mercredi 31 octobre 2018

Pêcher 26 tonnes d'anguilles en danger critique d'extinction, un choix cohérent de l'Etat français?

L'anguille est classée comme espèce en danger critique d'extinction en France, mais le ministère de l'écologie vient d'accepter un plan de pêche prévoyant un prélèvement de 26 tonnes des juvéniles (civelles) de cette espèce. Quelle est la cohérence de cette politique? Quelle est la rigueur des estimations de biomasse des espèces menacées? Quel est le poids du lobby pêche au ministère de l'écologie? On attend des réponses de la puissance publique, si elle espère un discours crédible et respecté en écologie des milieux aquatiques...


Un projet d’arrêté portant définition, répartition et modalités de gestion du quota d’anguille européenne de moins de 12 centimètres pour la campagne de pêche 2018-2019 était en consultation ce mois d'octobre.

Nous lisons :
"Pour la saison de pêche 2018-2019, le ministre chargé des pêches maritimes et le ministre chargé de la pêche en eau douce envisagent de fixer le quota de pêche d’anguilles de moins de 12 cm destinées à la consommation à 26 tonnes ; soit un quota global de 65 tonnes. Cela correspond à une reconduction du quota de la campagne 2017-2018. Cette stabilité prend en compte les préconisations du comité scientifique et du comité socio-économique qui a demandé la reconduction des quotas."
Ainsi, 26 tonnes de juvéniles de l'anguille sont dédiées au prélèvement pour la pêche professionnelle ou de loisir.

L'IUCN et le Muséum d'histoire naturelle ont publié une liste rouge des espèces de poisson menacées en France.

Nous lisons:
"Evaluée “En danger critique d’extinction” au niveau mondial et en France, l’Anguille européenne a été classée en 2008 en Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES, 1973). Autrefois déclarée nuisible dans les cours d’eau de 1ère catégorie, et ce jusqu’en 1984, elle bénéficie désormais d’un plan de gestion dans tous les pays de l’Union européenne visant à réduire toutes les causes de sa mortalité."
Donc résumons :

  • soit le Muséum d'histoire naturelle et l'IUCN se trompent, les anguilles ont une certaine abondance dans nos estuaires et cours d'eau, elles ne peuvent être considérées comme en niveau crtique d'extinction,
  • soit le Muséum d'histoire naturelle et l'IUCN ont raison, et l'Etat français encourage la pêche des juvéniles d'une espèce au bord de l'extinction.

Quelle est la bonne interprétation?

Illustration : Uwe Kils CC BY-SA 3.0

3 commentaires:

  1. Et en même temps on demande aux petits moulins producteurs,ou non, de construire ou modifier des échelles à poissons calibrées justement pour la remontée des anguilles, ce qui met en péril l'équilibre financiers de ces petites entreprises importantes pour le développement durable et les activités économiques en milieu rural! Et si les gens ne peuvent pas payer ces mises aux normes, alors on détruit les seuils des moulins!
    Or, tout le monde sait que les anguilles, lorsqu'il en reste après la surpêche dans l'estuaire de la gironde, remontent dans les prés et n'ont nul besoin d'échelles à poissons. On continue de détruire le patrimoine, de ruiner les petits producteurs d'énergie renouvelable consommée sur place! les décideurs de ces mesures confiscatoires sont des gens hors sol, qui ne connaissent rien aux milieux naturels mais qui imposent leurs diktats idéologiques, sectaires et destructeurs. il est sans doute vrai que vu des sphères parisiennes, les ruraux sont des gens insignifiants que l'on peut, en toute impunité, ponctionner tant dans leur petites finances que dans leur patrimoine. C'est une honte. Quand cela s'arrêtera-t-il?

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    1. ce message généraliste n'est pas dénué de sens et de fondement;
      mais revenons au sujet qui est d'effectuer une ponction dans un stock en voie d'extinction.
      Est-ce pertinent?
      cette extraction légale ne rend elle pas dérisoire les mesures dites de "protection" de l'espèce?
      Nous sommes dans le flou de gouvernance et de connaissance dont l'anguille est la 1ère victime.

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    2. Ce que demande le règlement européen anguille est fondé sur une quantité d'adultes aptes à la reproduction retournant en mer. Cette quantité correspond à un pourcentage du potentiel estimé en reproducteurs adultes de chaque bassin concerné. Il n'est donc pas certain que les mesures soient aussi contradictoires qu'elles puissent apparaitre. Par ailleurs les turbines des usines hydroélectriques sont bien identifiées comme une cause première de la baisse du nombre de reproducteurs revenant à la mer.

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