vendredi 20 mai 2016

Sélune: les casseurs-pêcheurs reviennent à la charge

Les pêcheurs veulent-ils être assimilés à des casseurs? C'est en tout cas l'impression déplorable que donnent les diatribes de plus en plus violentes de leurs représentants officiels en faveur de la casse pure et simple des seuils et barrages formant le patrimoine hydraulique français. Les associations locales de pêche, souvent plus raisonnables et pragmatiques, devraient tirer la sonnette d'alarme auprès de leurs fédérations: ces dérives sectaires nuisent à l'image populaire de leur pratique. Sur la Sélune, certains souhaitent gagner quelques dizaines de kilomètres pour des parcours de pêche aux saumons et sont prêts pour cela à détruire le profil de la vallée. Ils prétendent que la casse des barrages relève de "l'intérêt général" et de la "gestion équilibrée".  Un slogan faux, puisque les barrages de la Sélune apportent de nombreux services aux populations, mais aussi certains bénéfices aux milieux aquatiques.

Les pêcheurs appellent à une manifestation pour la destruction des barrages de la Sélune (voir leur tract ci-dessous, cliquer pour agrandir).


Ce tract fait mention de la "gestion équilibrée et durable de l'eau". Il s'agit d'une disposition de la loi sur l'eau de 2006. Rappelons ce que dit la loi, à savoir l'article L 211-1 du Code de l'environnement dans sa forme actuelle:
La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences :
1° De la vie biologique du milieu récepteur, et spécialement de la faune piscicole et conchylicole ;
2° De la conservation et du libre écoulement des eaux et de la protection contre les inondations ;
3° De l'agriculture, des pêches et des cultures marines, de la pêche en eau douce, de l'industrie, de la production d'énergie, en particulier pour assurer la sécurité du système électrique, des transports, du tourisme, de la protection des sites, des loisirs et des sports nautiques ainsi que de toutes autres activités humaines légalement exercées.
Les barrages et lacs de la Sélune permettent l'alimentation en eau potable, la production d'énergie, le tourisme, les loisirs et sports nautiques, la pêche aux carnassiers et poissons blancs, diverses activités légalement exercées en rives. Ils servent aussi au laminage des crues et à la dépollution des eaux qui filent vers la baie du Mont Saint-Michel. Les ouvrages appartiennent au patrimoine technique et industriel. Les biotopes des lacs offrent enfin des écosystèmes originaux favorables à la biodiversité, réalité vivante ne se résumant heureusement pas à quelques espèces de poissons offertes à la prédation des pêcheurs.

Et il faudrait casser tout cela au seul nom des saumons déjà présents sur de nombreux côtiers normands et bretons, pour 50 millions d'euros d'argent public?

Une fois de plus, l'esprit de la loi et l'avis des populations sont méprisés par ceux qui prétendent monopoliser "l'intérêt général" depuis leurs visions partisanes, leurs postures dogmatiques et leurs logiques sectorielles.

La destruction ruineuse des barrages de la Sélune au motif de faire revenir des saumons sur quelques dizaines de kilomètres de zones amont (par ailleurs polluées et dégradées) représenterait une gestion totalement déséquilibrée de la rivière. Cessons de confondre le sectarisme minoritaire des casseurs d'ouvrages avec la défense de l'intérêt général des riverains et l'avenir des rivières.

Pour comprendre, lire nos articles sur la Sélune
(1) Le déni démocratique
(2) Bassin pollué et dégradé, risques sur la baie du Mont-Saint-Michel
(3) Le gain réel pour les saumons
(4) Le bilan coût-bénéfice déplorable de la destruction des barrages
(5) Pollution génétique des saumons de la Sélune par les empoissonnements


Associations, élus, personnalités : comme déjà plus de 2000 représentants des citoyens et de la société civile, engagez-vous aujourd'hui pour défendre les seuils et barrages de France menacés de destruction par une interprétation radicale et absurde de la continuité écologique. En demandant un moratoire sur la destruction des ouvrages, vous appellerez le gouvernement et son administration à cesser la gabegie d'argent public, à prendre en considération le véritable intérêt général au lieu de visions partisanes de la rivière, à chercher des solutions plus concertées, plus consensuelles, plus constructives pour l'avenir de nos cours d'eau, de leurs milieux et de leurs usages.

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