vendredi 14 septembre 2018

Programmation énergétique : les citoyens appellent le gouvernement à faire le choix de l'hydro-électricité

Les conclusions du débat public sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie viennent d'être présentées par la commission en charge de son organisation. Les citoyens consultés pour la première fois et les représentants de la commission appellent le gouvernement à favoriser le développement de l'hydro-électricité en France. Notre association s'en félicite. A condition que le gouvernement entende la parole des citoyens et ne persiste pas dans le déni de démocratie, où l'on consulte les gens sans donner suite à leurs avis, ce qui nourrit une perte de légitimité de l'action politique. Nous demandons en conséquence aux pouvoirs publics de cesser immédiatement la politique absurde et décriée d'effacement des seuils et barrages en rivières, et de favoriser au contraire leur équipement hydro-électrique. Ré-utiliser et moderniser en priorité le génie civil en place plutôt que construire de nouveaux barrages sur des rivières qui en sont intactes est dans l'esprit de la transition énergétique, de la protection de la biodiversité comme de l'économie locale et circulaire, à faible impact carbone et matière première.



Jacques Archimbaud, président de la commission particulière du débat public (CPDP), a présenté le rapport du débat public sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui s’est déroulé du 19 mars au 30 juin 2018. Ce débat a pris la forme de 86 rencontres publiques auxquelles ont assisté 8 000 personnes, d’un débat en ligne (47 572 visiteurs uniques, 666 questions et 571 avis), de 11 150 questionnaires renseignés, de 193 cahiers d’acteurs et d‘un G400 lors duquel 400 citoyens tirés au sort étaient invités à débattre sur les grands enjeux de la PPE.

Parmi les enseignements de ce débat tirés par la commission, et sa demande conséquente au gouvernement, nous retenons :
- Tenir compte des souhaits formulés dans le débat public quant à une place plus importante pour l’hydroélectricité, le biogaz, le solaire thermique, la géothermie et un renforcement du fonds chaleur.
Dans leur majorité, les citoyens sont attachés au développement de l'énergie hydraulique, qui a l'avantage d'être très bas carbone, discrète et peu invasive dans les paysages, moins chère que le solaire racheté aux particuliers ou en petites surfaces, présente partout sur le territoire, complémentaire des énergies intermittentes.

En conséquence, notre association appelle le gouvernement et les collectivités territoriales à trois mesures urgentes :
  • cesser toute destruction d'ouvrage hydraulique (moulin, forge, barrage) en rivière, car ils représentent un potentiel énergétique déjà installé, sur des sites qui ont souvent déjà produit de l'énergie dans le passé, et peuvent en produire à nouveau demain ;
  • encourager l'équipement de ces ouvrages en autoconsommation ou en injection réseau, ce qui passe d'abord par une simplification et une accélération de l'instruction administrative, aujourd'hui rédhibitoire par ses demandes disprorportionnées et ses délais très longs ;
  • financer des passes à poissons et rivières de contournement au droit des ouvrages hydrauliques, là elles sont nécessaires, ce qui permet de concilier la restauration des fonctionnalités écologiques avec le développement de l'énergie hydro-électrique
Nous appelons également nos consoeurs associatives à rapporter ces résultats de l'enquête publique PPE à leurs élus locaux.

La destruction des ouvrages hydrauliques au nom de la continuité écologique est une erreur grave de nos politiques publiques, pour l'énergie et pour bien d'autres atouts des ouvrages. La priorité doit être donnée à l'équipement des canaux, digues, chaussées et barrages déjà en place sur les cours d'eau, qui demandent moins de génie civil, moins de coûts d'investissement, moins d'émission carbone que la construction de nouveaux ouvrages. Inversement, il est utile de préserver certaines rivières aujourd'hui intactes de grands barrages hydro-électriques (coeur de parcs nationaux, zones spéciales de conservation), en évitant de créer des pressions sur des cours d'eau relativement préservés.

L'aménagement des sites déjà en place, la construction de sites ichtyocompatibles sur des rivières à faibles enjeux écologiques et la protection de cours d'eau à forts enjeux écologiques doivent devenir les priorités de nos politiques nationales et régionales en matière d'hydro-électricité et biodiversité. 

Illustration : installation de deux turbines dans le moulin de la Motte-Josserand (Nièvre, rivière Nohain), puissance de 35 kW, équivalent consommation de 30 familles hors chauffage. La restauration des moulins anciens apporte une énergie locale, propre, bas carbone, intégrée dans le paysage. Les pouvoirs publics doivent l'encourager, déjà en préservant les seuils et barrages qui permettent de créer le potentiel énergétique au lieu de faire pression pour les détruire.

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2 commentaires:

  1. J'aimerais avoir votre avis sur le réarmement du Moulin Ronsard dans le département du Loir-et-Cher. Financé par l'agence de l'eau Loire-Bretagne, sur un axe à fort enjeu pour l'anguille (le Loir). Tout le monde semble content, ce serait donc possible?? Votre avis sur le traitement paysager et patrimonial du projet m'intéresserait, aussi.

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    1. Nous ne connaissons pas le dossier, autrement que par voie de presse. Dans ce que l'on a lu, le coût semble important : 1 million €, mais la puissance n'est pas précisée. Il importe aussi de ne pas faire dériver les coûts au prétexte qu'il y a des subventions publiques (certains de nos adhérents ont relancé leur moulin pour des coûts de l'ordre de 2000 € / kW installé, sans aucune demande d'aide publique, à condition de ne pas avoir des exigences administratives disproportionnées par rapport à l'impact ou des choix imposés de matériels moins productifs). Mais cet exemple que vous citez, comme d'autres trop rares à date, démontre qu'il est possible de faire des choix qui améliorent l'écologie des migrateurs tout en relançant une production d'énergie bas carbone. Donc en effet, avec un bilan satisfaisant par rapport à l'inertie ou à la destruction.

      PS : au plan paysager-patrimonial, les turbines et les roues s'intègrent généralement mieux que les vis, et le choix du béton nu est discutable par rapport aux beaux ouvrages empierrés des anciens sites. Mais là encore, les arbitrages doivent être guidés par le réalisme.

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