jeudi 8 décembre 2016

Quatre scientifiques s'expriment sur la continuité écologique

Nous publions les vidéos des conférences données le 23 novembre 2016 à l'Assemblée nationale par quatre experts de la gestion des milieux aquatiques. Ces scientifiques sont de formation et spécialisation diverses (géographie et morphologie, hydrobiologie, sociologie), ils ont abondamment publié, enseigné et/ou travaillé sur l'écologie des rivières, ils sont membres pour certains des conseils scientifiques des Agences de l'eau. Il s'agit donc d'une critique interne de certains dysfonctionnements de la politique publique de la rivière.



Christian Lévêque, "Restaurer la biodiversité des cours d’eau, mais laquelle ?" 
Docteur ès sciences – directeur de recherches émérite à l’IRD- Président honoraire de l’Académie d’Agriculture. Spécialiste des milieux aquatiques, de l'écologie et de la biodiversité, il a publié récemment : Quelles rivières pour demain ? Réflexions sur l'écologie et la restauration des cours d'eau (éditions Quae).


Jean-Paul Bravard, "Des mesures pavées de bonnes intentions pour des rivières semées d’embûches"
Géographe, professeur émérite à l’Université de Lyon, membre honoraire de l'Institut universitaire de France, médaille d'argent CNRS, il a été responsable de la Zone Atelier Bassin du Rhône et a publié de nombreux travaux scientifiques sur la morphodynamique fluviale et l’écomorphologie de cours d’eau de Franc comme dans différents pays du globe (impacts des barrages, plaines alluviales).


André Micoud, "Protéger les rivières, est-ce tout naturel?"
Sociologue, directeur de recherche honoraire au CNRS, ancien président de la Maison du fleuve Rhône, officier du Mérite agricole. Il a publié de nombreux articles sur l'environnement, le patrimoine et le rapport aux fleuves, notamment : "Des patrimoines aux territoires durables ; ethnologie et écologie dans les campagnes françaises", "La patrimonialisation du vivant", "La campagne comme espace public".


Guy Pustelnik, "Quelle continuité pour quels poissons et quels sédiments ?" 
Docteur en géographie, ingénieur hydrobiologiste, il est directeur d' Epidor, EPTB du bassin de la Dordogne. Spécialiste des poissons migrateurs, il travaille à concilier tous les usages de l'eau.

Ces interventions rejoignent et confirment le diagnostic porté par notre association depuis plusieurs années déjà. La réforme de continuité écologique ne souffre pas d'un problème superficiel d'"incompréhensions" qui seraient solubles dans la "pédagogie", comme le veut un certain discours paternaliste d'une administration refusant de reconnaître les limites et échecs de cette réforme. Elle pâtit d'abord de problèmes structurels de conception, de méthode et de gouvernance.

Malgré une base scientifique fragile, limitée à quelques disciplines avec très peu de retours d'expérience scientifiques sur les petits ouvrages majoritaires, la continuité écologique a donné lieu à des choix précipités et irréalistes, tant par l'ampleur du linéaire concerné que par le délai d'aménagement, la complexité des dossiers, le coût des chantiers, la rigidité de la mise en oeuvre. L'objectif d'abord mis en avant – faire remonter des grands migrateurs menacés en aménageant progressivement depuis l'aval, améliorer le transit sédimentaire là où il est déficient par rapport à la capacité d'érosion et transport – s'est transformé en une entreprise protéiforme de "renaturation" où l'on intervient sans grande cohérence, y compris pour des espèces communes de rivières ordinaires, y compris sur des rivières en équilibre sédimentaire. La violence matérielle et symbolique de ses "solutions", consistant souvent à faire pression pour détruire des ouvrages et changer le cadre de vie riverain, ne cesse d'envenimer les rapports humains et de dégrader l'image des gestionnaires sur les sites concernés.

Certaines interventions de cette séance à l'Assemblée nationale révèlent aussi les pressions qui existent autour de cette réforme, non seulement la pression que subissent les maîtres d'ouvrage et riverains sur le terrain, mais aussi la pression dans la production, la discussion et la diffusion des informations scientifiques. C'est inacceptable. Le libre échange des idées et le libre examen des hypothèses sont au coeur de notre pacte démocratique moderne. Que l'écologie des rivières, intéressante et nécessaire, soit ainsi l'otage et l'alibi de rapports opaques de pouvoir est déplorable. Ceux qui l'ont emmenée dans cette impasse portent une lourde responsabilité sur la montée de la méfiance, voire de la défiance des riverains et usagers face à tout discours de progrès environnemental désormais perçu comme une pente glissante visant à imposer des contraintes ingérables ou un discours de façade cachant des arbitrages assez peu scientifiques (voire parfois assez peu écologiques) en dernier ressort.

Il faut en sortir, et en sortir par le haut.

Notre premier besoin, c'est d'entendre la voix de l'ensemble de la communauté scientifique concernée, dans le cadre d'une expertise collective pluridisciplinaire visant à définir le cadre des connaissances actuelles, de leurs limites et de leurs incertitudes. Il faut dépasser l'omniprésence des "dires d'experts" (rapports de techniciens ou ingénieurs spécialisés) qui, s'ils ont une valeur d'information certaine, ne sont pas pour autant le reflet exact des connaissances scientifiques actuelles. Cette parole collective des chercheurs ne saurait être le monologue de telle ou telle spécialité : on ne peut pas parler des continuités biologiques et morphologiques sans parler aussi des continuités historiques, patrimoniales, paysagères, sociales et symboliques des territoires concernés ; on ne peut pas parler de l'impact des seuils et barrages sans préciser la nature exacte de ces impacts, la réalité des gains attendus, le coût pour atteindre ces objectifs, l'évaluation des services réellement rendus à la société dans l'hypothèse où les résultats sont au rendez-vous ; on ne peut pas parler de la "renaturation" des rivières sans problématiser ce paradigme qui n'a rien d'anodin ni d'évident au regard de plusieurs millénaires d'hybridation entre vivant, milieu et société, sans se demander "quelles natures" désirent les citoyens.

Notre second besoin, c'est de ré-inventer une gouvernance démocratique capable de porter le dialogue environnemental pour permettre aux citoyens de co-construire, et pas seulement subir, la programmation concernant leurs rivières. Le discours de la continuité (de la restauration de rivière en général) ne peut être limité à la contrainte réglementaire issue de normes, règles, classements décidés ailleurs, loin, dans des comités fermés où des experts mobilisent des savoirs partiels et ignorent les attentes des riverains. Nos sociétés démocratiques sont en panne d'espérance et de confiance, les citoyens ont un sentiment diffus d'être dépossédés de la capacité de décider de leur destin. S'il est un domaine où cette dépossession est perçue comme particulièrement illégitime, c'est celui de l'environnement, un domaine historiquement et socialement fondé sur la revendication d'une amélioration concrète et concertée des cadres de vie parfois malmenés, défigurés, pollués par les décennies passées. Si l'écologie devient synonyme de technocratie anonyme et lointaine, si son discours est confisqué par une oligarchie experte pratiquant le mépris des "non-sachants", si elle dérive dans des objectifs d'intégrité et muséification de milieux naturels faisant de toute présence humaine un problème, elle fera naufrage. Il faut l'éviter, car les rivières ont bel et bien besoin d'une attention qui leur a longtemps été déniée.

La séquence complète (plus de deux heures, incluant des interventions des députés) est aussi visionnable à ce lien.

A lire aussi
La continuité écologique au cas par cas? Supprimons le classement des rivières

18 commentaires:

  1. Je vous signalais hier, chiffres et source à l'appui, en commentaire d'un article précédent, que M. Bravard, dont par ailleurs la compétence scientifique n'est pas à démontrer, avais commis dans son propos une une erreur grossière. C'est au moment où il dénonce le part de l'effacement des seuils dans un programme d'actions (93 sur 103 millions, ce qui est presque vrai, à 60 millions près... Une paille, disais-je hier). D'aucun penseraient qu'une telle erreur remet en cause soit la compétence de celui qui l'énonce, soit son honnêteté. A titre personnel, je pense juste que cela prouve que même les plus grands scientifiques peuvent raconter n'importe quoi, quand ils sortent de leur domaine de compétence.

    Vous auriez pu mettre un petit mot d'avertissement dans votre article. Un oubli, sans doute?

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    1. Votre commentaire étant publié, c'est réparé. (La présente publication était "programmée" par le back office)

      D'une part pas eu le temps de ré-écouter l'audition depuis notre échange, de chercher le document et de vérifier vos dires / ceux de M. Bravard. Mais nous le ferons. N'hésitez pas SVP à copier ici le lien direct d'accès vers les documents sources, pour nous et les lecteurs.

      D'autre part, cela nous paraît un peu secondaire en effet, quand on a un spécialiste de la morphologie fluviale, il est plus intéressant d'écouter ce qu'il nous dit de certaines manières "malhonnêtes" de présenter sa spécialité, non? Ou alors de l'entendre parler de collègues qui n'osent pas trop s'exprimer. Mais un erreur est une erreur, nous la signalerons après vérification.

      Enfin, il serait certainement utile (cela fait partie de nos demandes) que le coût public de la continuité et le coût de la restauration physique en général soient clairement identifiés et disponibles (sur le dernier PI et celui en cours), agences par agences, puis au niveau Ministère. Nous espérons que le rapport du CGEDD aura eu accès à des infos fiables et claires de ce genre. Vous nous direz qu'en prenant quelques journées, on peut sans doute dénicher ces infos en fouillant sur les sites et reconstituant les choses... mais bon, quand on a un objet de politique publique en débat, c'est quand même plus logique d'avoir le travail fait par les établissements publics concernés.

      PS : vous pourriez nous indiquer si les sites Ministère, Onema, Agences, Syndicats, Fédés pêche, FNE etc. permettent aux lecteurs de faire des commentaires sur les contenus publiés, afin que d'autres lecteurs réfléchissent et débattent. Un oubli de la démocratie numérique, peut-être ?

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    2. J'espère bien que vous vérifierez mes propos. Ci-dessous le lien direct vers le rapport d'où M. Bravard a extrait ses chiffres (enfin je suppose).

      http://www.eau-loire-bretagne.fr/sdage/sdage_2016_2021/Programme_mesures/PUBLI_PDM_16-21_Chapitre4_ALA.pdf

      On y voit que, sur la commission territoriale Loire-Amont, le coût prévisionnel du programme de mesures, pour la période 2016-2021, est de 276 M€, dont 103 M€ pour les milieux aquatiques (page 2). Dans ces 103 M€, il est prévu 43,75 M€ pour la restauration de la continuité écologique (page 11). Si on fait l'hypothèse que l'effacement représentera 50% du coût des mesures de restauration de la continuité, on arrive à 22 M€. Dans son intervention, M. Bravard affirme, je cite "Pour un coût total, entre 2016 et 2021, estimé à 103 millions d'euros, le coût de l'effacement des seuils sera de 93 millions d'euros. Je m'interroge sur l'efficacité et la pertinence de cette dépense." Comme je viens de le démontrer, c'est inexact. A un tel niveau d'inexactitude, on peut même dire que c'est faux.

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    3. Vous estimez qu'une telle approximation/erreur est secondaire. Je ne suis pas d'accord.

      M. Bravard déclare (d'après la retranscription de ses propos sur le site http://www.nosdeputes.fr/14/seance/7403#inter_7fdf7ab84a327c6b75971f6e2bd18ba0) :

      "Prenons l'exemple du Plan d'action opérationnel territorialisé (PAOT) du secteur Allier-Loire-amont, en 2016 : 30 % des cours d'eau sont en bon ou en très bon état. L'objectif de 2015 n'est toutefois pas atteint : le déclassement est dû, en effet, à de mauvais indicateurs biologiques, qui stagnent depuis 2007, c'est-à-dire depuis bientôt dix ans. En effet, les pollutions diffuses sont graves et différents aléas climatiques sont survenus.

      Ainsi, priorité est donnée aux actions de restauration physique de la continuité pour faire évoluer favorablement des indicateurs biologiques dégradés. Pour un coût total, entre 2016 et 2021, estimé à 103 millions d'euros, le coût de l'effacement des seuils sera de 93 millions d'euros. Je m'interroge sur l'efficacité et la pertinence de cette dépense."

      Il affirme donc que sur ce territoire, 90% du coûts du programme de mesure est utilisé pour l'effacement des seuils (93/103). Or la réalité est que l'effacement ne représente que 8% de ce coût prévisionnel (22/276). Cela ne donne pas tout à fait la même perspective sur la place réelle donnée par les pouvoirs publics à l'effacement des seuils (par rapport à d'autres solutions de restauration de la continuité, et par rapport au traitement d'autres pressions). Or cette question était quand même au coeur de l'argumentation de M. Bravard devant les députés. Personnellement, je trouve cela grave.

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    4. Et pour finir, je salue la liberté que vous laissez à vos lecteurs, y compris vos détracteurs, de s'exprimer dans les commentaires, et la peine que vous prenez d'y répondre. Je trouve cela très appréciable.

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    5. Encore un doute :
      - JP Bravard cite un PAOT sorti en septembre 2016
      - le lien que vous donnez est le PDM du SDAGE validé en décembre 2015.

      L'annexe du SDAGE précise que le PDM et le PAOT ne sont pas la même chose
      http://www.eau-loire-bretagne.fr/sdage/sdage_2016_2021/Programme_mesures/PUBLI_PDM_16-21_Annexes.pdf

      (Quel jargon incompréhensible! De grâce, pensez un peu aux citoyens qui vous lisent et ne comprennent rien).

      "Les mesures nécessaires à l’atteinte du bon état des eaux
      sont identifiées dans le programme de mesures. L’ensemble
      du programme de mesures ne peut être engagé en même
      temps et a fortiori être réalisé sur les 3 années de la durée
      du PAOT. La MISEN doit donc établir une programmation qui
      échelonne la mise en œuvre du programme de mesures dans
      le temps."

      Avez-vous un lien vers le PAOT sur 3 années (?) qui sélectionne (semble-t-il) au sein du PDM? Y a-t-il un document sorti en septembre 2016, dont M. Bravard paraît citer des extraits alors qu'ils ne figurent pas dans le PDM donné en lien?

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    6. Je salue votre sérieux dans le doute. Effectivement, j'ai noté que M. Bravard parle d'un PAOT sorti en septembre 2016. Je vous concède qu'il s'agit d'un jargon administratif peu digeste, mais ce vocabulaire, qui pourrait être simplifié, répond en partie à une demande de M. Bravard : la régionalisation. C’est le « T » de « territorialisé ». Dans une intervention de cette nature, M. Bravard aurait peut-être gagné à parler simplement de programme d’actions, de manière générique, ce que j’ai fait dans mon commentaire initial, par souci de clarté. Quelques explications :

      Le PDM est le programme de mesures du Sdage. Il est construit sur 6 ans, comme le Sdage, et comprend, théoriquement, toutes les mesures permettant d’atteindre les objectifs dudit Sdage, avec un chiffrage. C’est de la planification, à une échelle très macro, celle du bassin hydrographique, et sur 6 ans, c’est donc très loin d’être exact. Pour faciliter l’appropriation par les acteurs, des zooms sont faits par commission territoriale, ce sont les documents dont je vous ai indiqué le lien.

      Le PAOT est lui un travail départemental, qui décline, de manière plus opérationnelle le PDM (c’est le « O »), sur une période de 3 ans. Dans un cycle de 6 ans, il y a donc, dans chaque département, 2 PAOT. M. Bravard parle d’un PAOT pour le territoire Allier-Loire-Amont, qui est un territoire supra-départemental. Comme je vous le disais, les PAOT sont départementaux, on peut donc supposer que M. Bravard ne sait pas de quoi il parle (ce dont on ne pourrait lui tenir rigueur, c’est complexe nous sommes d’accord) ou alors qu’il fait une approximation (qui celle-ci ne me semble pas dramatique).

      Je ne peux pas vous dire où exactement M. Bravard a trouvé les chiffres qu’il présente. Ce qui est sûr, c’est qu’il donne bien des chiffres à l’échelle de la commission territoriale Allier-Loire-Amont, pour une période de 6 ans, il ne s’agit donc pas d’un PAOT (départemental, sur 3 ans). La carte qu’il présente est celle du document que je vous ai indiqué (page 12). Les chiffres sur lesquels il s’appuie, et qu’il utilise de manière totalement erronée, sont donc bien ceux qui figurent dans le document que je vous citais. Ils concordent, une fois qu’on a compris les additions scabreuses effectuées par ce scientifique de renom.

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    7. Ma conclusion : le fait que les outils soient très (trop) complexes n’excuse pas les approximations faites par M. Bravard, dont j’ai du mal à croire qu’elle puissent être totalement involontaire…Si jamais elles l’étaient (involontaires), il me semble de toutes façons nécessaire que les vrais chiffres soient connus. M. Bravard indique que le coût total du programme est de 103 M€, c’est faux (276). Il indique que l’effacement des seuils représente 92 M€, c’est faux (22, selon l’hypothèse approximative que je retiens). Il considère (et affirme) que, je cite, « projet de restauration hydromorphologique, ça veut dire effacement des seuils ». C’est faux. Dans les tableaux qui figurent dans le document que je vous indiquais, les mesures de restauration hydromorphologiques et les mesures de restauration de la continuité écologique sont clairement dissociées, ce qui n’a pas empêché M. Bravard d’additionner les chiffres. Quand on défend avec autant de force et autant de courage l’honnêteté intellectuelle, n’a-t-on pas un devoir de se l’appliquer à soi-même ?

      Par ailleurs, il n’est pas inintéressant de regarder aussi les zooms du programme de mesure sur les autres commissions territoriales du bassin Loire-Bretagne. Par exemple, sur la commission Loire aval et côtiers vendéens, la restauration de la continuité représente 44 M€ sur 6 ans (donc 22 M€ pour l’effacement), sur un montant total du PDM de 787 M€ (dont 124 M€ pour l’agriculture et 291 M€ pour l’assainissement). Pour Vilaine et Côtiers bretons, 30 M€ pour la continuité (15 donc pour l’effacement) sur un total de 753 M€ pour le PDM (dont 252 M€ pour l’agriculture et 279 M€ pour l’assainissement).

      On ne peut donc pas dire que l’effacement des seuils est l’unique (et quasiment obsessionnelle) action prévue par les pouvoirs publics pour atteindre le bon état des eaux. On note aussi des disparités régionales, qui répondent en partie à la volonté de M. Bravard de prendre en compte les contextes locaux.

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  2. Arf, on va finir par comprendre :-) merci d'avoir pris le temps de préciser.

    "On ne peut donc pas dire que l’effacement des seuils est l’unique (et quasiment obsessionnelle) action prévue par les pouvoirs publics pour atteindre le bon état des eaux."

    Cela nous ne l'avons pas dit. En revanche, que ce soit l'obsessions de certain(e)s, on a dû mal à en douter.

    Après, voir défiler des "M€ pour effacement", on ne s'y fait pas. Déjà parce qu'une politique publique d'effacement du patrimoine hydraulique en 2016, cela nous semble dur à valider sur le principe eu égard à l'intérêt intrinsèque d'une partie de ce patrimoine, mais aussi aux impacts massifs sur les rivières et les bassins n'ayant rien à voir avec lui (nul ne peut se défaire de l'idée que le "gros impact" a plus de clémence et de patience que le petit aujourd'hui, et ce trait est assez sensible dans une opinion française lassée de tels arrangements). Ensuite parce que cette politique refuse de suivre les recommandations ou d'écouter les critiques qui lui ont été faites (par exemple celles du CGEDD 2012), de sorte qu'elle dégage un parfum de dogmatisme et d'autoritarisme, ne laissant guère d'autres options que l'affrontement direct après avoir vainement tenté de concerter au moment du classement. Enfin parce que l'efficacité écologique de toutes ces mesures (pour le coup pas seulement la morphologie) est une énigme, particulièrement en LB dont l'état écologique global n'a pas changé significativement entre les 2 derniers états des lieux disponibles. Au demeurant, c'est une vraie énigme au sens où l'on ne peut pas accuser les Agences de ne rien faire, donc il faut bien se demander s'il n'y a pas des problèmes assez fondamentaux dans les estimations de ce qu'est l'état écologique bon/mauvais d'une masse d'eau, dans les modèles pression-impact, dans l'ensemble de l'agenda européen.

    Enfin bon, si l'on obtient un moratoire sur l'ensemble de la réforme, on pourrait économiser 44+44+30= 118M€ rien que sur 3 commissions territoriales LB – on va dire un demi-milliard sur tous les bassins? Mazette, dire aux politiques qu'on peut stopper une réforme impopulaire, préserver le patrimoine local, faire une belle économie et lutter contre le stress au travail dans la fonction publique, cela va avoir du succès !

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    1. Vous digressez. L'origine de ce commentaire, et ce que vous deviez vérifier, c'est si M. Bravard avait fait des erreurs dans son propos. Je vous ai démontré que oui. Évidemment le mal est fait, ce n'est pas un commentaire sur votre site qui effacera l'effet produit sur les députés et les auditeurs non avertis de l'énormité prononcée par ce professeur émérite.
      Maiske suis d'accord avec votre conclusion : en ne faisant rien, on peut faire beaucoup d'économies. La vie est simple, quand même...

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  3. On constate bien une énième fois votre position... radicale !

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  4. Je ne vois pas en quoi ma position est radicale, mais là n'est pas l'objet, présentement! Mon objectif n'était pas de rentrer dans un débat sur le fond. Votre position est connue, et je respecte le fait que vous la défendiez. Je voulais juste attirer votre attention sur l'affirmation mensongère de M.Bravard. Ayant pris la peine de citer mes sources et d'expliquer mon raisonnement, il m'a fallu développer un peu. Mais, et ce n'est pas une surprise, il est plus facile de donner une information inexacte que de démontrer qu'elle est fausse. Je souhaiterais savoir ce que vous pensez de l'erreur de M.Bravard.

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    1. Ne pas "rentrer dans un débat sur le fond", c'est justement ce qu'on nous répondait aussi hier, sur un forum pêcheur où l'on était censé parler de ces interventions (mais où l'on a eu droit à l'avalanche usuelle des anecdotes invérifiables de niveau café du commerce).

      En fait, les 4 chercheurs dont on publie les vidéos posent au premier chef qu'il est nécessaire d'avoir un débat de fond sur la réforme engagée, ses attendus, ses méthodes, ses résultats. On attend juste que chacun se positionne : "oui c'est vrai, il y a des problèmes et des carences, il faut en discuter ouvertement" ou "non c'est faux, la réforme est bonne et se passe bien, inutile de débattre".

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  5. Bien, on a compris le point et on transmettra à M. Bravard. Un peu cela va, mais on commence à perdre patience.

    Vos chiffres, on va quand même revenir sur ce qui ne va pas sur ce territoire:
    en face des 96 M€ de restauration physique, on a 16 pour l'agriculture, 2 pour la pollution diffuse hors agri, 16 pour la connaissance.

    Donc 1 à 2 ordres de grandeur de différence.

    Le problème de base pour nous, c'est déjà la connaissance : elle est médiocre, ce n'est pas un bassin qui ne qualifie pas l'état chimique de ses eaux qui sera bien placé pour dire le contraire. Mais les mesures DCE déjà même pas faites, c'est le strict minimum légal. Pour agir il faut déjà avoir une compréhension des hydrosystèmes concernés. Soit chaque rivière est étudiée sérieusement (donc on a un budget et une méthode pour cela), et ensuite on peut débattre des mesures à y prendre selon le diagnostic. Soit ce n'est pas le cas et vos mesures n'ont aucune raison ni prudence.

    Ce qui nous paraît "gravissime", ce n'est pas une erreur de chiffrage économique local d'un chercheur dont ce n'est pas la spécialité, c'est que des acteurs publics agissent de manière aussi déplorable avec l'argent public, et pour certaines mesures avec des effets adverses pour les riverains.

    Parce que bon, les 4 chercheurs en vidéo ci-dessus, ils l'ont dit et répété, base scientifique faible. Et quand on a des scientifiques qui parlent, c'est le message n°1. Donc 100 ou 50 ou 25 M€ pour des mesures fondées sur une mauvais connaissance, ce n'est pas le volant économique qui pose problème, c'est le choix entre une politique fondée sur la preuve et une autre fondée sur l'arbitraire.

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  6. Désolé que mes éléments, très factuels, vous fassent perdre patience... J'ai dû mal comprendre le sens de l'expression "honnêteté intellectuelle", mise en avant par M. Bravard.

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    1. Ce ne sont pas vos éléments "très factuels" qui sont en cause, dont on vous a déjà remercié et qui sont publiés, mais l'évidence très factuelle elle aussi que vous les répétiez sans ce que cela ajoute grand chose désormais.

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  7. Nous publions ci-dessous la réponse de M. Bravard aux éléments ci-dessus.

    NOTA : conformément à sa demande (voir fin du texte), légitime, tout commentaire portant une attaque ad hominem ne sera désormais publié que s'il est signé es qualité par la personne (nom et adresse mail vérifiable). Nous sommes attachés à la libre-expression qui permet l'échange d'idées, y compris les nombreuses critiques que nous recevons et publions, mais l'anonymat que permet le numérique ne doit pas être l'alibi d'attaque virulente sur les personnes. Restons donc courtois, et factuels.

    Message de M. Bravard :
    "Vérification faite, j’ai bien fait l’erreur mentionnée par le lecteur anonyme. Ce n’est pas volontaire même si je suis maintenant une personne malhonnête.

    Je suis parti du même document (p. 56 de la version définitive du SDAGE), mais j’étais sur une version distribuée le 19 septembre distribuée en séance de la commission territoriale; mais le tableau chiffré est le même.

    Quels sont les faits reconstitués:

    1) le coût total prévisionnel des mesures sur le PAOT Loire-Allier amont est bien de 103 M euros

    2) Le coût de la restauration de la continuité écologique est bien de 43,75 M euros. Mais le reproche qui m’est fait dans le courrier de ne pas dire que le coût réel de l’effacement des seuils n’est que de 22 Me n’est pas dans le SAGE ou j’ai mal lu.

    3) Pourquoi ai-je fourni à tort le chiffre de 92 M euros? Parce que la ligne au-dessus donne 48,33 M euros de coût de "restauration hydromorphologique ». J’ai ajouté les deux lignes au titre des actions physiques en rivière

    4) Je comparais aux autres coûts des mesures prévues:
    - Assainissement collectivité = 118 M e
    - Assainissement industriel = 18,2 M
    - Pollutions diffuses = 15,5 M

    Conclusion, je me suis mal exprimé mais je n’ai pas fait une « erreur grossière ». Au paragraphe précédent de mon ppt, je souligne que le problème est la gravité des pollutions diffuses et que le déclassement du aux indicateurs biologiques stagne depuis 2007. Dans le paragraphe critiqué, je souligne que le coût des actions directes en rivière est de 92 Me, soit presque 6 fois plus que celui du traitement des pollutions diffuses (et que l’on agit sur les variables physiques faute d’avoir un moyen d’action réel sur la pollution d’origine agricole). Certes une bonne partie de la restauration hydromorphologique ne fait pas de mal aux rivières (on est en droit d’espérer que c’est fait à bon escient et bien fait), mais on est dans la même logique de dépenser sur des actions physiques en rivière même si les deux rubriques (restauration et continuité) sont dissociées dans le tableau.

    Enfin je souligne que mes collègues et moi avons agi à visage découvert et que nous sommes donc directement ciblables ou ciblés. Ce n’est pas le cas des personnes qui interviennent sur le blog qui conservent leur anonymat. J’aimerais que la personne qui m’éreinte se fasse connaître en toute transparence et je souhaite que l’identification soit un principe (nom véritable et pas pseudonyme bidon)."

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  8. Pour éviter que ce commentaire soit censuré, je me contenterai de chiffres, tiré du document public de l'agence de l'eau Loire-Bretagne sur le programme de mesures 2016-2021 sur le territoire Allier-Loire-Amont. Certains de ces chiffres ne sont pas ceux présentés ci-dessus, il me semble important de les rappeler, une nouvelle fois :
    - Coût total du PDM sur ce territoire : 276 M€
    - Coût des mesures assainissement : 118 M€
    - Coût des mesures milieux aquatiques : 103 M€
    - Coût des mesures agriculture : 16 M€
    - Coût des mesures industrie et artisanat : 18 M€

    En ce qui concerne les 103 M€ pour les milieux aquatiques, qui représentent 37% du coût total du programme de mesures, ils comprennent :
    - 48,33 M€ pour les mesures de restauration hydromorphologiques des cours d'eau
    - 43,75 M€ pour les mesures de restauration de la continuité écologique (qui ne sont pas inclus dans les 48 M€ précédents).
    Les mesures continuité représentent donc 42% des mesures sur les milieux aquatiques, qui représentent elle-même 37% du total du coût du programme de mesures sur ce territoire.

    Si on fait l'hypothèse que l'effacement représente, en montant, 50% des mesures continuité, on arrive donc à la conclusion suivante :
    L'effacement représente 22 M€, soit 50% des mesures continuité, qui représentent elle-même 42% des mesures milieux aquatiques, qui représentent elle-même 37% du coût total du programme de mesures. L'effacement représente donc 8% du coût prévisionnel du programme de mesures sur ce territoire.

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