vendredi 26 janvier 2018

Après Notre-Dame-des-Landes, Edouard Philippe doit stopper le projet contesté de destruction des barrages et lacs de la Sélune

Edouard Philippe a déclaré à tous les Français qu'un projet d'aménagement ne pouvait se poursuivre s'il est contesté et divise la population concernée. Le gouvernement doit être cohérent et demander au ministre de l'écologie Nicolas Hulot de stopper immédiatement son projet annoncé de destruction de deux barrages et lacs de la Sélune, projet contre lequel les 20 000 riverains se sont exprimés massivement en consultation locale. Ce chantier a un rapport coût-bénéfice déplorable (50 millions € minimum pour 1300 saumons maximum), il détruit des outils de production bas carbone pour la transition énergétique, il anéantit les activités et le cadre de vie de la population locale, il met en danger les zones aval et la baie du Mont-Saint-Michel. L'enquête publique a été réalisée alors que l'on ne disposait pas de tous les éléments d'information. Ségolène Royal avait eu la sagesse de stopper le projet au regard de son coût et de la forte opposition locale. Il existe aujourd'hui un plan alternatif déjà communiqué au ministère de l'écologie, sans que Nicolas Hulot daigne recevoir son porteur. Les riverains et le collectif national de défense des lacs et barrages de la Sélune s'opposeront à cette caricature de concertation et de démocratie.


Dans sa déclaration du 17 janvier 2018 justifiant l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, Edouard Philippe a affirmé :
"les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet (…) un tel projet d'aménagement, qui structure un territoire pour un siècle, ne peut se faire dans un contexte d'opposition exacerbée entre deux parties presque égales de la population. Les grands projets qui ont réussi dans les années récentes (…) se sont tous réalisés (…) parce qu'ils étaient largement portés et acceptés par la population".
Cette déclaration vaut condamnation du projet de destruction des barrages de la Sélune, annoncé de manière brutale et non concertée par Nicolas Hulot le 14 novembre 2017.

Ce projet consiste à détruire deux barrages et leurs lacs sur le fleuve normand de la Sélune, cela afin d'augmenter de 1300 individus la population locale de saumon. Les barrages sont en état de fonctionnement et capables de produire de l'énergie. C'est la plus grande destruction de barrage en Europe, et non un chantier mineur.

Les barrages de la Sélune appartiennent à l'Etat après la fin de la concession EDF, donc le choix revient entièrement à la puissance publique en fonction de l'intérêt général.

La consultation locale de 2016, contrôlée par huissier, a recueilli 19 276 participations avec 98,89% de voix contre la suppression des barrages. La vallée refuse massivement le choix de destruction.

La recherche en sciences sociales a montré que ce projet a été construit de manière très critiquable, avec une faible implication des acteurs locaux et une forte contestation dès la première annonce de destruction en 2010 (voir Germaine et Lespez 2017).

Les 200 hectares de lacs et zones humides en marge des plans d'eau risquent de disparaître, avec la biodiversité lacustre qu'ils hébergent.

Une alternative à la destruction est possible : reprise de la production hydro-électrique, transfert des saumons de l'aval à l'amont comme EDF le fait déjà sur plusieurs sites en France.

Le coût minimum de la destruction a été estimé à plus de 50 millions €, le coût réel global n'est pas sérieusement déterminé à ce jour.

Nous sommes donc dans une situation tout à fait comparable à Notre-Dame-des-Landes :
  • ce projet est conflictuel et rejeté par la population,
  • ce projet a un coût public important et évitable,
  • ce projet contredit la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement,
  • ce projet a des bénéfices modestes et disproportionnés à ses coûts,
  • ce projet a une alternative viable.
L'Etat doit stopper immédiatement le projet de destruction des barrages de la Sélune, poursuivre l'inspection technique engagée en 2016 et relancer la production sur le site si l'inspection confirme que les barrages ne présentent pas de problème de sécurité.

Toute position contraire serait perçue comme un double langage du gouvernement et un mépris des citoyens avec des arbitrages à géométrie variable. Il produirait donc une farouche résistance, devant les tribunaux comme sur le terrain.

Edouard Philippe a dit qu'il ne voulait plus créer en France les conditions d'un nouveau Notre-Dame-des-Landes : sur la Sélune, ce souhait passe par l'abandon du projet contesté de destruction des barrages et des lacs.

6 commentaires:

  1. Le coût est encore plus élevé, lu dans la presse:

    "L'ancien enseignant s'appuie sur une analyse économique : « J'ai simplement fait le décompte des charges occasionnées autour du dossier Sélune. » Il trouve surprenant qu'en 2009, la secrétaire d'État qui a annoncé le démantèlement des barrages ait évoqué « une estimation des dépenses comprise entre 4 et 20 millions d'euros », alors qu'aujourd'hui « on en est déjà entre 70 et 100 millions d'euros »."

    https://www.ouest-france.fr/normandie/isigny-le-buat-50540/barrages-une-audience-eu-lieu-caen-mercredi-5515253

    Le SAGE avait même évoqué une dépense de l'ordre de 200 millions € pour revoir tout le bassin.

    Ces sommes sont insultantes pour les riverains, on dit qu'il n'y a plus d'argent pour des services publics mais on dépense des fortunes pour des saumons.

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    1. Merci, nous l'avions reproduit sur Twitter et FB. L'absence de chiffrage sérieux des coûts depuis le début est l'une des preuves du manque de sérieux de ce dossier, qui a été mené à reculons par l'Etat.

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  2. Il est tout de même préfèrable de mettre l'argent public pour remettre un milieu naturel en état et le rendre plus résilient face aux défis de demain qui plus est en favorisant la progression du saumon (d'ailleurs plutôt indicateur que lobby des pêcheurs). Sans ces barrages, moins de pédalos, moins d'hydroélectricité impactante, la planète ne nous en voudra pas. Mais c'est aussi moins de risque de rupture, moins de frais d'entretien, moins de problèmes de gestion.
    Quant aux 99%, heureusement pour eux que notre planète ne peut pas s'exprimer (même si elle nous passe quelques messages avec la fréquence des crues assez intenses et des sévères étiages). Encore faut-il être capable de les entendre et de se remettre en cause plutôt que de vouloir à tout pris conserver un système qui a atteint le bout. L'homme comprendra t'il un jour qu'il ne maîtrisera jamais tout...

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    1. Si le saumon doit progresser, les pêcheurs devraient déjà se faire un plaisir de stopper sa pêche, comme en Loire-Allier, mais ce n'est pas leur discours actuel.

      La "planète" ne peut pas s'exprimer, ni vous ni nous ne pouvons sérieusement prétendre parler en son nom dans le débat démocratique. Il reste donc 99% d'humains sur 20 000 votants ayant exprimé un avis dans le cas concerné, soit 5 fois plus que l'enquête publique (fondée sur des informations incomplètes et en partie inexacte).

      Concernant les désordres de cette planète, en particulier hydroclimatiques, le bilan carbone désastreux de cette opération devrait vous conduire à la condamner : la France est en retard sur la plupart de ses engagements énergie-climat, l'Etat se plaint que l'argent public manque un peu partout, ce n'est certainement pas une priorité de dépenser des sommes significatives pour casser des ouvrages capables de produire l'une des électricités ayant le meilleur bilan carbone en région tempérée. Les Etats-Unis le font (détruire des barrages), mais c'est un pays qui n'a pas d'état d'âme à exploiter le charbon, le gaz, le pétrole, y compris non conventionnels. Et le nucléaire.

      Donc non, selon nous, il n'est pas "préférable" en 2018 de mettre 20, 50, 100... ??? millions € d'argent public à une opération aussi peu justifiée que la casse des deux lacs et barrages sur la Sélune. En faisant une analyse objective, ce chantier de destruction n'est pas favorable l'intérêt général, il améliore les choses sur deux ou trois compartiments, mais nuit partout ailleurs.

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    2. Tiens vous ne parlez plus du "reprenneur" VAlOREM, l'obligé de ce qui nous servait de Ministre de l’Environnement il n'y a pas si longtemps ? La vérité c'est que personne ne souhaite prendre à sa charge les couts d'entretien de ces aménagements d'un autre age. Vous êtes beaucoup plus convainquant dans la défense du patrimoine hydraulique des siècles passés. Au fait en France le développement des énergies électrogènes renouvelables n'est pas destiné à la lutte contre le Changement climatique mais à la diminution du Parc nucléaire. Vous oubliez assez souvent ce détail. Relisez donc le rapport du CGEDD et de l'IGF que visiblement vous n'avez pas bien assimilé

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    3. Valorem a fait une offre de reprise, nous attendons donc que le gouvernement et les collectivités poursuivent son examen de manière ouverte et constructive. Il doit être aussi possible de lancer un appel à manifestation d'intérêt, comme l'Etat l'a fait sur d'autres ouvrages.

      Concernant les fonctions de l'électricité renouvelable au sein de la programmation publique (lutter contre le changement climatique et/ou réduire la part du nucléaire), cela ne change pas grand chose : il existe un outil de production en place, si l'examen de stabilité confirme la possibilité de répondre à une nouvelle concession de 30 ans, la destruction de cet outil est un non-sens au plan énergétique et économique.

      Il y a beaucoup de choses que tel ou tel peut qualifier "d'un autre âge" en France. Par exemple, pêcher des poissons correspond de moins en moins à la perception d'un règne animal dont la prédation et la souffrance doivent être minimisées vers ce qui est utile (et pourquoi pas annulées). Pour autant, on ne parle pas d'interdire la pêche, notamment pas celle du saumon, présenté comme 1er enjeu de la Sélune.

      L'hydro-électricité est-elle d'être "d'un autre âge"? Elle reste la première énergie renouvelable en France et dans le monde. Ne mettons donc pas la charrue avant les boeufs : le solaire, l'éolien et autres peuvent se développer pendant une nouvelle concession de 30 ans sur la Sélune, on ré-analysera l'état des enjeux (écologiques, énergétiques) au fil du temps entre 2020 et 2050, l'hypothèse d'une destruction en 2050 (si elle apparaît nécessaire) sera mieux préparée et mieux financée.

      Enfin, un peu d'honnêteté : pour un projet qui est censé être une première en Europe et une forte ambition, l'Etat a été et est encore lamentable. Faute d'argent, il essaie aujourd'hui de limiter sa dépense au strict minimum (la casse) et de se défausser sur les collectivités (dont il sait très bien qu'elles sont désargentées). Cette mauvaise préparation a été soulignée (par la recherche indépendante, et différente des rapports internes de l'administration que vous citez) : elle conduira à une mauvaise conclusion.

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