samedi 19 novembre 2016

La Romanée, sauvage ou paysage?

A quelques kilomètres de distance, la même rivière présente des visages très différents, offrant un bon aperçu de ce qu'est un cours d'eau aménagé par l'homme et un autre laissé au libre cours de ses écoulements et à la déprise de ses berges. Faut-il conserver cette diversité? Plutôt privilégier le sauvage ou au contraire le paysage ? Pour quels buts écologiques, et quel intérêt des riverains ? Sur la Romanée, on espère des informations transparentes et des débats ouverts avant toute intervention visant à modifier le profil actuel du cours d'eau. 



Ces photos montrent deux visages de la même rivière, la Romanée, un petit affluent du Cousin d'une vingtaine de kilomètres, qui naît aux étangs de Granvault en Côte d'Or et conflue à Cussy-les-Forges dans l'Yonne.

En haut, dans une zone peu accessible près de l'ancien moulin Jain, c'est un amas d'embâcles apporté par les crues de printemps et laissé dans la rivière en début d'été. En bas, c'est l'étang de Bussières, quelques kilomètres plus à l'amont du moulin Jain. Les photos sont prises à la même période (juillet). Elles montrent à quoi peuvent ressembler morphologiquement et fonctionnellement une "rivière sauvage" et une "rivière paysage", selon un gradient d'intervention de l'homme. Tout est évidemment différent entre ces deux stations, la largeur du lit, la profondeur, la vitesse de l'eau, la luminosité, le substrat de fond...

Le cas de la Romanée sera intéressant à suivre dans les mois et années à venir. La rivière est partiellement classée en liste 2 au titre de la continuité écologique et fait partie des masses d'eau inscrites dans les actions du contrat global Cure-Yonne-Cousin. Théoriquement rivière à truite, son cours est agrémenté de longue date par des retenues d'étangs et de moulins, de sorte que ses peuplements ont progressivement changé (eaux plus lentes, plus profondes et plus chaudes, discontinuités). La Fédération de pêche de l'Yonne a racheté l'étang de Bussières avec comme premier projet annoncé sa disparition au profit d'un linéaire renaturé. Outre la morphologie de son lit principal, la Romanée a divers enjeux : affluents déconnectés (78%), mise au norme des assainissements et lagunages (Roche-en-Brenil et Saint-Magnance notamment), culture du sapin de Noël et phytosanitaires à l'amont (ru de Tournesac).

L'avenir de la Romanée permet de poser diverses questions : quand les rivières ont ainsi changé de longue date, faut-il ré-intervenir pour modifier leur cours? Si le choix est donné, les riverains, promeneurs et usagers préfèrent-ils la rivière sauvage ou la rivière paysage? Quelle est la biodiversité actuelle (poissons, insectes, oiseaux, amphibiens, mammifères, reptiles, végétaux...) de la Romanée aménagée par ses moulins et étangs, quelle serait la biodiversité d'une Romanée renaturée? Observe-t-on un effet d'épuration entre l'amont et l'aval des étangs? Espérons que ces questions et d'autres seront posées ouvertement, trouveront des réponses objectives quand elles sont factuelles et permettront un large débat.

12 commentaires:

  1. C'est un peu facile, vous montrer au gens l'inverse de la réalité !
    Prenez des photos ou l'on voit l'étang pollué et la rivière qui coule. Venez voir sur place, la Romanée est une jolie rivière à eau vive.

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    1. Nous sommes sur place puisque nous avons des adhérents sur la Romanée comme sur le Cousin-Trinquelin !

      Nous n'avons jamais dit que la Romanée n'est pas une "jolie rivière". Mais les étangs sont également "jolis", et c'est un peu difficile de les réduire aux pollutions que certains déversent dedans, comme vous semblez le faire (votre autre message sur Gaillard 2016). En vous promenant, vous n'observez aucune vie dans et autour de ces étangs ? Vous croyez qu'ils n'ont aucune fonction intéressante ? Et au bord des secteurs de la Romanée plus "sauvage", vous croisez souvent du monde ?

      Une réflexion sur l'aménagement de la rivière doit prendre en compte tous les paramètres. Pour vous, qu'est-ce qui doit prévaloir sur la Romanée, quel est l'objectif à présenter aux riverains ?

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  2. La continuité écologique va permettre un brassage génétique, un retour des truites en aval de l'étang et éviter la prolifération des silures qui n'ont rien à faire dans une rivière à truite. Les étangs sont en effet jolis, malheureusement les pêcheurs ont détruit leurs propres milieux de pêche. J'aimerai simplement que la Romanée redevienne une rivière à truite pêchable comme le Trinquelin.

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    1. Merci de votre réponse. Votre attente est légitime, elle n'est cependant qu'une des visions possibles de l'avenir de la Romanée. On espère notamment débattre des points suivants :
      - état actuel et potentiel truite de la Romanée
      - biodiversité actuelle des étangs (pas que les poissons, les mares et étangs sont considérés comme zone d'intérêt pour la biodiversité)
      - étude des effets secondaires des aménagements (ponts, routes, etc.)
      - limitation possible de la pollution amont en même temps que la continuité (sinon on polluera davantage le Cousin)
      - coût des aménagements envisagés (si argent public, débat public)
      - nombre de pêcheurs concernés
      - rapport entre l'intérêt des pêcheurs, l'intérêt d'autres riverains / usagers et l'intérêt général

      Si vous n'êtes pas pêcheur, l'intérêt d'avoir des truites alors qu'elles ont probablement régressé depuis des siècles dans la Romanée n'est pas évident. Il y a beaucoup de truites dans les petits affluents du Cousin, une fragmentation partielle de longue date, donc sauf preuve contraire, pas de menace génétique particulière sur la population *. Il y a aussi des empoissonnements truites fario surdensitaires (+ arc-en-ciel) de l'AAPPMA dans le Cousin aval, et comme les seuils sont franchissables en hautes eaux, il est possible que certaines fario se mêlent au pool. En tout cas ce n'est pas étudié sérieusement à notre connaissance (la seule analyse de la truite sur le bassin Cousin que nous avons trouvée concerne le relevé des populations actuelles par pêches électriques localisées et, sur un court tronçon, une estimation du potentiel d'accueil. Donc pas grand chose).

      (*) Voir par exemple cette étude sur 200 générations de truite dans un hydrosystème isolé, sans effet délétère apparent.
      http://www.hydrauxois.org/2015/12/200-generations-de-truites-dans-un.html

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    2. Je suis tout à fait d'accord avec vous mais chaque cas est différents. je constate seulement que cet étang est devenu mauvais raisons dont j'ai déjà cités. Je suis moi même pêcheur et vous donne le défi de pêcher plusieurs truites le même jour. Pourquoi les truites sont présentes en amont de l'étang et beaucoup plus bas en aval (jonction de la Romanée et du trinquelin) et pas entre les 2 ? Même les perches, brochets, vairon sont devenus très rare, seuls des silures, carpes, chevaines, gardons, vandoises pointent leurs nez. Mes parents, grds parents arrières grds parents pêchaient la truite, brochets et perches dans cette rivière..

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    3. L'étang est déjà présent sur la carte de Cassini, voici 250 ans (au moins, sa fondation exacte serait à rechercher). Donc il modifie la rivière depuis longtemps (80 générations de poissons). Le fait qu'il y a déjà des perches et des brochets dans les souvenirs de pêche familiaux le signale (ces espèces n'ont "rien à faire dans des rivières à truite", pour reprendre votre expression plus haut à propos des silures, car les eaux vives et froides ne sont pas leur préférence).

      S'il y a des truites en amont et en aval, le problème est pour vous qu'il n'y en a pas en assez grande quantité?

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  3. Non, je remarque simplement que l'été l'étang chauffe, une pellicule verte se forme et s’amplifie à cause des nitrates dû encore une fois aux appâts. L'eau est du coup polluée en aval (c'est bien visible) et réchauffé. Je trouve dommage de supprimé un tel diaporama mais d'un autre côté, la suppression de l'étang ne peut être qu'un bien pour la santé de la Romanée.

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  4. La question est de caractériser tout cela : quel réchauffement, quelle pollution, etc. Les étangs de Marrault ont parfois des pellicules les jours chauds en été... pourtant c'est une réserve classée pour la biodiversité. Donc le vivant, c'est vaste et il y a d'autres enjeux que la bonne situation pour la truite en été.

    Autres possibilités : changer les pratiques de pêche (appât), lutter contre les polluants venus de l'amont, faire un contournement de Bussières comme cela a été fait sur l'étang de Champeau. Si vous trouvez dommage de détruire l'étang, pourquoi ne pas choisir des solutions qui le préservent tout en amélioration la qualité?

    Par ailleurs, sait-on ce qui arrive en haut de l'étang et ce qui en sort? Parce que les truites sont aussi polluosensibles et la Romanée n'a pas toujours une hydrologie très vaillante, donc la morphologie et la thermie ne font pas tout, il faut aussi que la Romanée ne reçoive pas des pesticides ou des effluents non traités si l'on veut que les actions servent à quelque chose.

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  5. Ce n'ai pas seulement une pellicule verte qui se produit comme sur tous les étangs en été, c'est bien pire croyez moi. Vous dite que l'étang est déjà présent sur la carte de Cassini, voici 250 ans mais les pesticides et autres polluant n’existaient pas à cet époque ni les appâts ni les croquettes etc...

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    1. Oui mais justement, il faut être cohérent avec vos observations : si vos parents, grands-parents, arrières-grands-parents pêchaient la truite avec les moulins et étangs, selon vous des truites en plus grande quantité qu'aujourd'hui, c'est que le problème ne vient pas de là. On ne va quand même pas supprimer les étangs en France sous le seul prétexte que des gens mettent des pesticides ou des croquettes dedans ! (D'autant que les pesticides ou effluents ne vont pas disparaître par miracle, ils seront un peu plus diffusés vers l'aval, c'est tout.)

      C'est un peu comme si vous disiez : comme on émet du CO2 avec nos voitures, on doit supprimer les zones humides qui émettent du méthane et aggravent le réchauffement, elles avaient de l'intérêt avant mais plus maintenant. Ce serait une manière curieuse de raisonner, non? Le problème de toute pollution, c'est l'émetteur pas le milieu récepteur.

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  6. A un moment donné il faut agir, en effet le plus simple à été l'ouverture de la digue plutôt que d'apprendre aux gens de respecter la nature. La pollution émise pendant des années ne pourra en effet pas être éliminée mais elle cessera. Il faut voir maintenant comment se portera la Romanée après ouverture de la digue. Vous serrez surpris à la vitesse à laquelle la nature reprend ces droits. Une rivière sauvage en bonne santé est de mon point de vue un tout aussi beau paysage !

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    1. La Romanée ne sera jamais à proprement parler une "rivière sauvage", c'est un mythe. L'homme change les bassins depuis des millénaires et continuera de le faire, une rivière n'est pas sauvage quand elle reçoit des pollutions, a des activités agricoles en berge, est réchauffée par les gaz à effet de serre anthropique, etc.

      Après, des stations plus "sauvages" comme celles de la première photo ont leur charme (et elles existent déjà sans qu'il soit besoin de lourds travaux), mais dans nos promenades, nous ne croisons pas grand monde pour l'apprécier... à part à l'ouverture de la pêche à la truite, ce qui n'est pas très "sauvage" ni "naturel" comme intérêt ! Il ne faut d'ailleurs pas tenir de double langage: si le but principal est de reconstituer une population de truites endémiques, alors il est logique d'interdire la pêche avec prélèvement un certain temps, pour qu'un pool de géniteurs viables se reconstitue. Sinon, on empêche des usages au prétexte qu'ils nuisent à la truite, on encourage d'autres alors qu'ils nuisent à la truite… , c'est un peu gros, vous ne trouvez pas? Les pêcheurs ne doivent pas pousser leur bouchon trop loin s'ils veulent préserver la crédibilité des actions en rivière.

      Vous ne répondez malheureusement pas aux points soulignés ci-dessus. Pour notre part, nous n'avons pas envie d'agir pour agir, mais d'agir en mesurant les avantages et inconvénients de l'action. De toute façon, on ne peut pas modifier un profil aussi important de rivière sans enquête publique, donc il y aura débat dans le cas de Bussières. Mais ce serait bien que ce débat soit ouvert et transparent dès le départ, pas des machins en comité fermé arrivant avec une solution toute faite et non discutable.

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