jeudi 21 juillet 2016

Ségolène Royal: "Il faut arrêter de détruire les moulins, mais les rénover intelligemment"

Ségolène Royal persiste et signe : elle demande à nouveau de cesser d'effacer les ouvrages de moulins et de travailler à les équiper, pour concilier écologie, énergie et économie. Position que défend notre association depuis plusieurs années... mais que certains ont du mal à accepter, si l'on en juge par les 8 projets de destruction en cours sur le Cousin, l'Armançon, l'Ource et la Seine.

La Ministre de l'Environnement a donné un entretien à l'Europe parlementaire (publication consultable en lige). Elle affirme notamment : "J'ai lancé un appel à projets sur la petite hydraulique. La petite hydraulique, c'est mettre des éoliennes sur les piles des ponts, des hydroliennes dans l'eau, ou encore la rénovation des moulins pour concilier écologie et économie. Il faut arrêter de détruire les moulins, mais les rénover intelligemment".

Nous sommes heureux de voir que la Ministre rejoint très exactement la position défendue dès le début 2013 par notre association, sur la "double modernisation énergétique et écologique" des moulins (voir notre premier dossier complet sur la continuité écologique en Côte d'Or et Bourgogne). Position qui, à l'époque, a rencontré le silence et l'indifférence des administrations et syndicats en charge de l'eau, tout occupés qu'ils étaient à programmer le choix de l'abrogation du maximum de droits d'eau suivie de la destruction du maximum d'ouvrages.

Nous sommes surtout heureux de constater que Ségolène Royal défend avec constance son refus de la casse du patrimoine hydraulique. Rappel des positions de la Ministre :

Ségolène Royal en février 2015 : "Les règles du jeu doivent être revues, pour encourager la petite hydroélectricité et la remise en état des moulins".

Ségolène Royal en novembre 2015"Nous devons sauvegarder les petits moulins sur les rivières et produire de l'électricité".

Ségolène Royal en janvier 2016"À la suite du débat parlementaire, j’ai donné instruction aux préfets de mettre un terme aux destructions de petits ouvrages et de moulins, dans l’attente d’un examen plus approfondi de la situation."




La banderole Hydrauxois commence à fleurir sur les rives de Bourgogne. Elle ne fait jamais que reprendre la position exprimée par la Ministre en charge de l'environnement, position qu'une partie de son administration semble avoir du mal à accepter...

Rappel des textes de loi (n'ayant jamais intégré la destruction comme option de continuité écologique) :

Loi de 2006 votée par les représentants des citoyens: "Une liste de cours d'eau, parties de cours d'eau ou canaux dans lesquels il est nécessaire d'assurer le transport suffisant des sédiments et la circulation des poissons migrateurs. Tout ouvrage doit y être géré, entretenu et équipé selon des règles définies par l'autorité administrative, en concertation avec le propriétaire ou, à défaut, l'exploitant."

Loi de 2009 votée par les représentants des citoyens: "l'aménagement des obstacles les plus problématiques pour la migration des poissons sera mis à l'étude".

En conformité avec la loi et avec ses convictions, Ségolène Royal a donné en décembre 2015 instruction aux préfets de France de cesser les destructions problématiques de moulins. Quelques mois plus tard, on observe que certains espèrent continuer leur programme de casse du patrimoine (cinq projets de huit effacements en Nord Bourgogne pour l'étiage prochain, sans aucun chantier non destructif sur les rivières concernées). Nous avons donc saisi la Ministre de ce problème et nous espérons que les Préfectures choisiront la voie sage d'un respect du moratoire sur les effacements tant que le CGEDD n'a pas remis son rapport d'audit sur les blocages de la continuité écologique et tant que des bonnes pratiques concertées n'ont pas été posées dans une nouvelle circulaire de mise en oeuvre du classement des rivières.

17 commentaires:

  1. Ouf nous voila sauvés!!! A quand un grand syndicat de l'hydroélectricité en côte d'Or Qui paiera tous ses aménagements vitaux à l'économie bourguignonne et à la préservation d'un patrimoine florissant...

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    1. On se doutait bien que l'adverbe "intelligemment" poserait des problèmes insurmontables à certains.

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  2. Concilier écologie et économie, bon courage. Sur des cours d'eau sans pente, soumis à des étiages des étiages de plus en plus rudes, les investisseurs vont se bousculer, la production hydroélectrique va exploser et la biodiversité atteindra des sommets.

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    1. C'est sûr, mieux vaut placer l'argent public dans la casse des seuils de 1 m de haut, c'est un grand investissement d'avenir et un enjeu absolument crucial pour la biodiversité. Le célèbre esturgeon de l'Ource, la renommée alose de l'Armançon, le recherché saumon du Cousin, ces merveilles de la création et des centaines d'autres qui vont être enfin libres de prospérer dans nos rivières. On en rêve déjà, et on a hâte de voir les prochaines pêches de contrôle, pour exposer au citoyen combien a rapporté chacun de ses euros investis.

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  3. qui contrôle une pêche de contrôle? Est-ce la même chose qu'une élection moscovite: on glisse un bulletin dans l'urne, mais les conclusions sont connues à l'avance. Selon un vieil adage:"il n'y a pas pire menteur qu'un pêcheur"...et la pêche miraculeuse, ça peut exister! Donc toutes les espèces peuvent se retrouver, à défaut des cours d'eau, dans les rapports. C'est l'essentiel.

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    1. Là-dessus, nous accordons une confiance de principe aux techniciens chargés des pêches de contrôle. Autant nous sommes en désaccord sur des interprétations (nous reviendrons par exemple cet été sur les problèmes liés à l'usage de la typologie de Verneaux) et nous jugeons indispensable de préciser les marges d'erreur ou les niveaux de confiance (B-A-BA de toute mesure), autant il n'y a pas de raison de suspecter les personnes.

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  4. Garder les ouvrages, c'est évidemment plus d'activité pour l'économie sur le long terme, même quand la roue ne produit plus. Les propriétaires et les collectivités investissent dans la restauration et l'entretien de leur bien, des artisanats locaux spécialisés comme la vantellerie étant requis ainsi que des petits entreprises de travaux en rivière. On peut toujours faire plus de choses avec un ouvrage que sans lui, surtout qu'ils ne posent aucun problème à d'autres activités (pêche, kayak, promenade). Tout casser en espérant que la rivière va réussir à se gérer toute seule, c'est une sorte de mystique néolibérale (laisser faire, laisser passer, la main invisible de la nature produira spontanément le meilleur des mondes). Il faut être très ignare pour croire que l'homme et la rivière co-existent toujours en bonne entente!!

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  5. La quasi totalité des ouvrages hydrauliques ne sont ni exploités ni en voie d'être aménagés intelligemment, ils sont justes en désuétude depuis des dizaines et dizaines d'années. De plus la diminution des débits en été ainsi que la faible pente des cours d'eau locaux font que le potentiel hydroélectrique de ces ouvrages est ridicule au regard des impacts des ouvrages. Rappelons également que ces ouvrages sont très loin d'êtres rentables sans subventions.
    De plus, les moulins ont étés conçus à l'origine pour moudre, pour utiliser la force mécanique de l'eau car il n'y avait pas d'autres moyens, la conservation pour reconversion en micro centrale ne garantit pas "une énergie propre".
    L'hydroélectricité peut être une idée rentable et faiblement impactante sur certains secteurs de montagne avec une géologie granitique (difficilement érodable). Dans ces secteurs, les ouvrages ont plus un faible impact car la pente naturelle de ces cours d'eau fait qu'il n'y a pas de continuité piscicole naturellement (cascades naturelles) et un plus faible impact sur le transport solide (granite) ainsi qu'une meilleure production hydroélectrique (fortes pentes). Mais clairement sur le bassin de la Seine, nous ne sommes pas dans ce type de contexte.
    Egalement, on parle beaucoup des ouvrages sur les grands cours d'eau du secteur mais très peut du linéaire colossal des affluents qui sont abiotiques car ils ne peuvent plus êtres recolonisés à la suite des étiages trop sévères ou pollutions. Presque tous les petits cours d'eau ont un moulin ou un ouvrage infranchissable (ex : siphon du canal de Bourgogne) dans les derniers 100 m de leur linéaire.
    Persister à dire que ces ouvrages n'ont pas d'impact n'est pas crédible. Persister à dire qu'ils font du bien à l'économie locale est également à discuter.

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    1. Très étrange : fort loin de la haute montagne, sur la Seine, l'Yonne, la Cure, le Cousin, l'Armançon, la Brenne, la Coquille, la Digeanne et encore une dizaine d'autres rivières locales, nous connaissons des sites qui produisent, depuis des roues de particulier en autoconsommation à 2-3 kW jusqu'à des turbines EDF de plusieurs MW, et toute la gamme intermédiaire (mais surtout des puissances de moins de 100 kW).

      Pas rentable sans subvention ? Nous connaissons aussi des autoproducteurs qui n'ont pas demandé un centime d'aide publique. Sinon, l'aide aux ENR est à peu près la norme dans les sociétés luttant contre les émissions carbone (moins aux Etats-Unis où l'on casse les grands barrages, exploite le gaz de schiste et le pétrole de roche mère, chacun ses modèles). Vous avez vu à quel tarif est racheté le kWh solaire pour un bilan carbone et matières premières nettement moins bon que l'hydro?

      Vos considérations sur le transport solide sont non moins mystérieuses. Les rivières de montagne ne charrient pas de sédiments grossiers? Les rivières calcaires de plaine à "faible pente" en charrient beaucoup plus? On a très mal lu nos manuels de morphologie.

      "Affluents abiotiques" : intéressant, mais un lien vers une publication le serait davantage.

      Dire que des ouvrages n'ont "pas d'impact" sur les milieux est en effet peu crédible. Dire qu'ils en ont un sans préciser sa gravité et sa nature exactes (=sans citer les faits et chiffres des travaux de chercheurs ayant étudié cela) ne l'est pas davantage.

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  6. Seine en 21: 2 producteurs, Digeanne 1 et Coquille 1(et encore pas sur) Quelle armée. Une seule micro-centrale équipée, avec une passe payée par la collectivité. Toujours à faire la leçon...

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    1. Eh bien donc, on peut produire ailleurs qu'en montagne. Faisons en sorte de produire beaucoup, au lieu des pelleteuses "payées par la collectivité" pour faire plaisir à une poignée d'idéologues au détriment du patrimoine de nos rivières.

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    2. Rappelons aussi que le SICEC, la DDT et l'Onema sont tombés en meute sur le propriétaire du moulin du Boeuf en 2012, quand il a voulu relancer une production – un cas en procès et en cour d'appel.

      "Faire la leçon" : non, dire la vérité sur ces pratiques misérables, continuer à les traquer et à les expliquer aux citoyens aussi longtemps qu'elles dureront.

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  7. BV Armançon 21 : les "producteurs" se compte sur les doigts d'une seule main.....pour plusieurs dizaines d'ouvrages. La rentabilité doit être trop intéressante, les producteurs seraient sans doute tenus de payer l'ISF, et les contraintes d'entretiens ne sont pas assez présentes, ils auraient sans doute trop de temps libre... Ou alors peut être qu'une armée les a menacé de ne pas faire d'hydroélectricité pendant les cinquante dernières années !!!

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    1. Il y a donc un beau potentiel de développement. Pour l'exploiter demain, évitons de casser les seuils un par un comme le fait le Sirtava / Syndicat de l'Armançon en envoyant ses chargés de mission pour convaincre les maitres d'ouvrage par la carotte, le bâton.

      Sinon, la situation énergétique passée (fossile abondant, méconnaissance du changement climatique, développement du programme électronucléaire) n'est pas la situation actuelle ni la situation future. Gardons donc des options ouvertes au lieu de croire que les 50 prochaines années vont refléter les 50 dernières.

      Rappel : le syndicat de l'Armaçon a prétendu à tort que le potentiel hydro-énergétique du bassin n'est presque pas exploitable pour raison juridique et ne fait rien pour l'encourager aujourd'hui. Voir cet article :
      http://www.hydrauxois.org/2015/02/sage-de-larmancon-le-potentiel-hydro.html

      La Préfecture a reconnu que l'annexe sur le potentiel hydro-électrique du SAGE de l'Armançon donne une information fausse... mais refuse de demander son changement.

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  8. Faisons en sorte de produire beaucoup...ça va pas être facile.

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    1. Vous devez faire partie des gens qui découragent les panneaux solaires, les pompes à chaleur, etc. car finalement, tout cela ne produit ou n'économise pas "beaucoup", n'est-ce pas? Pourquoi faire un effort ?

      D'après l'estimation du Sirtava en lien (pour prendre le cas du BV de l'Armançon), le productible total du bassin serait de l'ordre de 80 GWh/an. Une famille française consomme de l'ordre de 5 MWh/an d'électricité : donc cela fait de l'ordre de 16.000 foyers sur ce bassin. Une autre manière de voir les choses : le kWh hydraulique étant racheté environ 12 c€ / kWh, cela fait un revenu sur le territoire de l'ordre de 8 M€ annuels.

      Nota : le Syndicat de l'Armançon n'a pas précisé la méthode de cette estimation, nous la citons sous réserve.

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  9. Non, j'en ai même installé. Ils chauffent mon eau mais pas celle des cours d'eau

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