherchant à les minimiser. Ce qui peut passer par une concentration des équipements dans certains secteurs moins sensibles, par exemple. Plutôt que de disperser partout des équipements individuellement peu rentables. Généralement, on essaie d'installer les éoliennes en dehors des couloirs de migration des oiseaux...

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