jeudi 19 janvier 2017

Loire-Bretagne, doublement en huit ans des rivières en état mauvais ou médiocre

Entre 2006 et 2013, le nombre de rivières du bassin Loire-Bretagne en état écologique médiocre ou mauvais a été multiplié par deux, alors que le nombre de rivières en état excellent a été divisé par deux. Imperturbable, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne nous assure tout de même que "la mobilisation est payante". Loire-Bretagne, c'est aussi un bassin pilote des politiques les plus extrêmes en matière de continuité écologique, là où la doctrine du rapport Malavoi 2003 faisait la promotion de la destruction systématique des ouvrages sans usage. On voit le brillant résultat des choix opérés par les gestionnaires publics… 

En éditorial de la dernière livraison de L'Eau en Loire-Bretagne (janvier 2017), Martin Gutton, directeur général de l'Agence de l'eau, affirme : "Notre bassin affiche aujourd’hui 30 % de ses cours d’eau en bon ou très bon état et il ambitionne d’atteindre l’objectif de 61 % à l’échéance 2021. Cela pourrait être décourageant si le suivi de la qualité de l’eau ne montrait pas que là où l’on agit de façon éclairée et concertée, la mobilisation est payante et les résultats sont là."

Le tableau de synthèse est le suivant:

On constate qu'entre 2006 et 2013:
  • le nombre rivière en état mauvais a doublé
  • le nombre de rivière en état médiocre a doublé
  • le nombre de rivière en bon état a stagné
  • le nombre de rivière en état excellent a été divisé par deux
Quant à l'état chimique des eaux du bassin, déjà absent lors de l'adoption du Sdage 2016-2021, le mystère plane encore. "À côté de l’état écologique, nous dit la publication, l’état chimique des eaux de surface s’appuie sur 56 substances prioritaires et prioritaires dangereuses retenues au niveau européen. Ce sont des substances qui posent un problème globalement en Europe, certaines pouvant ne pas être retrouvées en quantité importante en France. L’Union européenne permet de séparer les substances dites ubiquistes (contamination générale de l’environnement) des autres substances.Un suivi spécifique des substances prioritaires a été lancé sur la période 2015-2017. En 2015, les suivis ont été effectués sur 105 stations du réseau de contrôle de surveillance (RCS). Pour les substances non ubiquistes, 87 stations sont en bon état chimique et 3 en mauvais état. Pour les 15 dernières stations, l’état chimique n’a pas pu être déterminé".

Mais la même publication nous dit qu'il y a 837 stations dans le réseau de contrôle de surveillance: pourquoi les mesures sont-elles faites dans 105 d'entre elles, soit 12,5% seulement? On l'ignore. Et comme la plupart des rivières sont polluées par des substances ubiquistes (comme les HAP, hydrocarbures aromatiques polycycliques) ainsi que par un cocktail de centaines de micro-polluants échappant aux obligations de surveillance de la DCE, on suppose que le bilan n'est pas fameux et que très peu de rivières du bassin peuvent afficher un bon état écologique et chimique (l'obligation européenne concernant ces deux dimensions).

Le bilan est donc celui d'un échec flagrant. Loin de répondre à la question que tout le monde se pose – à savoir l'utilité des centaines de millions d'euros dépensés chaque année pour atteindre le bon état écologique et chimique des eaux –, le magazine de l'Agence de l'eau se contente d'énumérer les problèmes par sous-bassins et de se décerner quelques satisfecit de-ci de-là. Mais pourquoi ce qui n'a pas fonctionné depuis 2006 aurait des effets demain? Et qui paiera les amendes à l'Europe si cette tendance se poursuit?

5 commentaires:

  1. cela prouve simplement que les Agences communiquent fort mal ce qui est bien connu et vous permet votre campagne de dénigrement dans une remarquable impunité...

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  2. Plus on cherche plus on trouve...
    L'évolution des campagnes de mesures et du traitement des données explique en partie les dégradations mises en avant.
    Il n'y a pas forcément dégradation des eaux mais une meilleure connaissance de la dégradation des eaux. Beaucoup de masses d'eau sont classées "à dire d'experts" faute de données.

    "l’ augmentation importante du nombre d’inventaires piscicoles, ont conduit à déclasser certains cours d’eau de l’amont." ...
    "Si l’on considère seulement les eaux dont l’état a toujours été
    mesuré, on constate une progression globale: 27% des eaux étaient classées en bon état en 2007, elles sont 36% en 2013."
    (Pour les secteurs Vienne et Creuse par exemple).
    Egalement, si toutes les substances étaient suivies sur tous les cours d'eau; cela coûterais bien trop cher en analyses.

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  3. Précisions utiles. L'Agence Loire-Bretagne a prétendu (à l'unisson de ses consoeurs) que l'on atteindrait les 2/3 des masses d'eau en bon état en 2015 et que la moitié des rivières dégradées l'était par le compartiment de la morphologie. Mais tout cela relevait de "dire d'experts" sans grande rigueur, comme d'ailleurs la plupart de ce qui se fait en écologie des milieux aquatiques dans notre pays.

    Quant au coût trop élevé du suivi des substances: "Le coût de la surveillance : l’agence de l’eau y consacre chaque année de l’ordre de 9 millions d’euros" nous dit le magazine (et encore pas tout à fait exact, le budget "connaissance environnementale" stricto sensu c'est moins, cf lien ci-après). La dépense annuelle de l'agence (budget 2016 ci-après) est de 374 millions, dont près de 10% sur la fameuse "restauration de milieu".
    http://www.eau-loire-bretagne.fr/agence_de_leau/role_et_missions/budget-aelb-2016_depliant.pdf

    Prononçons donc un moratoire sur la continuité écologique, les économies de pelleteuses et de paperasse dégageront largement de quoi améliorer les connaissances défaillantes sur les milieux, donc optimiser la dépense publique en évitant d'agir "à dire d'experts qui se trompent".

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  4. On vous a connu plus sérieux et plus mesurés dans l'analyse de données chiffrées.

    Vu ce qui a réellement été fait en matière de continuité écologique, au regard du nombre d'ouvrages, on ne voit pas très bien le rapport entre l'évolution (manifestement pas aussi bonne que souhaitable même si on interprète les chiffres plus honnêtement que vous ne le faites) de l'état écologique et la politique de restauration de la continuité...

    Par ailleurs, il me semblait avoir compris en vous lisant que la définition de l'état écologique ne vous satisfaisait pas... Manifestement ce n'est pas valable quand cela vous sert dans votre combat...

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  5. "il me semblait avoir compris en vous lisant que la définition de l'état écologique ne vous satisfaisait pas"

    Tant que cette obligation s'impose à la France et aux agences de bassin, on est bien obligé d'en faire le suivi et le rapportage. Et mieux vaut encore des mesures DCE que pas de mesure du tout ou la pifométrie des "dires d'experts", ceux-là mêmes qui se sont trompés en pensant que les 2/3 des ME pouvaient atteindre un bon état dès 2015.

    Le fait de réaliser des mesures biologiques, physiques, chimiques nous satisfait sur le principe. Nous l'avons écrit à plusieurs reprises, nous demandons depuis notre naissance que les données de détail soient facilement accessibles aux citoyens, sur chaque rivière, et que les Agences financent pour tout EPCI/EPAGE/EPTB un diagnostic écologique sérieux de bassin préalable à la définition de tout train d'action. Ce qui est encore loin d'être le cas.

    En revanche, le calibrage, la mesure et l'interprétation de certains bio-indicateurs pourraient faire l'objet de débats et explications sur leurs incertitudes et limites de conception. De même, le choix paradigmatique de définir un "état de référence" sur la base du peuplement biologique pose question, surtout pour un texte censé s'appliquer sur 25 ans alors que les rivières européennes sont plus ou moins modifiées depuis 2500 ans, et que le changement climatique commence à faire bouger les conditions de milieu.

    Bref, il est toujours utile de savoir si oui ou non on progresse dans les mesures de qualité existantes, mais nous sommes persuadés que l'on n'atteindra pas les 100% de ME en bon état 2025 et qu'après avoir été saluée comme l'initiative la plus ambitieuse au monde en terme de qualité de l'eau, la DCE sera demain longuement analysée comme l'un des échecs les plus patents (surtout que la France n'est pas le plus mauvais élève malgré ses résultats assez médiocres, et que les élèves ont d'autres chats à fouetter).

    "Vu ce qui a réellement été fait en matière de continuité écologique, au regard du nombre d'ouvrages"…

    Nous n'avons qu'une hâte sur ce compartiment, avoir enfin les chiffres sur
    - le nb d'ouvrages traités
    - le choix du traitement
    - l'état DCE + relevé piscicole détaillé avant
    - l'état DCE + relevé piscicole détaillé après

    tout cela de manière normalisée, efficace, honnête, transparente... comme d'hab.

    Pour l'instant, on ne sait pas trop. Espérons que le résultat soit meilleur que celui des 40 ans de dépense publique pour le saumon de l'axe Loire-Allier, avec beaucoup moins de retours migrateurs qu'envisagés, d'obscures foires d'empoigne sur la bonne stratégie de conservation, et les habituels acteurs qui se contentent de crier "faut en faire plus, faut en faire plus".

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